Loin d’être une question d’ordre privé, la sexualité est une puissante arme politique. Les lobbies progressistes l’utilisent contre l’Eglise ou la « domination » masculine pour mieux imposer leur point de vue. 


On a coutume de dire qu’en matière sexuelle, la liberté individuelle prévaut plus que tout. La sexualité serait ainsi la question la plus privée, donc la moins politique qui soit. En réalité, c’est exactement l’inverse. Il n’y a pas de question plus politique, malgré les apparences, que la sexualité.

Les enjeux sociétaux, et donc politiques, liés aux comportements sexuels sont absolument primordiaux, parce que des comportements sexuels dépendent les attitudes par rapport à la notion de famille et d’éducation, mais aussi par rapport à la filiation, l’enracinement, le travail, la consommation ou le rapport aux autres. Le comportement sexuel détermine, en fin de compte, une attitude et une philosophie par rapport à la vie en général. Bien que les forces politiques, le sexe est, pour cette raison, au cœur d’une bataille idéologique sans merci. Plusieurs exemples le montrent.

L’Eglise, mère de tous leurs maux

L’un d’entre eux est le discrédit dont souffre l’Eglise catholique dans la société d’aujourd’hui. Dans l’entretien consacré à cette question dans Causeur, l’excellent Jérôme Fourquet oublie un point important. Il y a plus que du désintérêt par rapport à l’Eglise. Il y a visiblement une volonté de la faire taire, et même de la faire disparaître, politiquement et si possible socialement. Sur le plan de la sexualité, les positions que celle-ci défend officiellement sont en effet à contre-sens de la philosophie de la liberté sexuelle sans « tabous » ni contraintes que prône le progressisme moderne. Au mieux « conservatrice », au pire « rigoriste », « arriérée », voire « moyenâgeuse », elle est en tout cas une gêneuse, une empêcheuse de vivre et de danser en rond.

Les médias, grands défenseurs du progressisme, tendent à rabaisser leurs interlocuteurs catholiques, à minimiser les persécutions ou les profanations dont ils peuvent faire l’objet. Après tout, si le progressisme est le « Bien », l’Eglise et ses fidèles, sauf lorsqu’ils épousent les thèses relativistes – pour éviter d’avoir à prendre position – en matière sexuelle comme dans tout le reste, sont clairement dans le camp du « Mal », et si des déboires leur arrivent, c’est un peu bien fait pour eux. Et si on peut en rajouter une couche pour les enfoncer, encore mieux.

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C’est à cette aune qu’il faut juger les récentes attaques contre l’Eglise en matière de pédophilie. On remarquera que ce procès n’est intenté que contre cette institution : on n’a pas vu la même chose se produire contre les milieux sportifs, éducatifs ou sociaux, médicaux ou hospitaliers, ou encore dans la formation professionnelle. Pense-t-on que ces milieux sont exempts de ce type de crime ? On ne cesse de crier à « l’omerta » dans l’Eglise, alors qu’on ne parle que de cela. L’omerta n’est-elle pas précisément là où on ne dit rien ? N’y a-t-il pas, derrière tout cela, une évidente intention politique ?

Le fait que le cardinal Barbarin, haute figure, pour ces militants, du « rigorisme » catholique, ait été condamné (pour des faits qui remontent à 30 ans, et pour lesquels aucune plainte n’avait été déposée jusqu’en 2014), alors qu’il avait été acquitté lors d’un premier procès, et que le procureur lui-même avait demandé la relaxe lors du deuxième, le fait qu’un film sur lui sorte précisément à ce moment-là, ne laisse que peu de doute sur les intentions des lobbies qui sont derrière ces attaques. S’il faut « se faire Barbarin », c’est pour que cette victoire soit un marqueur symbolique, un clou bien planté sur le cercueil de l’Infâme, l’Eglise coupable surtout d’avoir, sur la question de la sexualité, une position contraire au progressisme.

Communique ta mère

L’autre exemple, tendant à montrer que la question sexuelle est une guerre idéologique sans merci, est le combat des féministes contre la « domination » masculine.

L’affirmation, constamment répétée dans les médias, comme quoi « une femme meurt tous les 3 jours sous les coups de son compagnon » est, par exemple, bien choisie. S’il y a effectivement environ 110 femmes assassinées en France chaque année par leur conjoint ou compagnon (ou leur ex-conjoint ou ex-compagnon, pour être précis), 32 millions de personnes vivent en couple en France. 110 meurtres domestiques contre des femmes sur 16 millions de couples, cela fait 0,00069 %. 110 meurtres, c’est beaucoup trop, mais c’est, statistiquement, infinitésimal. Il faut rappeler qu’il y a environ 930 meurtres par an en France, dont les meurtres domestiques des hommes envers les femmes (parce qu’il y a, aussi, les meurtres des hommes par leurs femmes, environ 30 par an) ne représentent donc que 12%, alors qu’il serait logique de penser qu’on a plus de chances de pouvoir tuer une personne que l’on côtoie souvent. Cette phrase démontre en réalité le contraire de ce qu’elle dit, à savoir que l’entente générale entre hommes et femmes dans le couple est bonne. Mais on continue à répéter cette injonction magique, preuve s’il en est qu’elle provient d’une « usine à éléments de langage » concoctée dans les services de com’ de groupes politiques influents, qui l’imposent « amicalement » aux médias. Peu importe la vérité si l’effet politique est atteint. Démonétiser la relation hommes-femmes est bien un combat politique.

Ces hommes qui exploitent les femmes

Un autre aspect de cette « guerre » est le combat mené par les féministes pour l’égalité entre hommes et femmes dans le domaine du travail. Une enquête intéressante, de mars 2019, permet de se poser, à ce titre, quelques questions.

On s’aperçoit à sa lecture que le chiffre de 23,8 % qui est le plus souvent médiatisé comme étant « l’écart le plus élevé en matière d’inégalité salariale » est mensonger, puisqu’il mélange temps pleins et temps partiels. S’il est vrai, selon l’étude, que 80% des temps partiels (que l’étude assimile arbitrairement à des « emplois précaires », ce qui n’est pas nécessairement le cas) sont occupés par des femmes, on voit que le fait de mélanger temps pleins et temps partiels fausse totalement les statistiques. Pour bien faire, il faut mesurer les différences entre temps partiels féminins et masculins, et par ailleurs entre temps pleins des uns et des autres. C’est fait par la suite, mais le résultat n’est évidemment pas le même. En réalité, lorsque l’on compare les choses comparables, la différence n’est « que » de 9 %. Mais ce n’est pas cela qui est le plus intéressant.

Le plus intéressant, c’est la différence de 35 % qui apparaît parmi les plus diplômés. Elle semble totalement illogique, et l’étude a tôt fait de l’appeler « discrimination pure ». Mais lorsque l’on creuse, on s’aperçoit qu’elle ne concerne pas les personnes en début de carrière (au niveau des jeunes diplômés, la différence n’existe pas), mais en cours et en sommet de carrière. La statistique n’est pas calculée à poste égal, mais globalement, par rapport aux rémunérations générales de grands dirigeants, où les hommes sont majoritaires. Tout se passe comme si la carrière des femmes était moins rapide que celle des hommes. C’est effectivement parfois parce qu’elles le subissent, mais aussi parfois parce qu’elles le choisissent.

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Que peut-on lire, en effet, derrière ces statistiques ? Le fait que la discrimination n’explique pas tout. Nombre de couples arbitrent en réalité leur travail ou leurs carrières pour y intégrer leurs stratégies familiales. Pour les couples à faibles revenus, les femmes prendront plus facilement des temps partiels (ou des emplois dans la fonction publique, où elles sont aussi majoritaires) pour libérer du temps avec leurs enfants. Même sorte d’arbitrage, pour les hauts revenus. Certaines femmes très diplômées, après avoir été embauchées à un salaire équivalent aux hommes, vont choisir de grimper moins vite dans la hiérarchie, pour pouvoir consacrer du temps à leurs familles. Elles ne veulent pas se faire « manger » par l’entreprise, et c’est un choix tout à fait légitime.

Je ne nie pas les discriminations, je fais seulement remarquer que les statistiques sont faussées. Les études n’incluent jamais les stratégies familiales par rapport aux enfants. Elles présentent obligatoirement les écarts comme subis, ce qui n’est pas toujours le cas. Cette approche n’est pas un oubli, il y a tout lieu de penser que c’est un choix politique.

Le sexe, c’est la vie

Derrière les attaques contre l’Eglise, défenseur d’un modèle « passéiste », derrière la mise en confrontation des couples, derrière la réduction des femmes à de purs objets professionnels sans autre stratégie que de travailler le plus possible, se cache un calcul très sordide : faire des hommes et des femmes des individus désaffiliés, livrés à la machine libérale.

Lorsque l’Eglise se taira, plus personne ne portera son discours. Lorsqu’hommes et femmes seront définitivement des ennemis, et non plus des couples, ils ne pourront se rencontrer que comme des partenaires sexuels momentanés.

Les lobbies progressistes le savent bien : la sexualité est la notion politique par excellence. A travers elle, on peut promouvoir soit une société humaine et pacifique, qui s’organise autour de la famille et de l’enfant, où le travail et l’argent ont d’abord le sens de la gratuité du don familial, soit une société purement libérale, centrée autour des désirs individuels, et du travail comme prétexte et moyen de les assouvir sans limite. Dans leur combat acharné pour imposer à tous une sexualité libre-service, les lobbies progressistes « sexualistes » sont les complices, parfaitement conscients, de puissances économiques. Ils sont du même monde. Bien qu’ils soient très minoritaires, ces lobbies ont pris le pouvoir, et les imbéciles les laissent faire. Comme en matière économique, les moutons font semblant de ne pas voir qu’il y a des loups en face… S’ils deviennent totalitaires, et ils n’en sont pas loin, bienvenue chez Orwell.

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