La majorité de gauche de l’Assemblée Nationale vient de voter un texte de loi autorisant le prélèvement d’organes sur les morts sans l’aval de leur famille ou de leur entourage. Une façon de nationaliser les défunts… Selon les chiffres avancés par le ministère de la Santé, l’intention est louable. Cela permettrait de sauver des centaines de vie car le manque d’organes à greffer est criant, plus de 30% des familles consultées s’opposant à de tels prélèvements.

Soit. Mais contre cette exigence sociétale, considérée comme de santé publique, se dresse un impératif moral plus élevé : la liberté personnelle et individuelle. Les défunts certes n’ont plus la possibilité de donner leur opinion. Mais ceux qui les aiment et les pleurent ont des droits qu’aucun législateur ne peut piétiner. Sauf à considérer que la chair des trépassés n’est que de la chair morte et à la ramener ainsi au statut de la bidoche qu’on découpe dans les abattoirs.

Depuis la nuit des temps, les hommes s’interrogent douloureusement sur l’énigme de la mort. Différents rites funéraires témoignent, depuis longtemps et sous toutes les latitudes, du rapport étroit et singulier aux morts qu’entretiennent les vivants. Et peu importe que l’on croie à l’au-delà, à la réincarnation ou à rien. Nos morts sont à nous. Une propriété inaliénable. Et on viendrait nous demander de les jeter dans la fosse commune du bien pour tous ?

La mort est un sujet trop sérieux pour être laissé aux caprices du législateur. En déposséder les proches et la famille est une aberration stupide et scandaleuse. Mourrez et nous ferons le reste, disent les députés PS. C’est-à-dire mourrez utiles ! Une conception orwelienne d’une société vouée à fabriquer des morts-vivants ou des vivants-morts. Au temps où l’eugénisme était en vogue, on prétendait décider de qui avait le droit de vivre et de qui devait mourir pour arriver à une société plus saine. Là, il s’agit de savoir quel usage on peut faire de vous après votre mort. Intellectuellement et moralement parlant, ce n’est pas fondamentalement différent.

Messieurs les députés laissez les morts tranquilles. Permettez leur de devenir, sans votre intervention, ce que l’Ecclésiaste dit : « poussière, poussière… » Au bout de votre terrifiante logique il y a (oui je sais nous en sommes loin…) l’engrais et le savon qu’on fait avec les cadavres. Vous aimez les cimetières. Car vous êtes morts vous-même. Et depuis longtemps.

*Photo : Wikipedia.org

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Benoît Rayski
est journaliste et essayiste
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