Les Français n’ont plus été consultés par référendum depuis leur rejet en 2005 du traité établissant une constitution pour l’Europe. Jordan Bardella s’inquiète des conséquences de la mutualisation des dettes proposée après la crise du coronavirus. Tribune.


Le 29 mai 2005, en rejetant le projet de Constitution européenne, les Français ont barré la route à la chimère la plus précieuse des européistes : l’avènement d’un État fédéral, où la souveraineté nationale ne serait que le lointain souvenir des heures les plus sombres de notre continent. 

Le désaveu fut tel chez nos dirigeants et nos « élites », droite et gauche confondues, qu’il fallut pour eux emprunter la voie détournée du Traité de Lisbonne en 2007, dupant ainsi le peuple français en faisant voter un texte quasiment identique, à peine remanié sur la forme.

Les 500 milliards d’euros de « relance » sont l’écran de fumée qui dissimule un engrenage dangereux…

Quinze ans après ce « Non » – la dernière consultation référendaire en France, l’Union européenne n’a, de l’avis général, pas plus été à la hauteur de la crise sanitaire qu’elle ne l’a été devant toutes les crises précédentes. Cela n’empêche pas ses dirigeants de considérer la crise comme une opportunité, comme une énième occasion historique à saisir, comme un « grand pas en avant » à réaliser, selon les propres termes de la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen. 

En voulant mettre en œuvre la mutualisation de la dette à l’échelon européen, encensée partout comme la garantie d’un « moment hamiltonien » européen, Emmanuel Macron inscrit son nom sur la longue liste de nos dirigeants qui auront gouverné contre la souveraineté populaire, préférant faire de Bruxelles plutôt que de Paris la capitale du pouvoir central.

Les 500 milliards d’euros de « relance » sont l’écran de fumée qui dissimule un engrenage dangereux. Car qui dit dette commune, dit nécessairement besoin de ressources communes supplémentaires. L’argent magique n’existant pas, selon la formule consacrée, ces ressources propres pourront émaner d’une augmentation de la contribution des États au budget européen, et donc constituer autant d’argent versé indirectement par les contribuables. Mais elles peuvent aussi provenir de la mise en œuvre d’un impôt européen qui a toutes les chances de prendre la forme d’une « taxe carbone ». Les bonnes intentions écologiques et sanitaires permettront de justifier de nouveaux transferts de souveraineté. 

Jean Monnet théorisait la politique des « petits pas », par laquelle les États européens seraient peu à peu enchaînés les uns aux autres. Emmanuel Macron, chaussé de ses bottes de sept lieues fédéralistes, est lui un chaud partisan d’un « grand pas en avant », pourtant rejeté par les Français dans les urnes lors des dernières élections européennes de 2019.

Loin des mea culpa de circonstances ou des promesses de relocalisations, le « monde d’après » promis par Emmanuel Macron risque encore une fois d’être un nouveau jeu de dupes, tout autant anti-démocratique qu’anti-national.

D’aucuns y verront une exagération polémique, mais comment qualifier autrement ce plan qui, sans consultation démocratique, fournira à Bruxelles tous les attributs nécessaires d’un État fédéral, à savoir la capacité d’émettre de la dette puis potentiellement de lever l’impôt, et de se doter de ressources propres supplémentaires? 

Assez paradoxalement, l’espoir réside à ce jour dans « l’égoïsme » si décrié des pays « frugaux ». En rejetant les propositions de la Commission européenne, ils ont la capacité de mettre en échec les projets fédéralistes d’Emmanuel Macron et d’Angela Merkel. Et ce sursaut démocratique pourrait une fois de plus venir des Pays-Bas : n’est-ce pas en effet ce même peuple néerlandais qui, aux côtés des Français, a plébiscité le « Non » en 2005? L’espoir d’un nouveau printemps des peuples est permis.

Lire la suite