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Les Français n’ont pas vu venir le variant ukrainien!

L’épineuse question de l’évacuation du millier de Français de l’Ukraine en guerre

Les Français n’ont pas vu venir le variant ukrainien!
Kiev, 26 février 2022 © MARCUS YAM/LOS ANGELES TIMES/Shu/SIPA

Jusqu’au dernier moment, les Français n’ont pas voulu croire que la Russie attaquerait l’Ukraine. Plus d’un millier de nos compatriotes se retrouvent actuellement bloqués à Kiev.


Plusieurs centaines de citoyens français terrifiés sont actuellement bloqués, souvent avec femmes et enfants, en Ukraine, notamment à Kiev, où les combats font rage, en attendant une évacuation de dernière minute. Fallait-il anticiper leur départ avant l’invasion du pays comme l’ont fait d’autres pays ?

Inquiétudes

Le 26 février, alors que le territoire de l’Ukraine est dévasté par des tirs de missiles et des bombardements des forces russes, le ministre de l’économie Bruno Le Maire a reconnu sur CNews que « la situation est d’ailleurs aussi terrible pour le millier de nos compatriotes qui sont encore aujourd’hui sur place à Kiev et qui sont terriblement inquiets ». Répondant à une question de Jean-Pierre Elkabbach sur le sort de ces Français, le ministre a répondu qu’il faudrait le moment venu les rapatrier, mais que le sujet aujourd’hui « c’est faire bloc derrière l’Ukraine ».

Jusqu’à la veille-même de l’offensive russe, la France, à la différence des Etats-Unis et d’autres nations, n’a pas demandé à ses ressortissants de quitter le pays. Le ministère des Affaires étrangères a simplement conseillé de “de différer tous les déplacements en Ukraine” et l’ambassade de France à Kiev “faire quelques réserves d’eau, de nourriture, de vêtements chauds” et d’essence dans un message de l’ambassadeur datant du 13 février.

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Cela s’explique par le fait que la France a voulu croire, pratiquement jusqu’au déclenchement de la guerre, à une solution diplomatique. A l’issue de sa rencontre avec Vladimir Poutine, le président français déclarait le 7 février : “Le président Poutine m’a assuré de sa disponibilité à s’engager dans cette logique et de sa volonté de maintenir la stabilité et l’intégrité territoriale de l’Ukraine”, avant de tenter un entretien de la dernière chance le 20 février.

Pris au piège

Par contraste, dès le 11 février, le président américain a demandé aux ressortissants américains de quitter l’Ukraine d’urgence – “Les citoyens américains doivent partir maintenant” – en soulignant clairement que l’armée n’interviendrait pas pour les évacuer et que ceux-ci devraient le faire eux-mêmes. Joe Biden a justifié sa décision en expliquant qu’une évacuation militaire serait extrêmement compliquée, notamment en raison des difficultés pour localiser les citoyens américains en Ukraine, ce territoire de plus de 600 000 km2 peuplé de 44 millions d’habitants. Au vu de l’expérience déchirante de l’évacuation des Occidentaux d’Afghanistan en août 2021, on comprend peut être un peu mieux cette décision.

Dans la même logique, dès la mi-février, face aux scénarios d’une invasion imminente de l’Ukraine par la Russie, de nombreux États – dont certains ont d’ailleurs déplacé leur ambassade de Kiev à Lviv, situé plus à l’ouest – ont appelé leurs ressortissants à quitter le pays. Il s’agit notamment du Royaume-Uni, de l’Allemagne, de l’Italie, de l’Espagne, du Canada, de la Norvège, de l’Australie, du Japon, d’Israël, de l’Arabie saoudite ou des Émirats Arabes unis.

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Aujourd’hui, plusieurs centaines de citoyens français se retrouvent enlisés dans le piège de la guerre. Sur BFM TV, le 27 février, des images montrent une mère française désespérée à la recherche de son fils coincé en Ukraine sous les bombardements, dans une cave sans eau, sans électricité et sans Internet. Elle s’est rendue à la frontière polonaise et s’apprête à entrer en territoire ukrainien pour retrouver son enfant et implore, dans un message poignant, le gouvernement français de l’aider. Le 24 février, Le Figaro évoquait le cas d’un homme d’affaires français en déplacement dans le pays et logé dans un appartement loué sur Airbnb, qui est désormais bloqué à Kiev. Dans ce témoignage poignant, on apprend que le 23 février, alors que l’ambassade de France exhorte enfin ses ressortissants à quitter le territoire ukrainien, cet homme a réservé un billet d’avion pour le lendemain, mais que son vol est immédiatement annulé. Terrassé par l’angoisse, il fait face aux difficultés pour retirer de l’argent et pour s’acheter de la nourriture : « Il a tenté, comme les Ukrainiens, d’aller retirer de l’épargne à la banque – sans succès, les files d’attente aux guichets s’étirent sur plusieurs kilomètres. Il n’a pu acheter que des pâtes et de l’eau. Mais en rentrant, il a vu des soldats monter les escaliers du bâtiment. Il craint que ce ne soient des snipers venus faire de ce bâtiment leur base. » Ce qui l’a conduit à envisager d’aller dormir dans le métro, à l’abri des bombardements !

Evacuation par la route, mais plus tard

Selon la chaîne France 24, l’Ukraine avait promis de garder son espace aérien ouvert malgré une menace d’invasion russe, mais on savait que les avions volant dans l’espace aérien ukrainien ne seraient plus couverts par les compagnies d’assurance internationales à partir du 14 février, entraînant des annulations, ce qui avait par exemple incité KLM à annuler ses vols vers l’Ukraine dès le 12 février [1].

Le 25 février, l’ambassadeur de France en Ukraine, Etienne de Poncins, a annoncé qu’une équipe du Groupe d’intervention de la gendarmerie nationale (GIGN) avait décollé le 23 février de Satory pour sécuriser l’ambassade de France à Kiev, mais également pour préparer l’évacuation des ressortissants français sur place [2]. La députée LREM des Français de l’étranger Anne Genetet a confirmé sur BFM TV, le 26 février, que quelques centaines de Français essayaient de quitter l’Ukraine.

Une cellule de crise est en place au Quai d’Orsay et une évacuation est envisagée par la route, l’espace aérien ukrainien étant fermé depuis le 24 février. Mais pour l’heure, les Français bloqués en Ukraine, ont reçu la consigne de rester confinés jusqu’à nouvel ordre et de ne surtout pas sortir sur les routes, car cela serait trop dangereux en raison des bombardements. Mais une fois que le pilonnage des installations militaires ukrainiennes aura cessé, il y aura peut-être une fenêtre pour rapatrier ces Français. Les question lancinantes qui se posent désormais sont les suivantes : cette situation est-elle la conséquence d’une erreur d’appréciation – peut-être par manque d’information ? Et quand surgira donc cette « fenêtre » ?

Dernière minute. Alors que 400 000 Ukrainiens ont déjà quitté le pays, le 28 février, le ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian a incité les Français à tenter de prendre la route, tout en reconnaissant que la France ne pourrait ni leur apporter une assistance sur leur chemin ni assurer leur sécurité pendant leur trajet jusqu’à leur arrivée de l’autre côté de la frontière.

[1] https://www.france24.com/fr/europe/20220214-en-ukraine-les-d%C3%A9parts-en-cascade-des-expatri%C3%A9s-favorisent-la-guerre-psychologique

[2] https://www.leparisien.fr/international/ukraine-une-equipe-du-gign-en-renfort-a-lambassade-de-france-a-kiev-25-02-2022-QW4GCHNRYFEGROUI6HUUHNNDRI.php


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Analyste géopolitique (Russie, Turquie), auteur et spécialiste en relations internationales et en études stratégiques.

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