Le 11 novembre n’est pas une commémoration parmi d’autres, parmi toutes celles qui fleurissent de nos jours. Il ne saurait y avoir de hiérarchie dans ce domaine mais force est de constater que le temps en efface certaines, tandis que d’autres marquent à jamais l’histoire d’une Nation. Concrètement le 11 novembre est gravé dans les généalogies de toutes les familles françaises, sur le marbre de tous les cimetières et églises de France. Y compris parmi les familles issues de l’immigration, un ancien a pu tomber. Quelles que soient les circonstances, les familles se souviennent d’un parent qui fut mort ou blessé, disparu, enseveli sous les tranchées.
Symbole d’unité et de réconciliation nationale, un siècle après la Révolution française, 1914 est surtout l’image d’un pays qui se bat, qui se défend. Aujourd’hui on fait du succès des armes de la France, au mieux une fête de la paix, au pire une repentance européenne. Nos chefs d’États, à partir de Giscard et Mitterrand (né en 1916), ont voulu faire du 11 novembre un anniversaire, un memorial day à la française. Sentiment bienveillant mais oublieux de la place fondamentale de ce combat sanglant dans la construction de la Nation française. Parce que la France s’est faite par l’épée.

« Guerre civile européenne » entend-on régulièrement. Cet anachronisme bêta, au service de la réconciliation franco-allemande, aurait été récusé par le général de Gaulle. Formule vide de sens à une époque où la construction européenne n’était qu’un songe imaginé par quelques poètes. Une guerre civile est une guerre fratricide que la France n’a plus connu depuis la Commune et Vichy. En 1914, les européens n’étaient pas des compatriotes qui se battaient une province contre une autre. Jusqu’à aujourd’hui, il n’y a toujours pas de patrie européenne, et pas un soldat n’est mort sous son drapeau. Pendant la Grande guerre, nos (arrières) grands-parents se sont battus pour défendre leur terre et reprendre à l’Empire allemand ce qui leur avait été volé en 1871. Ils n’ont pas à s’excuser de cela. Ils ont toujours des droits sur nous.

La nation française serait incapable, demain, de se mobiliser avec la détermination qui fut la sienne il y a 100 ans. En 1870 et 1940, le pays n’était pas prêt à se défendre, et il a sombré dans la défaite puis la guerre civile.

« Plus jamais ça », « der des der »,  ces slogans des années 20, compréhensibles pour ceux qui ont survécu à tant de souffrances, n’ont pas résisté longtemps à la violence de l’Histoire. Il est stupide de les reprendre aujourd’hui. Le 9 novembre dernier, 25 ans après la chute du mur de Berlin, Gorbatchev nous mettait en garde, nous européens, contre la tentation d’une nouvelle guerre froide sur le front ukrainien. Ce 11 novembre 2014 nous rappelle que la paix perpétuelle n’existe que dans les abstraits projets de Kant ou de l’abbé de St Pierre. Et que la guerre est le commun de l’Homme. Il faut s’y préparer. En commençant par célébrer la victoire des héros de 14.

*Photo: LEMOUTON-POOL/SIPA.00627550_000002

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est expert en géopolitique.
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