On peut se gausser de ces petites cérémonies de chiffon, baptisées désormais « fashion weeks », où se retrouvent à intervalles réguliers quelques excentriques, les figures changeantes ou habituelles de ce qu’on nommait naguère le Tout-Paris, et les météorites de l’actualité plus ou moins heureuses. On peut feindre d’en être offusqué, et l’on peut certes moquer ces forains de vanités et autres figurants de la parade sociale. Il reste qu’une société sans mode, et sans la mondanité brillante qui l’accompagne, privée de sa chatoyante extravagance, serait non seulement morose, mais encore inquiétante.

Il y a dans ce genre de manifestation comme la preuve du serment tacite qu’une nation se fait à elle-même : maintenir crânement son droit à la futilité, à l’éblouissement. La mode et, au-dessus d’elle, la haute couture sont un défi à l’usure du temps, une espèce d’imprécation très humaine lancée contre l’habitude, la répétition et l’inévitable fin des choses, des êtres et des liens qui les unissent (lire l’entretien avec Viviane Blassel).

Cet univers a connu en trente ans une série d’événements qui l’a placé au centre d’un dispositif stratégique tout entier animé du désir de conquête et de rayonnement. Par ses méthodes de communication, par les moyens qu’il a mis en œuvre pour gagner des marchés et des clients, il a bouleversé tous les repères du goût et du jugement esthétique qui le gouvernaient auparavant. Sous plusieurs aspects, il peut s’apparenter à celui de l’art dit contemporain.

Photo : Wikimedia Commons

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