Selon Le Parisien de lundi, 461 000 profs- soit plus d’un sur deux- ont souscrit une assurance les protégeant en cas de menaces ou d’insultes. « Et le nombre de contrats continue d’augmenter […] +2,7% en France entre 2011 et 2014 […] 18,2% sur la même période en Seine Saint-Denis. » ajoute le quotidien.

Qu’est-ce qui pousse les profs à tant de précautions ? Ils n’exercent quand même pas un métier à risques : selon Georges Fotinos, spécialiste de la violence à l’école, seulement « un directeur d’école sur quatre a été menacé au moins une fois dans l’année », et pas plus d’ « un sur quatre a été insulté » tandis que « quatre sur dix ont été harcelés par des parents. » Cela laisse quand même une chance infime de traverser toute une carrière sans incident majeur (9 000 dossiers, en tout et pour tout, gérés chaque année par la MAIF et les ASL.)

Et quand bien même certains seraient menacés et insultés, pourquoi souscrire une assurance quand on peut compter sur sa hiérarchie ?

Le nouveau délégué ministériel chargé de la prévention et de la lutte contre les violences en milieu scolaire, André Canvel, confie par exemple au journal que de nombreux outils ont été  mis en place pour pour faire face à la violence, notamment les groupes « Climat scolaire » dont 23 académies sont déjà dotées. » Ces groupes, composés d’inspecteurs d’académies, de proviseurs de vie scolaire et de référents harcèlements, ont pour mission de s’assurer qu’« un dialogue entre les élèves et les professeurs se noue et perdure. »

C’est beau et cela nous mettrait presque la larme à l’oeil de voir que l’Education nationale a enfin pris la mesure du malaise actuel de l’école en essayant « d’apporter une réponse éducative et pédagogique » avec le résultat que l’on sait. Elle a compris qu’il ne servait à rien de tenter d’enrayer une violence, qui, de toute façon, est instituée, et qu’il valait mieux gérer les conséquences que de chercher à agir sur les causes.

Et, devant tant de déférence à leur égard, les professeurs sont bien ingrats d’arguer qu’ « en cas d’incident, l’Education nationale ne sera pas forcément là pour [les] aider » (joli euphémisme), de prétendre que « l’Education nationale ouvre très peu de dossiers chaque année pour défendre ses fonctionnaires victimes de conflits. Et opte la plupart du temps pour la défense de l’enfant », ou d’expliquer que « les incivilités se développent et les enfants ont souvent raison aux yeux des parents lorsqu’il y a un conflit avec un enseignant. »

Non, décidément, on a bien du mal à expliquer cet engouement des profs pour les assurances et on n’aurait sans doute jamais eu la réponse si, comme souvent, les lecteurs du Parisien ne nous avaient pas éclairé de toute leur sagesse. Car en réalité, si les professeurs sont sur le qui-vive, c’est tout simplement parce qu’ils sont « un peu paranos » comme nous l’explique une aide-soignante de trente-cinq ans, et habitués qu’ils sont à faire partie des privilégiés, ils sont souvent coupés de la réalité :« le risque d’agression est minime. En revanche, quand eux sont accusés de maltraiter un élève, on met en doute la parole de l’enfant et ils ne risquent pas grand chose, l’école les protège. »

Mais ce n’est pas tout. Le témoignage d’un jeune cuisinier de 18 ans parachève le portrait du professeur moderne. D’abord, il rappelle à quel point il faut une bonne dose de masochisme pour faire ce métier : « Dans certains établissements comme mon ancien collège, les profs se font insulter tous les jours. Ca ne fait pas du tout envie comme métier ! ». Puis d’ajouter que si les professeurs sont régulièrement agressés, c’est avant tout parce qu’ils le cherchent. « Après, certains profs prennent des risques délibérés aussi : ils parlent de choses sensibles, font du favoritisme et ne respectent pas les élèves. » Il paraîtrait même que certains essaient d’enseigner des choses aux élèves contre leur volonté. Rendez-vous compte !

Bref, malgré les bonnes dispositions des élèves et le triple soutien indéfectible des parents, de la hiérarchie et de la sociéte, les profs continuent à gémir et à avoir peur, tout simplement parce que c’est dans leur ADN. Et on plaint les élèves et les parents obligés de se coltiner toute l’année ces froussards trop payés.

Fort heureusement, l’Education nationale a pensé à tout. Afin que les professeurs ne soient pas les seuls privilégiés du système, André Canvel précise que pour renouer le dialogue évoqué précédemment, « les enseignants doivent par exemple pouvoir expliquer aux parents pourquoi on sanctionne leur enfant. Etre le plus clair possible envers les élèves et les parents pour s’entendre et se comprendre. »

Avec ce genre de dispositifs et les réformes qui se préparent, nul doute que l’école retrouvera vite son lustre d’antan.

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