Une réponse à l’article d’Alain Neurohr publié dans le numéro 71 du magazine Causeur


Parmi les nombreux intérêts que je trouve à Causeur, il y a la parole donnée à des prises de positions différentes. C’est dans cet esprit que je souhaite rebondir sur l’article d’Alain Neurohr, en le remerciant pour sa participation au débat et en affirmant que ma réaction n’est nullement dirigée contre lui, mais au contraire destinée à affiner nos positions. La question de la « PMA pour toutes » mérite mieux qu’un clivage strict entre ceux qui sont pour et ceux qui sont contre.

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« Le désir d’enfant n’est pas un caprice, c’est une réalité anthropologique à laquelle il est vain de s’opposer. » Je ne peux qu’abonder dans votre sens. Le désir d’enfant est un des plus légitime qui soit et – vous serez surement d’accord – un des plus beaux. « Refuser la possibilité de ce lien essentiel à des personnes homosexuelles au nom de grands principes me paraît cruel et futile ». Comme vous avez raison ! Il serait monstrueux de refuser ce désir à une femme, ou un homme, pour quelque raison que ce soit. Mais qui parle de refus ? Avez-vous lu un opposant à la future loi dire qu’il fallait interdire aux femmes homosexuelles ou célibataires de désirer avoir un enfant ? Si tel est le cas, je veux bien me charger de lui signifier l’inanité de sa position.

La loi contre la reproduction sexuée

Ce n’est pas le désir qui pose problème, mais sa réalisation. Si le premier est un sentiment personnel qui n’engage qu’une seule personne, indépendamment de son sexe, son orientation sexuelle, ou sa situation conjugale, la seconde nécessite l’implication d’une autre personne, obligatoirement du sexe opposé. On ne peut pas parler de « celui qui fait un enfant » mais de ceux qui font un enfant. La reproduction sexuée a constitué un pas décisif de l’évolution qui conduit à la naissance et au développement de l’être humain, elle subsiste chez lui.

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Ce que veut faire la loi, c’est tenter de contourner ce fait incontestable, en considérant qu’une femme qui désire – très légitimement – avoir un enfant, peut y parvenir sans avoir à solliciter d’un homme sa participation, mais en exigeant de l’Etat qu’il se débrouille pour trouver le principe masculin indispensable, tout en floutant l’homme en chair et en os qui l’a fournit. Il s’agit donc de nier l’absolue nécessité de la contribution d’un homme pour la venue au monde d’un nouvel être humain, en la remplaçant par ce qui est présenté comme un acte médical. Une loi pourrait-elle dire que l’espère humaine n’est pas sexuée ?

La précision d’Anne Marie Le Pourhiet

La supercherie consiste à prétendre que la future loi réparerait une injustice : il y aurait une technique médicale permettant d’avoir un enfant, réservée à certaines femmes (celles qui ont un homme) et refusée à d’autres. Mais ce n’est absolument pas le cas. Comme l’exprime dans Causeur Anne Marie Le Pourhiet, avec la clarté et la précision qu’on lui connaît, la technique médicale en question, qui s’appelle Insémination Artificielle avec Donneur (IAD) consiste à permettre à un homme fertile de donner son sperme à un homme stérile pour qu’il fasse un enfant avec sa propre femme et ce sans rapport sexuel avec ladite femme. Il n’y a donc aucunement contournement de la nature sexuée de notre reproduction. Il n’y a pas non plus de refus visant une femme, mais un don d’homme à homme. C’est bien en cela que la loi en projet est dangereuse : elle dénie la nécessité du masculin dans la « fabrication » d’un enfant, réduisant l’homme à être « trait » de son sperme, selon l’expression d’Anne Marie Le Pourhiet. Elle s’inscrit donc dans un projet développé par des féministes extrémistes : l’élimination du masculin.

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Une autre supercherie est d’invoquer la science, le « progrès » de l’humanité, le caractère « prométhéen » de l’homme. Qu’est-ce qui permet d’affirmer que la tentative de gommer la nécessaire implication masculine dans la procréation est un progrès ? Qu’est-ce qui autorise ses partisans à se déclarer progressistes, et renvoyer les sceptiques dans le clan des réactionnaires, de ceux qui ne veulent pas de progrès ? Non, ce n’est pas un progrès. Au contraire, c’est une grave régression puisque elle va dans le sens contraire de l’évolution de la vie depuis plus de six cents millions d’années. La médecine a fait des progrès considérables dans le traitement de la stérilité, permettant à des personnes ayant des difficultés biologiques à procréer d’avoir tout de même des enfants. L’IAD n’est qu’une mince partie de ce progrès, qui permet, non pas de se passer de la contribution masculine, mais d’éviter le rapport sexuel entre l’homme fournisseur de sperme et la femme réceptrice, ceci pour des raisons de moralité tout à fait légitimes, que la femme en question soit en couple avec un homme, avec une autre femme, ou célibataire. Il est abusif de prétendre que résoudre par la médecine et la loi un problème qui n’est ni médical (les femmes visées ne sont pas malades) ni juridique (rien n’est interdit à personne) est un progrès.

Le masculin ne doit pas perdre sa place dans la filiation

Les couples de femmes désirant élever ensemble l’enfant de l’une d’entre elles n’ont pas attendu une future loi pour trouver des solutions. Depuis longtemps, certaines ont sollicité des hommes, éventuellement en couple avec un autre homme, prêts non seulement à fournir la semence indispensable, mais aussi à assumer le rôle paternel, sans être le conjoint de la mère (qui a une conjointe). Un véritable progrès social serait que le législateur crée un dispositif pour officialiser et protéger la relation affective et éducative de la conjointe de la mère (et le cas échéant le conjoint du père). On peut aussi rechercher d’autres moyens de satisfaire un juste désir sans tricher avec un des principaux fondements de notre vie.

Le respect du désir d’enfant chez les femmes célibataires ou en couple avec une femme passe aussi par la sincérité, la nécessité de leur dire la vérité. Leur désir d’enfant et l’amour qu’elles portent à leur conjointe ne leur permettent pas d’avoir un enfant. Il leur faut pour cela trouver un homme qui assurera la nécessaire complémentarité de la différence des sexes. La médecine leur permet, le cas échéant, de ne pas avoir de rapport sexuel avec cet homme. Il existe aussi des méthodes psychologiques pour les aider dans leur attente, mais il s’agit de démarches individuelles, n’impliquant pas la société.  Ainsi l’enfant à naître saura que, même s’il a été élevé par une femme seule ou un couple féminin, sa vie aura commencé, comme tout être humain, par la rencontre d’une femme et d’un homme.

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