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Athéna: un genre cinématographique bien français, la “racaillexploitation”

Le cinéaste veut dénoncer les "fachos" mais leur donne du grain à moudre.

Athéna: un genre cinématographique bien français, la “racaillexploitation”
Le cinéaste Romain Gavras au 79e Venice International Film Festival, le 2 septembre 2022, pour son film Athéna, accompagné des acteurs Sami Slimane, Ouassini Embarek, Ladj Ly, Alexis Manenti, Dali Benssalah & Anthony Bajon Marilla Sicilia/Mondadori Portfo/SIPA SIPAUSA30321205_000020

Le film de Romain Gavras, annoncé à grand renfort de promo et vendu comme le premier film français « générationnel » produit par la plateforme Netflix, est à l’image de cette génération qu’il entend dépeindre, bête et méchant. Le verdict des chroniqueurs de Causeur est sans appel.


Ecrit et réalisé par Romain Gavras et Ladj Ly, un binôme bien connu d’un genre qu’on pourrait désormais qualifier de « racaillexploitation », à l’image de la blaxploitation états-unienne des années 1970 connu principalement sous nos latitudes par le biais de Shaft, Athéna est la quintessence d’une vision esthétisante et puérile des banlieues. Fils de Costa Gavras, le Romain du même nom n’en est pas à son coup d’essai en la matière. Co-fondateur de l’association Kourtrajmé avec Kim Chapiron, autre fils de, et proche de ces autres fils que sont les frères Cassel et Matthieu Kassovitz, il s’est d’abord illustré dans les clips et les publicités. On reconnaitra le style pompier du pubard dès la première scène, avec un traveling arrière sur la bande de semi-sauvages héroïsés sur fond de musique de parc d’attraction qui feraient passer les clips promotionnels du Puy-du-Fou pour du Tarkovski.

Il est vrai que monsieur Gavras avait su, en 2003, capter l’air du temps comme peu l’avaient fait avant lui. Dans le clip “Pour Ceux” de la Mafia K1’fry – “mafia africaine” -, depuis lors toujours référence de la vidéo de rap à la française, si on peut dire, était dévoilée pour la première fois au grand public une vision des cités qui n’était pas édulcorée ; faite de dentitions approximatives, de chiens d’attaque, de migrants de fraiche ou de longue date, de pistolets automatiques, et, déjà, de véhicules de cross destinés aux rodéos. Quatre ans plus tard, en 2007, il récidivait avec la vidéo “Stress” du groupe electro Justice, qui avait occasionné un petit scandale à l’époque puisqu’on y voyait une bande de « jeunes » s’adonner à ce qu’ils préfèrent : tout casser, agresser le passant innocent et autres joyeusetés.

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Fasciné, semble-t-il, par l’univers des voyous de banlieues, Romain Gavras se la joue donc anthropologue fainéant dans cette série Z reprenant les codes d’Assaut sur le central 13 de John Carpenter en inversant les rôles, puisque ce sont les CRS qui font ici le siège de la cité rebelle, Athéna. Le film a au moins un mérite, nous les montrer plus vrais que nature, tels qu’ils sont vraiment : hargneux, armés, agressifs. Il est centré autour d’une fratrie dysfonctionnelle, dont l’un des frères est apparemment tué par un policier dans une opération, ou, comme le suggère le scénario, on ne sait pas très bien, par un groupuscule d’identitaires d’extrême droite souhaitant provoquer une guerre civile (ne riez pas). 

Les trois frères survivants sont de véritables clichés : le plus grand est un dealer en cheville avec la police qui ne veut pas que son business souffre des émeutes, le cadet est insurgé contre le système, et le troisième est un pieux musulman qui tente de ramener le calme. Un peu plus et leur mère ramenait des gâteaux de Ramadan aux policiers pour éviter « l’escalade ». Entre un actioner 80’s de Steven Seagal, Luc Besson et une série AB Prod, ce nanard se laisse franchement regarder si on le prend pour ce qu’il est, c’est-à-dire une comédie involontaire. 

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En cherchant à dénoncer les « fachos », le film leur donne surtout du grain à moudre. Quant aux habitants les plus intelligents de ces cités, ils ont dû être absolument dégoutés par cette représentation mercantile et fantasmagorique qui ne leur rend pas du tout service. Le plus terrible dans cette affaire est que ce film et ces auteurs sont à l’image de la France contemporaine, qui a renoncé au beau au profit du commerce, de la bêtise et du spectacle. Il montre la France dans toute sa nudité, avec ces cités remplies uniquement de personnes d’origine africaine – le seul Français européen du bloc étant un djihadiste converti -, toujours prêtes à dégoupiller et défier l’autorité. Subséquemment, il subvertit nos mythes, en confondant les âges héroïques de l’Iliade avec les âges sombres de la violence, comme si Troyens et Achéens étaient de simples brutes ivres de violence. Peut-être faudrait-il d’ailleurs obliger nos responsables politiques à regarder ce navet kitsch durant 24 heures d’affilée, façon Orange Mécanique, afin qu’ils ouvrent les yeux et comprennent les conséquences de ce qu’ils ont non seulement laissé faire mais aussi encouragé. Pour mémoire, Romain Gavras a été nommé Président à la commission d’aide aux créateurs vidéo sur internet en 2019…


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Gabriel Robin est journaliste rédacteur en chef des pages société de L'Incorrect et essayiste ("Le Non Du Peuple", éditions du Cerf 2019). Il a été collaborateur politique

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