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Qu’est-ce que ce fonds souverain français sur lequel repose le programme économique de Marine Le Pen?

Le Pen - Macron: le match des programmes économiques

Qu’est-ce que ce fonds souverain français sur lequel repose le programme économique de Marine Le Pen?
Conférence de presse de présentation du chiffrage du programme de Marine Le Pen, 23 mars 2022, Paris © Lionel GUERICOLAS /MPP/SIPA

La candidate du Rassemblement national parie sur un ambitieux fonds souverain français, dont les médias ont très peu parlé.


Les dix plaies d’Égypte

Même nos prix Nobel d’économie s’y sont collés. Pour Jean Tirole et Esther Duflo, le programme économique de Marine Le Pen est assimilé aux dix plaies d’Égypte.

Il est vrai que les médias, le patronat, les syndicats, les économistes mainstream et tout ce que la sphère parisienne des leaders d’opinion de tous poils comporte en donneurs de leçon, se sont ligués entre les deux tours de l’élection présidentielle 2022 pour couvrir de cendres le programme économique et social de Marine Le Pen. Probablement un peu poussés par les grands propriétaires de journaux.

Il est vrai aussi que la très professionnelle éleveuse de chats a privilégié la présentation de mesures choc et ponctuelles tout au long de sa campagne, centrées sur le pouvoir d’achat des Français (le pouvoir des chats…): suppression de la contribution audiovisuelle, baisse des péages autoroutiers de 15% et exonération d’impôt sur le revenu des jeunes de moins de trente ans dès juin 2021, baisse de la TVA de 20% à 5,5% sur les produits énergétiques en septembre 2021, passage à 0% de la TVA sur 100 produits de première nécessité en mars 2022. Bien loin de la « Big picture », chère à McKinsey et autres Rothschild & Co.

Une conférence dite « Chiffrage », présentée en grandes pompes en mars 2022 devant la fine fleur journalistique, a parachevé le travail : enfin, du sérieux budgétaire, gage avancé d’une crédibilité gagnée de haute lutte depuis l’article fondateur paru dans L’Opinion en février 2021 : « une dette, cela se rembourse ». En face de 68,5 milliards d’euros de dépenses budgétaires nouvelles, des baisses de TVA tous azimuts au renforcement du budget de la Défense, en passant par le rétablissement de la demi-part fiscale pour les veuves, ne trouve-t-on pas, à la décimale près, 68,5 milliards d’euros d’économies et de recettes fiscales nouvelles ?

Au premier rang desquelles l’impôt sur la fortune financière (IFF) remplace l’impôt sur la fortune immobilière (IFI) et rapporte 2 milliards d’euros par an. Tout un symbole. On taxe le vilain spéculateur, celui qui achète cher de l’art contemporain surcoté, pour le vendre encore plus cher quatre ans après, avant que les cours ne s’effondrent. Le président des riches n’a qu’à bien se tenir. Désormais, l’enracinement et la résidence principale, pardon unique (vous avez le choix entre votre résidence principale ou votre résidence secondaire pour sortir de l’assiette fiscale votre lieu de villégiature préféré…), sont favorisés.

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Ingrats, les divers think tanks et autres instituts d’études économiques, tels l’Institut Montaigne ou l’IFRAP d’Agnès Verdier-Molinié, étrillent le chiffrage de l’équipe de campagne de Marine Le Pen. Un grand classique pour Le Monde : des dépenses sous-évaluées et des recettes sur-évaluées. Les experts soulignent notamment l’irréalisme des 15 milliards d’euros récupérés sur la fraude fiscale et sociale ainsi que des 16 milliards d’euros d’économies sur les budgets sociaux avec l’instauration de la priorité nationale. Au lieu d’une compensation à l’euro l’euro, le déficit budgétaire annuel s’alourdirait d’une centaine de milliards d’euros, une paille. Petite consolation : le programme d’Emmanuel Macron est lui aussi considéré comme non financé, mais est-ce un problème dans cet univers où le « quoi qu’il en coûte » est devenu une marque de modernité et de courage politique devant la tyrannie des grands équilibres ?

La croissance, clé du redressement français

Les commentateurs autorisés sont en fait passés totalement à côté du cœur du programme économique et social de Marine Le Pen. Ceux qui l’ont compris, et ils sont peu nombreux – quelques éminents membres du conseil d’analyse économique (CAE), quelques grands sachants de la sphère économique et financière institutionnelle – se sont bien gardés de s’exprimer publiquement. La candidate a eu l’occasion de s’exprimer mezzo voce sur sa trajectoire de finances publiques devant divers cercles patronaux (ETHIC, Medef et CPME notamment), sans qu’une grande conférence de presse ne l’ait sanctifiée. Un « bug » purement technique dans une campagne présidentielle menée avec brio et sans faute jusqu’au premier tour. Mais qui s’intéresse en France aux sujets de fond, comme une trajectoire de finances publiques, ennuyeux par essence et peu vendeurs médiatiquement ? On ne tombe pas amoureux d’un taux de croissance, comme on le disait déjà en mai 1968.

Or, c’est précisément la croissance qui est au cœur du programme de Marine le Pen. La croissance naturelle française – pour faire simple, si l’on ne fait rien de plus que ce que l’économie délivre par elle-même – est de l’ordre de 1,2 à 1,4% par an. La croissance est ainsi  portée à 2,5 % par an tout au long du quinquennat 2022/2027. Rien de faramineux : malgré deux chocs pétroliers, la croissance des années 70 a dépassé 3% par an.

Le fonds souverain français

Par quelle alchimie ? Le fonds souverain français (FSF).

Derrière cet acronyme très bleu, blanc, rouge, un classique fonds privé, placé sous l’égide de la Caisse des dépôts, elle-même sous supervision du parlement depuis 1816. Donc, à l’abri des tentations de l’exécutif et autres institutions locales ou nationales. Avec des équipes de sélection et d’investissement professionnelles, choisissant des projets dans des domaines aussi variés que la rénovation thermique des bâtiments industriels et des logements, la réhabilitation des voies ferroviaires nationales et secondaires pour faire passer le fret ferroviaire de 8 à 15% du fret français en six ans, le développement d’une filière du papier minéral, plus propre, moins énergétique et plus compétitive ou le comblement de l’écart de fonds propres des entreprises françaises par rapport aux entreprises allemandes (150 milliards d’euros en sept ans). Avec une rentabilité économique raisonnable, supérieure à 4%, très loin des critères usuels et délétères du monde de la finance de plus de 10%, soulignés par l’éminent Patrick Artus.

Le FSF est appelé à atteindre 500 milliards d’euros en régime de croisière, avec une première tranche de 100 milliards d’euros émise à l’automne 2022. Émission s’adressant à l‘épargne privée des Français et qui devrait être sur-souscrite compte tenu des caractéristiques du fonds (2 à 4% de rendement annuel en fonction de la durée de détention, garantie de capital) et de la surépargne disponible liée au confinement, estimée par la Banque de France à 200 milliards d’euros.

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Et les projets ne manquent pas ! Yannick Jadot a rêvé de trente milliards d’euros d’investissement par an dans la transformation environnementale. Marine concrétise le rêve de Yannick. Mais personne n’en parle.

Un choc keynésien sur fonds privés

Le FSF, c’est ainsi une impulsion macroéconomique non pas sur finances publiques mais sur épargne privée. Le célèbre multiplicateur keynésien de nos livres de classe, mais sur fonds privés. Donc, hors dette au sens de Maastricht, caractéristique bien utile de nos jours. Rien de nouveau sous le soleil : les chemins de fer, les grands magasins et l’industrie se sont développés de cette façon en France au XIXème siècle.

Il ne faut pas être grand clerc pour comprendre qu’une impulsion annuelle de 3% du PIB en régime de croisière permet de faire passer la croissance française de 1,2% à 2,5% sans grande difficulté. Ce qui incidemment permet de tenir une trajectoire de finances publiques vertueuse sur la durée du quinquennat, tout en préservant des services publics de qualité et en assurant le financement des retraites : prélèvements obligatoires en dessous de 40% de la richesse nationale à l‘horizon 2030, dépenses publiques en dessous de 50% du PIB en 2027, déficit budgétaire en dessous de 3% du PIB dès 2026, balance des paiements à l’équilibre en fin de quinquennat, dette stabilisée à 112,9% jusqu’en 2027 puis baisse tendancielle à partir de 2028.

Deux chiffres résument en définitive le match Emmanuel/Marine: 30 milliards d’euros pour France 2030, 500 milliards d’euros pour le FSF. Il n’y a pas photo. Gageons que si, contre toute logique économique, Marine ne devait pas passer la barre, Emmanuel étant reconduit, il mettrait en place le FSF de Marine !


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Économiste, entrepreneur, haut fonctionnaire

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