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Magyd Cherfi, l’homme qu’Eric Zemmour rend fou

La star de Zebda monte au front contre Eric Zemmour

Magyd Cherfi, l’homme qu’Eric Zemmour rend fou
Le chanteur et écrivain Magyd Cherfi © BALTEL/SIPA/SIPA Numéro de reportage : 00774686_000012

Le Toulousain Magyd Cherfi (Zebda) a publié une tribune acerbe et très virulente, mais bien écrite, contre Eric Zemmour 


Il y a vingt-trois ans, la France découvrait Zebda. Ce rap chanté mâtiné de pop et d’influences nord-africaines suscita l’engouement. Je me souviens d’un concert au festival “Le rock dans tous ses états”, à Évreux. Là où tous les autres avaient échoué avant, Zebda réussissait le tour de force de réunir les fans de rock, de rap et de chanson française. Zebda sur scène, c’était quelque chose. Ça déménageait, comme on disait encore alors. 

Zemmour 2022: il croit que ça va être possible

Ce qui est étonnant quand on regarde aujourd’hui les clips de Zebda, c’est qu’on a l’impression d’être dans une France qui n’existe plus. Prenons l’exemple du clip de « Je crois que ça va pas être possible ». Dans une campagne bien de chez nous, nous y voyons des nord-africains en compagnie de femmes au teint blanc ou mat, cheveux au vent, et d’un homme rustique coiffé d’un béret typiquement français. Réunis autour d’une grande table dans un jardin, ils trinquent au vin rouge en s’esclaffant. Et plus loin un porcinet, qu’une jeune fille caresse tendrement. En somme, le portrait d’un épanouissement dans la ruralité. Et en forçant un peu le trait, une conception zemmourienne de la nation. « En France, on vit comme les Français », a répété ce dernier à Nîmes samedi dernier. 

Seulement Magyd Cherfi, chanteur du groupe Zebda, ne le voit pas ainsi.

Dans un texte violent et parsemé d’insultes publié par Libération, il conclut ainsi : « En vérité, Zemmour fait le sale boulot : c’est l’immigré des revanchards, des peine-à-jouir, des trouillards et des hétéros étroits, c’est le bougnoule des blancs asphyxiés de trop de complexité, des aristos délogés des privilèges anciens. Tout ça vous fait une moitié de France et c’est beaucoup ».

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Volontairement provocatrice, cette conclusion n’en reste pas moins assez dégueulasse.

Une part des lecteurs applaudira, l’autre s’indignera. Dans sa diatribe, Magyd Cherfi vilipende celui qu’il décrit comme « la star de l’ignominie ». Sa conclusion laisse à penser qu’il souhaite le détrôner. 

Pour un débat Magyd Cherfi / Eric Zemmour!

Il faut lire cette tribune pour une bonne raison : Magyd Cherfi écrit bien, très bien. L’anaphore « Je pense » est bien placée, les termes sont souvent bien trouvés. Sur la forme, seuls les points d’exclamation indignés sont à mon sens lourds et mal inspirés. Magyd Cherfi n’est pas qu’un parolier. C’est quand même autre chose que la moraline satisfaite de Laurent Ruquier, les tweets insipides de Jean-Michel Apathie ou les menaces de Yassine Belattar. Mais Magyd Cherfi tombe dans le même écueil que ceux-ci : à aucun moment, il ne va sur le terrain des idées. Et en fait de mépris, c’est lui qui méprise ouvertement la moitié des Français. Très moyen pour celui qui fut le pilier d’un groupe qui réunit des gens qui n’avaient rien en commun. Et qui aujourd’hui fait de la chanson française teintée d’accordéon que Brassens ne dénigrerait sans doute pas. 

Sur les ondes de France Bleu Occitanie, Magyd Cherfi a confié ne pas être fier d’avoir été si violent. Il a dit aussi : « moi je dis pas que tout va bien, je dis que tout va mal, et je dis même que la gauche et la droite ont déconné depuis quarante ans [..] Le Front National pose de bonnes questions et donne de mauvaises réponses, en quelque sorte c’est un loup qui entre dans la bergerie ». Maintenant qu’ils sont deux loups ayant en commun la vision d’une France en déclin où tout va mal, Magyd Cherfi et Eric Zemmour vont-ils se serrer la main ? On peut rêver, mais un débat entre Cherfi et Zemmour, ce serait quand même plus excitant qu’un débat entre Hidalgo et Xavier Bertrand. D’ici-là Magyd, préparez vos arguments et surtout, purgez votre indignation du phénomène Zemmour en nous faisant de belles chansons.


Sur l’intégration des musulmans à Toulouse, le discours de Magyd Cherfi est très fluctuant

En 2016, dans Ma part de Gaulois, Magyd Cherfi raconte l’histoire de sa famille installée en France au début des années 1960 dans une cité HLM à Toulouse. Il est élevé en vase clos dans un environnement où la culture arabo-musulmane est hégémonique. Pour nombre de voisins de sa cité, la France est une criminelle qu’il faut exploiter avant de retourner au pays. Mais Magyd a de la chance : sa mère s’intéresse à sa scolarité quand celles de ses copains pensent que l’école est une perte de temps et l’intégration, une bonne blague.

Lui-même, bon élève, est traité de « pédé » et la violence de ses petits voisins l’empêche d’inviter chez lui ses camarades de classe « français ». En somme avant de conclure qu’il est « rejeté par la France », Magyd Cherfi raconte comment, bien avant le chômage de masse et la crise économique, les Maghrébins de sa cité d’enfance rejetaient collectivement la France comme patrie. Pire, ceux qui, comme ses parents, voulaient profiter des opportunités d’émancipation qu’offre la France subissaient une pression sociale pouvant aller jusqu’à la violence physique.

Cinq ans plus tard, il offre un tout autre récit. Le 5 octobre 2020, invité sur France Culture pour évoquer son dernier livre La Part du Sarrasin, il déclare : « Mes parents vivaient tête baissée, je voyais mes copains échouer à l’école, les quartiers nord de Toulouse où on vivait c’était des petites Algérie. La France a un vœu pieu, celui de l’universalité et, en même temps, “n’allons pas trop loin”. » Lui qui avait eu le courage (ou l’inconscience) de raconter des faits bruts, de témoigner du refus de l’intégration par nombre d’habitants des quartiers de son enfance, a réécrit l’histoire. Et cette fois, il n’y a pas Malika Sorel pour lui porter la contradiction, comme dans Répliques en octobre 2016 La rédaction

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