Sylvain Tesson au bord du lac Baïkal

Dans Malevil, ce superbe roman de légère anticipation où une poignée d’hommes tente de survivre après une explosion nucléaire, le narrateur principal évoque, au milieu du désastre général, certaines sensations nouvelles par rapport à la vie d’avant : les émotions sont plus vives, les journées plus longues, le temps s’écoule moins vite, les gestes se font plus lents, si bien qu’il estime que la baisse de l’espérance de vie due à la disparition de la technologie est précisément compensée par la disparition de celle-ci et de l’esclavage qu’elle induit. Afin de se préparer à cette perspective, l’urbain résolu à rompre avec la « terre infestée d’hommes » (pour reprendre le titre d’un roman de Marcel Moreau) en est réduit à des simulations plus ou moins satisfaisantes. C’est l’expérience que relate Sylvain Tesson Dans les forêts de Sibérie (Gallimard) : six mois sur les bords du lac Baïkal dans une cabane, situation déjà évoquée dans une de ses nouvelles, « Le Lac », dans le recueil Une Vie à coucher dehors.
Les écrivains qui voyagent ont beaucoup changé depuis Barnabooth : ils dédaignent les palaces − qui n’existent plus de toute manière sous leur forme de l’époque − mais Sylvain Tesson maintient le lien avec certains acquis indiscutables de la civilisation, le cigare par exemple, et teste l’efficacité mitigée d’un humidificateur artisanal. Il a aussi la mauvaise idée de conserver un téléphone, ce dont il sera puni.

Pour acheter ce numéro cliquez ici
Pour s’abonner à Causeur cliquez ici

Vous venez de lire un article en accès libre.
Causeur ne vit que par ses lecteurs, c’est la seule garantie de son indépendance.
Pour nous soutenir, achetez Causeur en kiosque ou abonnez-vous !
est écrivain.
Lire la suite