Emmanuel Macron a inauguré à Paris le nouveau Centre européen du judaïsme (CEJ), vaste édifice culturel et religieux dans le 17e arrondissement. Barbara Lefebvre analyse le discours du président et dénonce une instrumentalisation qui fait le jeu de sa politique communautariste.


Le discours d’Emmanuel Macron lors de l’inauguration du Centre Européen du Judaïsme (CEJ) le 29 octobre dernier aura coché toutes les cases de l’exposé d’un président à « ses braves citoyens juifs ». Il témoigne néanmoins de l’impasse dans laquelle nous sommes collectivement tant ce discours révèle un décalage historique que le président, les élites qu’il incarne – dont notamment les notables juifs présents ce soir-là – ne semblent pas mesurer. Ces paroles sont vides de sens du point de vue politique car la République qui les prononce n’est plus la même : la République n’est plus ni indivisible ni la représentante d’un corps national tel que Renan l’avait défini. Cette République postmoderne et multiculturelle, n’est plus qu’un régime politique, une carcasse institutionnelle encore fonctionnelle (merci Debré, merci de Gaulle), mais la nation est décharnée. La puissance publique postmoderne est une sorte de Léviathan expert-comptable, un gestionnaire et non un stratège. Elle n’a plus de pouvoirs politiques majeurs les ayant, depuis un demi-siècle, un à un délégué à une puissance supranationale, qui à l’Etat maastrichtien, qui à l’OTAN, qui aux marchés financiers (dont nous sommes l’otage du fait de notre niveau d’endettement), qui aux entreprises transnationales dévouées à la civilisation des machines globale. A quoi sert l’Etat républicain sinon à maintenir une illusion d’union nationale à coups de grands discours ?

Macron joue la partition communautaire…

Nos autorités sont dans une forme de dissonance cognitive qui accentue les tensions du corps social. Elles tiennent aujourd’hui un discours républicain hérité du passé à un pays fracturé qui souffre de ne plus se reconnaître comme nation. Elles jouent le jeu de la partition communautaire tout en la dénonçant : pur cynisme politique. Conscient que l’une de ces « communautés », nouvellement implantée, manifeste dans ses marges extrémistes des velléités de sécession et menace l’ensemble d’un édifice social déjà fragilisé, l’Etat a fait le choix assumé depuis la présidence Sarkozy (qui partage avec le président Macron le même tropisme anglosaxon) de saucissonner la nation en parts de marché communautaire. La tyrannie des minorités de toutes engeances est en train d’instaurer un régime autoritaire, et cela commence par la révision du vocabulaire public autorisé et par une écriture falsifiée du réel. Je ne parlerai pas ici de déni comme cela est fait régulièrement car je ne crois pas à un mécanisme inconscient de ce reformatage de nos représentations sociales et culturelles par la doxa diversitaire.

Les Juifs servent à cet égard de parfait outil de falsification du réel : le régime de terreur dans lequel ils vivent depuis vingt ans dans les « territoires perdus de la République » serait exagéré et ceux qui comme les auteurs de l’ouvrage précité le décrivent ne sont au fond que des racistes antimusulmans. Le procès contre Georges Bensoussan aura démontré la haine à l’égard de l’auteur-c

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