Au-delà même de ses aspects les plus caricaturaux, le débat sur la réforme du collège a suivi un cours assez inquiétant, qui n’incite guère à l’optimisme sur l’avenir du système éducatif. Les promoteurs de la réforme l’ont présentée d’emblée comme une réponse à la fois techniquement bien conçue et politiquement généreuse à la crise d’un système supposé à la fois « inégalitaire » et incapable de s’adapter à la diversité culturelle de la France, ce qui condamnait d’avance les critiques au statut peu enviable de « conservateurs » passéistes secrètement animés par le refus de l’égalité et par une peur panique devant des évolutions tout à la fois inéluctables et bénéfiques. Malgré cela, les interrogations de ceux que le ministre a appelés des « pseudo-intellectuels » ont manifestement touché une partie de l’opinion qui ne se limite certes pas aux secteurs les plus radicaux de la droite. Pourtant, la logique même du débat fait que, très probablement, l’essentiel de la réforme « passera », parce qu’il est difficile de s’opposer à une politique qui prétend à une triple légitimité, scientifique, démocratique et « républicaine ». La réforme prétend s’inspirer des résultats les mieux établis des « sciences sociales » pour adapter le collège et, au-delà, l’ensemble du système éducatif à l’évolution démocratique de la société sans pour autant renoncer à l’ambition républicaine d’une élévation générale du niveau culturel. Je m’efforcerai ici de montrer qu’elle s’appuie sur les raisonnements controuvés d’une mauvaise sociologie pour couvrir une politique à la fois démagogique et sans ambition ; pour cela, je partirai du débat sur le sort des disciplines humanistes enseignées au collège avant de discuter les arguments « sociologiques » des réformateurs socialistes.

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*Photo : Patrick Gherdoussi

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Politologue et professeur de science politique à l'Université Paris 2. Il est membre du Conseil supérieur des programmes (CSP), depuis mars 2018.
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