En déplacement à Mulhouse, le président s’est retrouvé face à face avec une islamiste et n’a pas réagi


Chapeau l’artiste ! La jeune fille anonyme de Bourtzwiller ne doit plus l’être beaucoup dans son quartier et fait probablement figure d’héroïne auprès de la jeunesse musulmane de Mulhouse. Il faut avouer qu’elle a sacrément bien manœuvré. Un coup je mets mon voile intégral à quelques centimètres de Macron pour le ridiculiser, et le coup d’après je retire prestement ma muselière (qu’on aperçoit repliée dans le cou) pour me prendre en selfie avec le président des Naïfs. Le précédent de Léonarda qui avait humilié François Hollande en direct à la télévision est pulvérisé : dans les deux cas une gamine se paie le président de la République, et nous nous sentons tous rabaissés avec lui. Mais l’anonyme de Bourtzwiller a, par une simple image, anéanti tout le discours du baratineur, qui à coups d’œillades amicales et de mains suppliantes essayait près d’elle de capter la bienveillance du public.

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Rien de tel qu’un cliché pris à l’improviste pour révéler crûment le réel : les trois hommes de haute taille qui entourent la jeune fille et le président, sans doute les gardes du corps, ont les visages résolument inexpressifs de qui ne veut pas voir ce qu’il a le son nez. Celui de gauche comme celui de droite ont l’air captivés par des écrans de téléphones, il me semble pourtant que lorsqu’on est garde du corps, on doit plutôt fixer le président et les quidams qui s’approchent de lui. Celui du milieu est encore plus étonnant : il fixe le ciel avec inquiétude, comme si un drone menaçant arrivait en ronronnant au-dessus de ce quartier de Mulhouse. Tous trois ont sans doute vu mais n’en ont pas cru leurs yeux. Ils ont peut-être pensé “Il me semble voir une femme intégralement voilée près de Macron. Mais si c’était le cas, il aurait réagi, je dois me tromper, le plus prudent est de regarder ailleurs.” D’où ces visages stupéfiants de vacuité. Parfaite allégorie de tous ceux qui voient sans que l’image ne parvienne à quitter la rétine pour atteindre le cerveau.

Un président trop naïf

Le visage de Macron dit plusieurs choses à la fois : il a le sourire radieux de celui qui s’écoute parler avec la plus vive admiration, et je pense qu’il n’a pas vu le voile intégral. Il n’aurait pu s’empêcher de tiquer. Son visage est en même temps fascinant de bienveillance naïve. Il me rappelle un personnage d’Ahmadou Kourouma dans Les Soleils des Indépendances, un grand livre paru en 1968 qui a fait croire que l’Afrique francophone décolonisée allait nous donner une  grande littérature qu’on attend toujours. L’héroïne est une marchande de tambouille sur le marché d’Abidjan qui un jour, peu avant l’heure de fermeture, a une idée bizarre : sa marmite est loin d’être vide, elle se met à inviter les mendiants et crève-la-faim qui hantent le marché à venir la terminer. Évidemment toute générosité naïve est impitoyablement punie, et ses gamelles sont renversées, sa vaisselle volée et elle se retrouve violée sous un monceau de corps à qui la faim n’a pas coupé le désir. 

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Il semble que l’islam conquérant considère avec un mépris amusé les tentatives occidentales  de pactiser avec lui. La ruse de la jeune fille anonyme de Bourtzwiller me rappelle celles qu’ont utilisées à plusieurs reprises de hauts dignitaires de l’islam (l’inévitable mosquée Al-Azhar pour ne pas la nommer) pour se moquer du pape François lors de plusieurs rencontres du “dialogue interreligieux”. C’est Laurent Dandrieu qui le raconte dans Eglise et immigration : le grand malentendu : les musulmans auraient à plusieurs reprises glissé dans les poches des textes en arabe violemment antichrétiens, une fois même ils lui auraient fait dire une prière du Coran de même contenu. Pour François comme pour Macron, même salaire versé à la bienveillance naïve : le mépris amusé.

Une pente dangereuse

Tout n’est pas à rejeter dans le discours de Mulhouse, en particulier la dénonciation des ingérences turques dans la société française. Mais tout cela est dit avec tellement d’indulgence et de compréhension ! On peut parler doucement, mais il faut le faire avec un big stick dans la main et Macron n’en a visiblement pas. Il y a quatre siècles de cela, Richelieu a reconquis les territoires perdus du royaume de France, toutes les places-fortes où les huguenots s’étaient enfermés, et il ne l’a pas fait le cœur sur la main et en prenant des selfies avec les chefs de la rébellion. Si la démocratie française n’est pas capable de susciter un Richelieu, gare à la tentation de l’autoritarisme. 

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