Propos recueillis par Gil Mihaely

Causeur. Traditionnellement, en hiver, l’attention médiatique se tourne vers les SDF. Entre les plans « grand froid » déclenchés par les préfectures et la célébration de l’anniversaire de l’appel de l’abbé Pierre lancé le 1er février 1954, les médias dressent le tableau d’un fléau qui ne cesse d’empirer sur fond d’inaction gouvernementale et d’indifférence du public. Ce tableau correspond-il à la réalité ?

Julien Damon[1. Professeur associé à Sciences-Po, collaborateur régulier du Point, ancien chef du département Questions sociales au Centre d’analyse stratégique, Julien Damon a été directeur des études à la Caisse nationale des allocations familiales (Cnaf). Il a notamment publié L’Exclusion, La Sécurité sociale et Les Classes moyennes dans la collection « Que sais-je? ». Sa thèse de doctorat a été publiée aux PUF sous le titre La Question SDF]. S’il est parfaitement vrai que le phénomène a toujours existé et que les pouvoirs publics réagissent traditionnellement sous la forme d’une « politique du thermomètre », en s’excitant en hiver, il est faux de dire qu’on ne fait rien. Au contraire. La France fait beaucoup. Mais il faut d’abord dire qu’il est très difficile de définir ce problème.


Abbé Pierre – l’appel du 1er février 54 par ShilaDowning

Mais tout le monde sait ce qu’est un SDF !

Peut-être, mais il n’en existe aucune définition légale ou administrative. Jusqu’en 1994, le Code pénal punissait les délits de mendicité et de vagabondage. « SDF » est simplement un sigle qu’on trouve sur les registres de police depuis la fin du XIXe siècle pour désigner des errants indigents et inquiétants, des gens pauvres qui n’ont pas de toit.

Combien sont-ils ?

La bonne question serait plutôt : combien sont-ils ce soir ? D’une façon générale, SDF est une situation transitoire, qui recouvre d’ailleurs une très grande diversité de parcours : certains sont à la rue ou dans les centres d’hébergement tous les soirs depuis cinq, six, dix ans ; d’autres ne seront à la rue qu’une journée, une semaine ou un mois et plus jamais ensuite.

Dans les années 1990, les estimations oscillaient entre 100 000 et un million de sans-abri – de même qu’aux États-Unis, on lisait qu’il y avait entre 300 000 et trois millions de « homeless ». Insee et Ined (l’Institut national d’études démographiques) ont fait des efforts et ont lancé deux grandes enquêtes sur les « sans-domicile » – des personnes qui dorment dans des espaces non destinés au logement ou dans des centres d’hébergement. Ont ainsi été dénombrées, au début des années 2000, un peu plus de 80 000 personnes et, au début des années 2010, environ 140 000 personnes.

Vous ne pouvez donc pas nier que la situation empire !

Si on observe nos rues, incontestablement. Mais

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Gil Mihaely
est historien et directeur de la publication de Causeur.Né en Israël en 1965, Gil Mihaely a fait des études d’histoire et de Philosophie à l’Université de Tel-Aviv. Docteur de l’EHESS où il a soutenu en 2004 une thèse d’histoire, il vit en France depuis 1999. En 2007 il a créé, avec Élisabeth Lévy ...