Que reste-t-il à la gauche quand elle a tout renié, y compris la classe ouvrière qu’elle était censée représenter, incarner et défendre ? Je vous le donne en mille : le grand méchant loup lepéniste. À la fin de l’été, l’économiste et historien Jacques Sapir l’a appris à ses dépens après la publication sur son blog de la version enrichie de l’entretien qu’il venait d’accorder au Figaro, addendum dans lequel il appelle à la constitution d’un grand « front anti-euro » en y précisant : « À terme sera posée la question de la présence, ou non, dans ce “front” du Front national ou du parti qui en sera issu, et il ne sert à rien de se le cacher. Cette question ne peut être tranchée aujourd’hui. Mais il faut savoir qu’elle sera posée et que les adversaires de l’euro ne pourront pas l’esquiver éternellement. »

L’ouverture de la chasse

Ces mille précautions n’y changent rien. Dès le lendemain, Arrêt sur images reprend les éléments de langage habituels de la police de la pensée : le pourfendeur de la monnaie unique « a franchi la ligne » au risque « de flirter avec le FN ». À ces propos de juge de ligne, le site de Daniel Schneidermann ajoute une interrogation un rien complotiste : pourquoi Le Figaro a-t-il sabré ce passage particulièrement piquant de l’entretien ? Serait-ce une manipulation du grand Kapital Dassault, propriétaire du journal, dont on connaît l’ancrage sarkozyste ? La réalité est bien plus prosaïque : craignant que « l’on ne parle que de cela », Sapir avait suggéré à son intervieweur de couper ces quelques mots autour du Front national, avant de les republier sur son blog personnel. Raté.

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*Image : Soleil.

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Daoud Boughezala
est directeur adjoint de la rédaction et rédacteur en chef de Causeur.
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