Ce n’est un secret pour personne : j’adore Nadine Morano. Ne me demandez pas les raisons de cette affection si particulière et si soudaine. Les sentiments que je lui voue sont instinctifs et entiers. Et j’en viens à me demander pourquoi le gouvernement et le Parlement ne comptent pas dans leurs rangs plus de femmes de sa qualité. A elle seule, elle incarne le génie français ou, plutôt, ce qui resterait de lui après un hiver nucléaire.

Nadine – à ce degré d’admiration, je l’appelle par son prénom – a tous les atouts. Elle porte beau, au point d’être considérée par certains comme le sosie le plus vraisemblable de Patricia Kaas, sans qu’elle ne présente toutefois le méchant inconvénient de la star forbachoise : chanter. Elle a l’allure d’une Madame Sans-Gêne. Tout y est : le verbe vivandier, la bise aux soldats, le tutoiement des puissants. Rien ne lui résiste. Elle n’a peur de personne et ne se méfie de rien, même pas d’elle-même. Ajoutez à cela qu’elle n’a pas sa pareille pour manier la mesure et le discernement – vertus cardinales de tout homme d’Etat –, et vous aurez compris où son destin la conduira : loin. Très loin. Bien au-delà encore.

Certes, je ne le nie pas : sa valeur et ses qualités en rendent aujourd’hui plus d’une jalouse. On le serait à moins. Ainsi a-t-on entendu récemment cette mauvaise langue de Fadela Amara persifler : « C’est la Castafiore. Elle est sympa, mais elle énerve tout le monde et tout le monde la fuit. » Fadela Amara reconnaît au moins une chose : Nadine Morano ressemble trait pour trait à Patricia Kaas, la Castafiore de Forbach, celle que la France ne craint pas d’envoyer à l’Eurovision. C’est un bon début.

Tous les commentateurs politiques dignes de ce nom s’accordent aujourd’hui sur une chose : Nadine Morano est sous-employée. Secrétaire d’Etat à la Famille, ce petit portefeuille ne lui permet pas, en effet, de donner sa pleine mesure. Elle en est bien consciente. Et Didine – le respect n’est pas ennemi de la familiarité – a présenté une offre de services pour accéder à de plus importantes responsabilités. Pas par ambition ni carriérisme, mais uniquement pour faire convenablement son job. Aujourd’hui, elle s’occupe de la famille – et son action porte ses fruits : les Français étaient encore nombreux à se retrouver autour de la table familiale le dernier dimanche de Pâques. Seulement, dit-elle, la famille, c’est bien beau, mais ça ne vaut rien sans un minimum d’éducation.

Comment ne pas lui donner raison ? J’en sais personnellement quelque chose : les neveux et nièces de Willy, mon mari, sont si mal élevés que je n’invite plus personne depuis des années à la maison, ni eux ni leurs parents. Je n’ai aucun conseil à donner à Nicolas Sarkozy, mais il va bien falloir que votre président confie, sans plus attendre, l’Education nationale à Nadine Morano s’il veut que les Français aient encore une vie de famille digne de ce nom.

Mais comment voulez-vous avoir une vraie vie de famille et, par conséquent, rendre visite à votre parentèle si vous n’avez ni permis ni voiture. Chaque fois qu’ils venaient passer Noël à la maison, les parents de Willy devaient prendre le train, descendre à la gare centrale de Stuttgart, emprunter le métro, attendre le bus, prendre une correspondance avant de faire le reste du chemin à pied pour arriver chez nous à deux doigts de l’apoplexie. Les années et le gâtisme venant, bien des fois la police nous les a ramenés à la maison, l’œil vide et hagard, à des heures pas possibles. Avant de devenir complètement sénile, mon beau-père aurait eu le permis et une voiture, notre vie familiale en aurait été largement facilitée.

Le ministère de la Famille donc, celui de l’Education nationale, mais également l’Intérieur (pour le permis), l’Industrie (pour la voiture), l’Ecologie (rouler oui, polluer non), la Santé (au cas où quelqu’un se sente mal à l’arrière du véhicule), la Culture (on ne sait jamais quoi offrir pour l’anniversaire du petit dernier, alors un livre ou autre chose) et l’Economie (pour financer le tout) : voilà la configuration minimale du super-ministère auquel Nadine Morano peut légitimement prétendre.

Ce serait, d’ailleurs, un juste retour des choses. Car, vous ne vous en rendez peut-être pas compte, mais la France a une chance rare d’avoir Nadine Morano – c’est un truc qui se produit tous les trois mille ans dans l’histoire d’une nation. Aujourd’hui, c’est votre tour d’en compter une pareille parmi vous : pour la prochaine, il vous faudra attendre les années 6009. C’est que Didinette – on est moranoïste ou on ne l’est pas – ne se contente pas d’être une femme politique d’exception, elle a des idées à n’en plus finir ! Des idées en avance sur son temps. Rien que la semaine dernière, elle s’est prononcée, dans la même phrase, pour l’adoption des homosexuels et l’euthanasie. Je n’ai rien contre l’idée d’adopter deux ou trois gays, mais je n’en vois pas trop l’intérêt si c’est pour les tuer aussitôt. Je dois être un peu attardée : Nadine va trop vite pour moi.

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Trudi Kohl
Née à Stuttgart en 1947, Trudi Kohl est traductrice, journaliste et romancière. Elle partage sa vie entre Paris et le Bade-Wurtemberg.
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