La Providence (ou les dieux) ont préservé quelques-uns d’entre nous de la déchéance physique et mentale qui accompagne souvent le très grand âge. Les heureux bénéficiaires de cette élection ne se privent pas, alors, d’en profiter pour se lâcher, et lancer à la face du monde ce qu’ils pensaient in petto sans jamais pu avoir le dire ouvertement. Cela provoque chez eux une jouissance si intense qu’un sourire méphistophélique s’inscrit sur leur visage de « beau vieillard » lorsqu’ils profèrent des énormités. Ce faisant, ils défient la mort qui les hante et se régalent des petits cris offusqués qu’ils suscitent autour d’eux. Stéphane Hessel avait ainsi réussi à se maintenir jusqu’à son tardif trépas sous les feux de la rampe en faisant de son « indignation » (en fait de sa haine inextinguible d’Israël), une bombe éditoriale à fragmentation.

Roland Dumas, hôte de Jean-Jacques Bourdin sur BFM TV ce lundi 16 février, vient de se positionner très sérieusement, à 93 ans, en successeur naturel du défunt Hessel. Sous couvert d’une généalogie impeccable et d’un passé de résistant au nazisme incontestable, l’homme des basses œuvres de François Mitterrand tacle Manuel Valls en l’accusant de gouverner sous l’influence d’une épouse juive. Pour faire bonne mesure, il oppose à Valls les vertus de son père, peintre antifranquiste symbole de la vraie gauche « no pasaran ». De plus, le vicieux Dumas déstabilise Bourdin en faisant de lourdes allusions à l’épouse de ce dernier, la journaliste Anne Nivat, dont les prises de positions hostiles à Poutine ne seraient pas, selon Dumas, étrangères au biais antirusse de la chaîne BFM…

Bourdin n’a pas eu le réflexe de renvoyer cet indigne vieillard aux turpitudes, avouées ou cachées, qui ont entaché la longue existence  de l’ancien ministre des Affaires étrangères de François Mitterrand, de la connivence intéressée avec la fille d’un ministre syrien de la défense, à la forfaiture consistant à avaliser, comme président du Conseil constitutionnel, les comptes bidons de la campagne présidentielle de Jacques Chirac. La liste des filouteries de Dumas aurait pu alimenter un roman-fleuve de son homonyme Alexandre… Mais Bourdin est un faux dur, trop soucieux de préserver le «  bon client » télégénique Roland Dumas pour oser révéler le triste visage d’un antisémite de salon.

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Luc Rosenzweig
est journaliste.Il a travaillé pendant de nombreuses années à Libération, Le Monde & Arte.Il collabore actuellement à la revue Politique Internationale, tient une chronique hebdomadaire à RCJ et produit des émissions pour France Culture.Il est l'auteur de plusieurs essais parmi lesquels "Parfaits espions" (édition du Rocher), ...
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