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Oserez-vous dire “Joyeux Noël”?

"Joyeux Noël" ou "Bonnes Fêtes", il faut choisir

Oserez-vous dire “Joyeux Noël”?
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Alors qu’il est noyé toute l’année dans un vocabulaire managérial, médiatique et politique inclusif (“celles et ceux”…), le salarié français souhaitera-t-il “Joyeux Noël” ou “Bonnes fêtes” à ses collègues, en quittant le bureau demain ?


On voudrait en sourire, comme d’un étrange pastiche de Don Camillo, un peu excessif même pour une comédie. À droite les droitards, férocement attachés aux traditions, d’aucuns diraient « identitaires », ce nouveau mot fourre-tout utilisé pour faire croire que ceux qui refusent la désintégration de la civilisation occidentale sont nécessairement semblables à ceux qui confondent la civilisation et la « race », droitards donc, conservateurs voire réactionnaires, et qui souhaitent « Joyeux Noël ! » À gauche les gauchistes, apôtres de la déconstruction, laïques convaincus et sincères mêlés à ces cohortes de laïcards à qui tout ce qui est vaguement chrétien donne de l’urticaire mais qui sacrifieront toujours la laïcité à la sacro-sainte union de la gauche et donc aux islamistes, gauchistes en effet, progressistes auto-proclamés incapables de distinguer entre le progrès et l’entropie, et qui souhaitent « Bonnes Fêtes ! » Pas d’alternative, sauf à évoquer Yule, Alban Arthan ou les Saturnales, puisque la renaissance de la lumière au cœur de l’obscurité est une célébration plus ancienne et plus profonde qu’aucun des mythes qui l’accompagne – mais si on juge Noël réactionnaire, vous imaginez ce que l’on dira d’une coutume de l’Antiquité romaine. Reviens, César, ils sont devenus fous !

Noël est devenu politique ces dernières années

Si seulement ce n’était qu’une comédie… Hélas, c’est à présent un sujet on ne peut plus sérieux. Dans L’assassinat du Père Noël, l’instituteur communiste fait chanter l’Internationale devant l’église pendant la messe de minuit – mais ensuite, tout le village se retrouve pour le bal. Seulement dans ce roman, l’instituteur est assez malin pour savoir que si on en arrivait à ne plus fêter Noël, il n’y aurait plus de messe, mais plus non plus de bal. Les wokes n’ont pas ce bon sens.

Ainsi de la commissaire européenne à l’égalité, Helena Dalli, dont le guide pour une communication « inclusive » « déconseille » entre autres choses l’usage du mot « Noël ». Délire isolé ? Non : avant-garde ennemie. Cette fois, elle a dû reculer. Mais soyez certains qu’elle reviendra à la charge, encore et encore. C’est une guerre d’usure, comme l’usure morale de notre vieux continent, comme l’usure nerveuse de ses peuples humiliés qui voient leurs identités niées et lentement rongées par le culte de l’Autre et la dictature des minorités, soi-disant rempart à la tyrannie de la majorité, mais vraie destruction de tout ce qui fonde nos sociétés, vrai rejet de la souveraineté populaire au profit de nouvelles et perverses féodalités morcelées. François-Xavier Bellamy a tout dit, en une brève et lumineuse intervention au Parlement Européen, tout sauf peut-être cette réalité en apparence absurde mais devenue inévitable : il faut choisir un camp.

Oui, cette commission européenne qui « le même mois condamne Noël parce qu’il faut être inclusif et finance une campagne proclamant que « la joie est dans le hijab » parce qu’il faut être inclusif », qui demande « d’éviter les prénoms chrétiens » et de « privilégier Malika plutôt que Maria », cette commission a « tout fait pour nier l’Europe alors qu’elle avait pour mission de la servir. »

Noël imprègne toute notre culture que certains voudraient abattre

Oui, Noël fonde notre commun, parce que cette fête est le commencement symbolique de notre calendrier, parce qu’elle imprègne toute notre culture et que, n’en déplaise aux apprentis Gardes Rouges qui voudraient faire table rase du passé, nous ne sommes pas qu’un projet politique mais aussi une civilisation et des peuples d’Europe, parce que c’est à Noël que des soldats ont conclu une trêve improbable au milieu de cette guerre civile européenne que fut la première guerre mondiale, parce que Noël nous rappelle que notre plus grande fête célèbre la naissance d’un enfant et non le fait que son père ait accepté de l’assassiner, et que cette différence est absolument fondamentale.

Oui enfin, nous ne sauverons pas Noël mais Noël nous sauvera « autant que durera l’Europe », et plus longtemps peut-être puisque pendant qu’ici on tente d’effacer Noël des mœurs et des mémoires, la fête est célébrée sans honte dans les rues de Tokyo.

Mais il faut choisir un camp. Il n’y a pas de « en même temps », on ne peut pas « en même temps » souhaiter « Joyeux Noël » et ne pas le souhaiter – comme notre actuel président avait choisi de ne pas le souhaiter en 2019 et en 2020, nous verrons bien ce qu’il fera cette année à l’approche des élections. On ne peut pas « en même temps » dire le mot « Noël » et ne pas le dire : soit on évoque et on invoque cette fête, soit on la laisse glisser entre nos doigts comme de l’eau répandue et bientôt perdue. Depuis des années, les débats récurrents sur les crèches nous y préparent. Depuis des années, on voit bien les formules qui évoluent sur les cartes et les vœux, surtout officiels. Laïcité, diront certains, mais ils ont tort : la laïcité n’est pas la négation de notre histoire et de notre identité, mais le refus de les soumettre aux dogmes religieux. La laïcité, c’est proclamer qu’on peut trouver de la noblesse et de la grandeur en dehors de toute religion, mais ce n’est pas nier la noblesse et la grandeur qu’on peut aussi trouver dans certaines traditions religieuses, et c’est encore moins vouloir effacer la civilisation qui a rendu la laïcité possible.

Bonnes fêtes, une formule hors sol

Souhaiter « bonnes fêtes », mais lesquelles ? Toutes, justement, c’est inclusif, on est sûr de n’en oublier aucune, sinon c’est comme les LGBTTQQI2SAAP+ (!) il y aura toujours une micro-minorité qui protestera parce qu’elle trouve que son nombril n’est pas assez mis en avant. Mais non : « bonnes fêtes », ce n’est pas inclusif, c’est vague, c’est hors-sol, c’est sans saveur et sans âme. C’est le faux universalisme qui, au lieu de permettre aux hommes de se rejoindre par le haut, comme ces rois et ces bergers guidés par une même étoile, au lieu de célébrer à la fois Noël et les Saturnales, ne célèbre ni l’un ni l’autre et choisit de réduire les hommes à leur plus petit dénominateur commun, produire et consommer. Du pain et des jeux, et même sur les emballages cadeaux et les émissions de télé-réalité on se demande combien de temps encore on pourra mettre des Père Noël et des sapins – et je n’ose pas parler de crèches et d’anges, mais d’ailleurs le Père Noël est un vieux patriarche blanc donc une incarnation du mal, les sapins ce n’est pas écolo d’après EELV (contrairement aux centrales à charbon qui produisent l’électricité que nous devons importer puisque ce parti a fait fermer Fessenheim, n’est-ce pas ?), et bientôt on nous dira que les boules de Noël sont cubophobes et qu’il faut donc acheter des cubes de fêtes de fin d’année….

Il faut choisir un camp, si paradoxal que ce soit lors d’une trêve sacrée. Tels sont les temps que nous vivons. Chaque fois que nous souhaiterons « joyeux Noël » nous affirmerons l’existence de notre civilisation, et notre volonté qu’elle continue à exister, imparfaite bien sûr, blessée et titubante aujourd’hui, mais responsable d’un héritage qu’elle a le devoir de perpétuer, d’une flamme qu’elle a le devoir d’entretenir. Et chaque fois que nous nous plierons à l’injonction de masquer Noël, quel qu’en soit le prétexte, nous renoncerons à nourrir la flamme, et nous nous éteindrons nous-mêmes un peu en la regardant s’éteindre sans rien faire. C’est l’un, ou c’est l’autre.

Alors à tous, quelles que soient vos croyances, au nom des millénaires dont nous sommes les héritiers et donc les dépositaires, et non les propriétaires, je vous souhaite la vitalité de Yule, la lumière d’Alban Arthan, la ferveur des Saturnales, et la joie de Noël.


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Haut fonctionnaire, polytechnicien. Sécurité, anti-terrorisme, sciences des religions. Disciple de Plutarque.

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