Qu’est-ce qu’un éditorial dans un magazine? Il définit, reflète une orientation générale. Il exprime un état d’esprit, un choix de style, un positionnement politique. La calomnie est aussi une affaire de style. Le M Magazine (le supplément hebdomadaire du Monde) n’en manque pas. Une graphie originale, un portfolio qui montre des images hors du commun, de la radicalité à toutes les sauces, la boboïtude y est transgressive, mais comme il faut. Par une multitude d’inserts, de brèves, de courtes blagues, de petits dessins, un humour fastoche dit des sympathies ou bien ricane de ce qui aujourd’hui constitue le purgatoire de ce qui n’est pas branché « in ». Les reportages vont fouiner l’insolite, ils dépotent les nouveaux talents du Bondy blog qui regrettent de ne pas avoir « cassé les jambes de Finkielkraut ». M Magazine aime les « bad guys » : Mehdi, Badrou, Kassovitz, ces dissidents modernes. La bonne conscience y est modeuse, branchée. Symétriquement les obsessions répulsives de M sont récurrentes. Alain Finkielkraut  en fait partie.

M le mauvais

Dans son édition du 16 septembre 2017, M fait un portrait bien balancé de Mathieu Kassovitz : 50% acteur de talent à l’histoire intéressante et 50% conspirationniste, contestant la réalité du 11 septembre 2001. L’attaque des tours du World Trade Center serait, toujours selon Kassovitz, seize ans après les attentats, le fait d’une vaste manipulation des consciences. Cependant tout l’intérêt de cette édition du 16 septembre est ailleurs. La teneur de l’éditorial, la manière dont il est écrit, dit l’inspiration de cette production si chic et au fond si médiocre.

La directrice adjointe de la rédaction, Marie-Pierre Lannelongue annonce la couleur. Elle a écouté la matinale de France Inter le mardi 12 septembre dernier : « on y entendait l’habituelle hystérie d’Alain Finkielkraut qui surgit comme la lumière quand on appuie sur un interrupteur ». En face de l’hystérique, « le silence un peu las, bienveillant sans doute, légèrement accablé assurément de la philosophe Elisabeth de Fontenay ». Les choses sont dites.

Nous n’entrerons pas ici dans le détail de ce qui constitue l’hystérie de l’un face à la mesure de l’autre. Marie-Pierre Lannelongue ne le précise pas. La directrice adjointe de la rédaction de M, avance masquée, protégée par l’appropriation implicite d’une pensée et d’un style. Cette escroquerie intellectuelle voire ce détournement crapuleux vise à nier la qualité essentielle de ce livre En terrain miné. Cette correspondance dit d’abord une amitié et une estime intellectuelle aussi profonde que réciproque. L’échange y est vif, opposé, mais fondé sur un respect profond de l’autre. L’insulte, la calomnie ne peuvent figurer dans une écriture aussi élaborée qu’élégante. S’affirmer toujours « de gauche »  face à un « conservateur » nourrit une dialectique qui semble faire défaut à madame Lannelongue. La mise en parallèle de Kassovitz et de Finkielkraut, le parano et l’hystérique, le complotiste et le réac, rabaisse le niveau du quotidien de référence. N’est pas Viansson–Ponté qui veut.

Voilà un certain temps que le débat en France préfère la disqualification, l’insulte, la calomnie, le ragot, à l’échange d’arguments. Voilà aussi un moment que le débat intellectuel se mène au palais de justice devant sa XVIIe chambre. Le procès s’est substitué à la confrontation d’idées. Pourtant il y aurait eu matière à procès contre de nombreuses publications dont la vertu autoproclamée antiraciste professait autant d’appels à la violence contre les déviants du politiquement correct. Des « rappels à l’ordre » listaient ceux et celles qui méritaient d’être voués à l’excommunication progressiste. M magazine s’inscrit dans cette démarche. « Un travail de journaliste, en somme » comme le dit si bien madame la rédactrice en chef adjointe.

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