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Macron, le prof «copain»

L'édito politique de Jérôme Leroy

Macron, le prof «copain»
Le président de la République française, Emmanuel Macron, avec les YouTubeurs McFly et Carlito, dans les jardins de l'Élysée, mai 2021. Image: capture d'écran YoutTube

Tout miser sur sa personnalité pour tenter de faire oublier une politique et un programme, c’est le nouveau pari de Macron.


Dans une démocratie, il paraît que les électeurs se rendent aux urnes en fonction d’un programme. Je serais hâtif, j’en déduirais que nous ne sommes pas en démocratie. Un sondage qualitatif d’Ipsos de 2017 révélait que 8% des Français avaient voté pour Macron en raison de sa « personnalité ».

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Cela représentait environ 700 000 voix. On se souvient peut-être encore qu’à l’époque les quatre premiers se tenaient dans un mouchoir de poche et que Mélenchon aurait pu être au second tour à 600 000 voix près. Mais la jeunesse du candidat Macron, sa modernité, son ouverture qui le menaient dans une zone nouvelle qui allait prendre le meilleur de la gauche et de la droite, lui a donné l’avantage décisif. Il ne clivait pas, il rassemblait. Qui se serait penché sur son programme aurait vu qu’il était de fait banalement libéral et même thatchérien. La nouveauté, la modernité de Macron consistait à miser sur une politique de l’offre et sur un démantèlement de l’état providence qui l’ont poussé, à peine élu, à prendre des mesures aussi symboliques que la suppression de l’ISF et, « en même temps », à réduire les APL. Quant à sa personnalité, elle est vite apparue cassante, voire méprisante, envers tous ces gens « qui ne sont rien » et tous ces jeunes qui n’avaient qu’à « traverser la rue » pour trouver un travail.

L’élection vue comme un concours de beauté

La révolte des gilets jaunes est arrivée et on a pu mesurer à quel point sa personnalité, justement, était devenue l’objet d’un rejet viscéral. C’est le risque quand on joue cette carte-là pour cacher son projet. Un moment arrive où le citoyen se heurte au réel du programme et s’aperçoit, mais un peu trop tard, qu’une élection présidentielle n’est pas ou ne devrait pas être un concours de beauté. 

Il n’empêche, à l’approche de 2022, et après la crise sanitaire qui a bouleversé tous les repères, on se retrouve dans une situation où le seul espoir pour Macron est de restaurer sa personnalité puisqu’il n’a pas l’intention de changer de programme : en témoigne son envie toujours présente de casser le système de retraite ou de se montrer plus dur avec les plus fragiles comme le montre la dernière loi sur l’indemnisation des chômeurs. Il faut donc qu’il parvienne à faire oublier cette image de président des riches.

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Pour cela, il avance sur deux axes. Le premier consiste à se servir de l’extrême-droite et de Marine Le Pen comme d’un répulsif, ce qui ne fonctionne pas très bien si l’on en juge par les derniers sondages en PACA et la deuxième est de séduire la jeunesse qui aurait plutôt tendance, quand elle vote, à voter Rassemblement National.

Le jeune, cet inconnu

Alors Macron, d’un seul coup, aime à nouveau la jeunesse. Ou plus exactement ce qu’il croit être la jeunesse : des geeks qui se contenteraient de trainer sur les réseaux sociaux pour écouter les influenceurs. D’où son histoire d’amour avec Mc Fly et Carlito, devenus ses meilleurs amis. Et que je te lance des défis, et que je m’amuse avec eux à l’Elysée dans une battle d’histoires belle comme un jeu télévisé de mi-journée. Il ne viendrait pas à l’idée de Macron ou de ses communicants que Mc Fly et Carlito qui sont sans doute de gentils garçons ne résument pas à eux seuls la jeunesse et que les millions de vues qu’ils obtiennent sur YouTube ne sont pas autant de suffrages. La jeunesse qui bosse pour obtenir des diplômes dans un système dégradé, confrontée à la misère étudiante, la jeunesse qui a travaillé en première ligne comme aides-soignants, infirmiers ou médecins dans les hôpitaux submergés, la jeunesse qui doit se contenter de boulots précaires et mal payés dans une économie ubérisée, celle-là, on n’en parle pas. Ou plutôt, on voudrait bien qu’elle ne se mette pas à avoir une conscience de classe. 

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Paraître sympa

Alors, Macron veut juste paraître « sympa ». C’est ce qui m’a le plus gêné dans cette histoire de Mc Fly et Carlito : qu’un président se comporte comme ces mauvais profs qui veulent tenter de la jouer « copain » avec les élèves. En général, pour les profs en question, ça ne marche pas et même, ça finit par se retourner contre eux. Mais dans une société médiatisée à l’extrême qui aime les belles images plutôt que d’exposer les programmes parce que ce ne ferait pas d’audience, rien ne dit que ça ne profitera pas à Macron.

Si l’on en croit les chiffres de 2017, il suffit de 700 000 voix. Bien moins que les millions de vues de Mc Fly et Carlito, pour le coup.


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Jérôme Leroy est écrivain et membre de la rédaction de Causeur. Dernier roman publié: Vivonne (La Table Ronde, 2021)

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