Tarik Yildiz est sociologue et directeur de l'Institut de recherche sur les populations et pays arabo-musulmans (Irpam), notamment auteur de "Le Racisme anti-blanc. Ne pas en parler : un déni de réalité" (éditions du Puits du Roulle, 2010). Il vient de publier "Qui sont-ils ? Enquête sur les jeunes musulmans de France" aux éditions du Toucan.

Propos recueillis par Daoud Boughezala

Causeur. Dans votre enquête sur les musulmans de France, quelle définition du musulman avez-vous retenue ?

Tarik Yildiz. J’ai considéré qu’étaient musulmanes les personnes qui se définissent comme telles. Étant donné la réalité du terrain, la grande majorité des gens interrogés sont des enfants de l’immigration maghrébine, subsaharienne ou turque.

Dans l’échantillon de musulmans que vous avez choisi, vous avez délibérément surreprésenté les repris de justice et autres délinquants. Pourquoi ?

J’ai fait ce choix parce que j’ai constaté que ce qui attisait beaucoup le débat public, c’est la perception de la figure du musulman comme délinquant potentiel. C’est quelque chose que j’ai voulu creuser pour essayer de déconstruire les parcours, de voir quelles étaient les différentes étapes dans la construction personnelle de ces individus. D’où le choix assumé, dans mon échantillon, d’avoir une bonne moitié de personnes qui, si elles n’ont pas forcément été condamnées, ont commis des actes délictueux.

Au terme de votre enquête, vous distinguez quatre grands groupes de musulmans que vous nommez « superficiels », « exclusifs », « communautaristes », « discrets ». Qu’est-ce qu’un musulman « superficiel » ?

J’ai appelé le premier groupe musulman « superficiel » car ses membres se caractérisent par une fracture forte entre leur pratique, très superficielle, et leur vision ultra-ritualiste de l’islam. Pour ces jeunes, ex- ou actuels délinquants, la religion est une espèce de liste de cases à cocher pour aller au paradis et une contre-liste pour aller en enfer, un tout extrêmement contraignant… qu’ils ne respectent cependant pas eux-mêmes ! Cela leur pose des cas de conscience qui les prédisposent à considérer ceux qui appliquent ces règles comme des modèles.

Il s’agit là de ceux qui joignent les actes à la parole, autrement dit les « musulmans exclusifs », plutôt salafistes

Oui. Fréquemment issus du premier groupe, les « exclusifs », effectivement souvent salafistes, ont changé de manière très spectaculaire, parfois en quelques semaines ou en quelques mois. Ceux-là appliquent très strictement