Pour y voir plus clair dans les nombreux débats que suscite l’actualité, c’est bien connu, rien ne vaut des faits avérés, vérifiables et vérifiés. Exemple : les arguments de la Manif Pour Tous sont mauvais. Voilà une information pure, indiscutable, apte à nourrir la réflexion de chacun, quelle que soit par ailleurs sa position sur des questions comme, au hasard, la PMA, la GPA ou la théorie du genre. A l’heure où les opinions qui s’expriment à tort et à travers rendent difficile toute tentative d’objectivité, c’est bon à savoir.

A ceux qui croiraient pouvoir contester ce fait, s’ils existent, précisons qu’il n’a pas été établi par n’importe qui, mais par Le Monde, que l’on considère encore aujourd’hui comme un quotidien de référence. Plus précisément, par le responsable d’un pool de journalistes baptisés « Les décodeurs », puisque leur rôle consiste justement à vérifier et à publier des faits, rien que des faits, toujours des faits. Venu d’Amérique, le « fact-checking », qui s’appuie sur le « data-journalisme », n’est pas seulement une mode, c’est un métier.

Samuel Laurent, le responsable en question, a donc pris le clavier lui-même pour rédiger un article sobrement intitulé « Les mauvais arguments de la Manif pour Tous », sans prendre parti. La charte des « Décodeurs », disponible sur le site, indique en effet noir sur blanc, dès son premier article : « Nous ne faisons pas de journalisme spéculatif. Nous ne donnons pas notre avis. » Ouf. Parfois, avouons-le, il nous est arrivé de nous demander si pareille chose était humainement possible. Notre preux chevalier de l’information le prouve, béni soit son nom.

Tout à son travail de correction des erreurs des autres, Samuel Laurent fait bêtement la première faute de conjugaison que l’on apprend à éviter en école de journalisme (« S’en est suivie », au lieu de « s’est ensuivie »), mais il serait malvenu de lui en tenir rigueur. On n’a pas toujours le temps de vérifier chaque tournure de phrase dans son Bescherelle. L’important, c’est qu’un professionnel encarté de sa trempe soit irréprochable en termes de neutralité. Que jamais le commentaire ne prenne le pas sur le fait, rigoureusement et exclusivement rapporté, dans sa nudité la plus crue. Exemple : les arguments de la Manif pour Tous sont mauvais.

Ses arguments ne sont pas faux, discutables ou imprécis. Non, ils sont mauvais. Samuel Laurent sait ce qui est bon et ce qui est mauvais. C’est comme ça. C’est un fait.

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Pascal Bories
est journaliste.est journaliste.
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