Lire en été: au hasard des bouquinistes, des bibliothèques des maisons de vacances, des librairies, le plaisir dilettante des découvertes et des relectures, sans souci de l’époque ou du genre.


Une critique paresseuse pourrait le comparer De visu du Britannique Jim Crace à La Route de Cormac McCarthy. Après tout, ces deux livres ont paru à peu près au même moment, au mitan des années 2000 et racontent le voyage d’un couple, celui d’un père et d’un fils dans La Route et celui de deux jeunes amoureux dans De visu à travers des mondes post-apocalyptiques.

Couple fondateur

Mais la ressemblance s’arrête là. La Route est un roman d’une noirceur totale. S’il y a le Père et le Fils, le Saint-Esprit lui a disparu: le seul but du voyage est une survie immédiate, presque animale dans une création détruite. Le pessimisme métaphysique de McCarthy est impitoyable. Il ne s’agit plus de se rendre quelque part, il s’agit de gagner une heure ou une journée parce que le Royaume n’existe plus. La catastrophe qui les fait marcher en poussant un caddie comme des personnages beckettiens dans un hiver nucléaire, est récente. Les traces de la société post-industrielle demeurent encore présentes, dérisoires et pourtant si précieuses, à l’image de ce caddie, métaphore presque trop évidente d’un consumérisme dont on mesure un peu tard la tragique absurdité.

En revanche, dans De visu de Jim Crace, on se souvient à peine de ce monde-là. On est revenu à une société exclusivement paysanne formée de communautés précaires qui vivent du troc dans une nature souvent ingrate et hostile. Et si la vision de Crace est tout aussi religieuse que celle de McCarthy, son jeune couple sera à la fin la résurrection du couple fondateur d’Adam et Eve dans un Eden qu’ils vont apprendre à se réapproprier.

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Mais avant, il leur faudra traverser cette Amérique qui vit comme on peut imaginer que l’on vivait quelque part entre la fin de l’Antiquité et le début du Moyen-Age, une Amérique encore travaillée par une vague espérance : aller vers l’Est, très loin, et trouver la mer, « le puissant fleuve à une seule rive ». On raconte chez les migrants que des bateaux arrivent d’autres continents où la vie est

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Jérôme Leroy
Écrivain et rédacteur en chef culture de Causeur. Derniers livres parus: Nager vers la Norvège (Table Ronde, 2019), La Petite Gauloise (Folio Policier, 2019)
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