Malek Boutih détonne au Parti socialiste et cela ne date pas d’hier. Jadis auteur d’un libelle au titre provocateur – Fier d’être français – qui disputait le monopole du patriotisme au Front national, l’ancien président de SOS Racisme n’en finit pas d’exaspérer ses petits camarades.

« Jean-Marie Boutih », tel que le surnomment les sites islamistes depuis des années, est aujourd’hui à la pointe de la guerre culturelle contre les prédicateurs salafistes, les maires de banlieue corrompus et tous les complices de ce qu’il appelle les « islamo-nazis ». Au lendemain des attentats de janvier, le député de l’Essonne avait poussé quelques sérieuses gueulantes dans les travées de l’Assemblée, se mettant dans la roue du Docteur Valls – le tribun qui fustige l’antisémitisme et la barbarie islamiste – sans adhérer aux imprécations victimaires de Mister Manuel – le travailleur social qui pourfend « l’apartheid territorial, social et ethnique » (sic) français.

Pour faire bonne mesure, le Premier ministre lui avait alors confié un rapport sur la radicalisation de la jeunesse censé faire la lumière sur les chemins qui mènent de la sécession culturelle au djihad sur les bords de l’Euphrate. La semaine dernière, son entreprise achevée, Boutih publiait sa précieuse étude et sonnait le tocsin : la génération Y n’est pas tout à fait perdue pour la France, mais il s’en faut de peu. Comble du mauvais goût, le roi Malek ose même blasphémer la déesse « padam, padam, padamalgam», dont Jean-Christophe Cambadélis fleurit l’autel chaque jour, en ne niant pas que la décapitation en territoire syro-irakien découle d’une certaine conception de l’islam. Comme Houellebecq, ainsi que s’en réjouit mon collègue Pascal Bories, Boutih décrit la pousse irréversible du chardon djihadiste sur le désert moral français, une façon d’expliquer que l’incantation républicaine ne résoudra rien, sinon les états d’âme de Solférino. Shocking !

Faute de pouvoir démentir le fond de son constat, les amis du «vivre-ensemble» contestent ses méthodes et le choix de certains interlocuteurs parmi les dizaines de personnalités qu’il a auditionnées. Les habituels fact-tchékistes du Monde ont ainsi commis un petit article où les accusations fusent. Premier grief : le conflit d’intérêt, Boutih ayant convoqué « une personne qu’il connaît bien : Pierre Bellanger, le directeur de Skyrock et auteur de plusieurs livres sur les évolutions du numérique. Longuement cité dans une sous-partie du rapport qui décrit le Web comme un nouveau « Far West », M. Bellanger est présenté dans le rapport comme un « spécialiste incontesté des enjeux du réseau, qui a théorisé le concept de souveraineté numérique » en omettant de « préciser que Pierre Bellanger est aussi… son patron » puisque « Malek Boutih est directeur des relations institutionnelles pour Skyrock. » Le salopiaud ! Débroussailler la jungle virtuelle qu’est le net, soit, mais en plus de citer ses sources, faut pas oublier de publier ses appointements, voire de raconter par le menu avec qui et dans quelles positions on plonge dans le stupre et la fornication. À croire que la jurisprudence Quatremer a essaimé loin de son bunker bruxellois… Passons sur quelques approximations virtuelles inaccessibles au sous-doué numérique qui écrit ces lignes. Nos décodeurs à plein tube reprochent à Boutih d’avoir cité un réseau social affilié à Skyrock… au beau milieu d’un rapport qui dénonce le rôle néfaste des Facebook et autres Instagram dans la propagation du djihadisme viral. Bon sang mais c’est bien sûr : pensant que ce dossier de 70 pages allait connaître la destinée du Petit Livre rouge, le député socialiste l’a agrémenté de pubs subliminales pour complaire à son patron radiophonique !

Mais les chefs d’accusation ne s’arrêtent pas là. Péché véniel, Boutih a auditionné le fanfaron Jean-Paul Ney, qui est à la géopolitique sérieuse ce que Stéphane Guillon est à l’humour, à la demande de l’intéressé, sans d’ailleurs que cela ne rejaillisse sur le sérieux de son rapport. Ouf ! Il y a plus grave : « Autre hic, le rapport commence par une citation du Petit prince qui n’en est en fait pas une. L’origine des lignes citées en préambule par M. Boutih, attribuées à tort à Antoine de Saint-Exupéry, est inconnue. » Ça, c’est du harcèlement textuel!

Venons-en au péché mortel qui devrait valoir l’excommunication, sinon le bûcher, à son auteur : « le rapport de Malek Boutih a attiré la ferveur des élus de droite ». Et les journalistes du Monde d’égrainer les noms des conjurés : « Bruno Le Maire, Christine Boutin ou encore Frédéric Lefebvre » auraient exprimé leur intérêt pour le travail de l’ancien cadre antiraciste. Me sentant pousser une vocation de procureur antifa, j’ajoute une circonstance aggravante : Marion Le Pen a récemment cité le rapport Boutih au cours de sa campagne régionale. Vite, du goudron et des plumes!

*Photo : ALAIN ROBERT/APERCU/SIPA. 00644029_000029.

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