Denis Baupin lors du vote pendant le congrès national d'Europe Ecologie-Les Verts à Caen, en novembre 2013 (Photo : SIPA.00670617_000008)

Les jeux du Cirque ont commencé. Et comme l’a excellemment démontré ici même l’ami Régis de Castelnau, face aux lions et surtout aux lionnes, Denis Baupin n’a aucune chance. Tout simplement parce qu’après avoir entendu – et pas qu’une fois – le récit de Sandrine Rousseau, on se dit forcément « quel vieux dégueulasse ». Du reste, maintenant que les langues se délient, pas besoin de preuves : puisque, comme l’a dit avec une candeur désarmante Clémentine Autain, « tout le monde savait ».

Inutile de reprendre ici l’argumentation limpide de Castelnau. La lamentable curée médiatique qui a pris comme un feu de paille n’a rien à voir avec la justice. Si on a inventé le secret de l’instruction, le caractère contradictoire des débats et quelques autres fanfreluches, c’est parce que ce sont les conditions d’un procès équitable. Sauf qu’il n’y aura pas de procès équitable. Et pas de procès du tout. Puisqu’il n’y a pas de plainte. Et que les faits sont prescrits.

Bien sûr, nul ne s’offusque que l’on vire de son poste (et peut-être de son mandat) un élu de la République sur le seul fondement d’accusations portées par deux médias et alors même que l’intéressé nie les faits qui lui sont reprochés. Confions la police des mœurs et des élégances au duo de choc Mediapart / France Inter (quel duo !) et supprimons l’Assemblée nationale et ses harceleurs.

Tout le monde savait donc. On dirait bien qu’au cœur du parti de la Transparence, qui avait juré, par la voix d’Eva Joly d’ouvrir tous les placards et de déterrer tous les cadavres, la Transparence ait été drôlement bafouée. On n’ose croire que certains aient fait passer des considérations politiques avant leur conscience. Il serait dommage qu’après avoir tant souffert silencieusement, les victimes n’aient trouvé la force de parler qu’au moment où la Justice ne peut plus rien dire – et, accessoirement, où l’épouse du coupable décrété est, disent les méchantes langues, allée à la soupe.

On dira que Baupin a l’air malin, lui qui hier faisait figure de dévot du camp du Bien : rouge à lèvres pour tout le monde, vélo partout et tolérance zéro pour le harcèlement. Même s’il se contente d’être un coureur de jupons de modèle courant, ça fait de lui un Tartufe de compétition.

Mais d’un autre côté, imaginez que les professionnels de la vertu qui peuplent la scène publique soient vraiment ce qu’ils prétendent être : plus de mensonges, plus de bassesses, plus de manigances et autres billards à douze bandes calculs politiques ­– mais quel ennui ! Comment écrirait-on des romans ?

Décidément, il n’y a rien de plus dégoûtant que cet unanimisme satisfait, cette communion dans la détestation, cette joie du « tous contre un », particulièrement déplorable pour des gens qui se flattent de « résister » à tout bout de champ.

Phase II : du Harcèlement en Politique…

Mais en outre, l’affaire Baupin commence à peine et nous en sommes déjà à la phase II : celle de la majusculisation. Déjà, il ne s’agit plus des agissements prêtés à un homme mais du Harcèlement en Politique, des Femmes et des Violences qui leur sont faites.

Il faut en finir avec l’omerta, entend-on de toutes parts. Et on pousse les femmes à parler, toutes les femmes puisque toutes les femmes sont victimes ou pourraient l’être. Quand on sait ce que certaines chipies peuvent inventer pour nuire à un homme, il n’est peut-être pas très prudent d’encourager la libération de la parole tous azimuts. Demandez aux amants, aux pères, aux maris faussement accusés – parfois de maltraiter leurs enfants – ce qu’ils pensent de la « parole des victimes ».

L’omerta, en l’occurrence, est particulièrement bruyante. Clémentine Autain n’a rien dit sur Baupin parce que le Système l’en empêchait. La bonne blague. Le Système, comme elle dit, adore au contraire ces histoires de femmes victimes du sexisme (dans l’entreprise, à la plage, dans la pub, dans la police… le filon est inépuisable). S’agissant de la politique, c’est même devenu un marronnier, il suffit de dénoncer la vie horrible de femmes entrées dans la carrière pour qu’on vous tende des tas de micros, comme l’a montré l’écho accordé à la ridicule pétition de femmes journalistes il y a un an.

Selon le storytelling en vigueur, il y aurait donc à tous les étages de la vie politique, des hommes qui ne pensent qu’à ce que vous savez et des femmes qui elles, sont de purs esprits, n’usent jamais de la séduction et ne font pas de friponneries consenties avec leurs collègues d’hémicycle ou de parti. Selon « les effronté-e-s », la tendance à protéger les premiers pousserait les secondes, par milliers, « à se taire, à subir et à souffrir ». Quel calvaire ! Et un petit couplet sur le retard français, un.

Que des gens raisonnables puissent croire que ces fadaises sont la réalité passe l’entendement. Que des hommes – et des femmes n’en doutez pas – puissent abuser de leur pouvoir pour obtenir des faveurs sexuelles, ce n’est pas très neuf. La drague lourdingue existe et le harcèlement aussi. Ce qui est plus récent, c’est que ces comportements soient réprimés par la loi et réprouvés par la société. Or, comme d’habitude, au nom des déviances réelles ou supposées de quelques-uns, dont on répète les noms avec gourmandise, c’est tout le genre masculin qu’on incrimine. Sous couvert de nous délivrer du sexisme, il s’agit en réalité d’inventer un monde sans sexes et sans sexe.

 

>>> Lire aussi : Denis Baupin ou l’art consommé du lynchage

Vous venez de lire un article en accès libre.
Causeur ne vit que par ses lecteurs, c’est la seule garantie de son indépendance.
Pour nous soutenir, achetez Causeur en kiosque ou abonnez-vous !
Lire la suite