Vous n’aviez jamais entendu parler du « tchip » ? Mesdames, messieurs, Le Monde vous informe : « Le « tchip » est un bruit de succion pratiqué par les populations d’origine africaine ou antillaise, en signe de désapprobation. » Pour Mme Taubira, qui en a dédicacé un spécial à Marine Le Pen via iTélé, ce serait même un peu plus que ça : « Un concentré de dédain ».

Or ce bruit de bouche volontairement désagréable, sorte de « slurp » venu du sud, fait actuellement un come-back retentissant (au sens propre) dans les salles de classes de nombreux établissements scolaires, où il est parfois interdit depuis des années. A croire qu’inciter au respect des règles, en commençant par celles – élémentaires – de la courtoisie, ne fait pas partie du job de ministre de la Justice.

Afin de nous aider à résoudre cet apparent paradoxe, le quotidien de référence précise que « la question est glissante ». Et la journaliste, rigoureuse autant qu’objective, de poser les vraies questions : « Jusqu’où demander aux lycéens de laisser certains de leurs codes à la maison pour mieux se fondre dans l’univers exigeant de l’école ? A partir de quel moment touche-t-on à leur identité ? » Ben oui, jusqu’où ? Et à partir de quel moment ? Gare à la glissade.

A l’origine, le mot « tchip » signifie littéralement « sucer ses dents ». Il s’est progressivement répandu « dans la majorité des cultures noires » et serait « un rituel très féminin ». Et alors ? « En nous l’interdisant c’est un peu comme si on nous enlevait une partie de nous », lâche une lycéenne à la journaliste du Monde. Excision culturelle ? Son interdiction constituerait donc une atteinte intolérable à l’intégrité de nos chères têtes à claques, dont certaines pourraient se sentir « stigmatisées ». Et blablabla.

N’en jetez plus. « Le tchip est interdit au lycée, comme toute insulte, car c’est une insulte », expliquait plus sérieusement au Parisien Eric Bongo, le proviseur adjoint d’un lycée d’Evry. Et son témoignage ne laissait aucune place à l’ambigüité : « 80% des élèves, dans certaines classes, sont noirs. […] J’ai grandi en Afrique, et quand j’étais petit, j’avais interdiction formelle de tchiper les autres. C’est extrêmement vulgaire. »

D’accord, mais si une ministre de la République comme Mme Taubira revendique une extrême vulgarité, pourquoi un lycéen n’en aurait-il pas aussi le droit inaliénable et sacré ? Interdire cette « insulte » assimilable à « un concentré de dédain » dans l’enceinte scolaire créerait une insupportable inégalité. Et pourtant, d’autres élèves d’Evry citées par Le Monde acceptent sans rechigner de ne pas faire ce bruit « très familier » en cours. Pour Deniz, par exemple, l’interdiction ne pose aucun problème : « C’est normal, c’est du respect. »

Christiane, si vous nous entendez…

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