Sur LCI, le philosophe Alain Finkielkraut a eu le tort d’utiliser l’humour pour contredire son interlocutrice Caroline de Haas. Réplique de la polémique…


« Il était une fois un bûcheron et une bûcheronne qui avaient sept enfants, tous garçons. L’aîné n’avait que dix ans, et le plus jeune n’en avait que sept. On s’étonnera que le bûcheron ait eu tant d’enfants en si peu de temps ; mais c’est que sa femme allait vite en besogne, et n’en faisait pas moins que deux à la fois… » 

Les contes de Marlène Schiappa

Le lecteur aura reconnu le début du conte Le Petit Poucet. Peut-être aussi Madame Schiappa qui manifeste, en ce moment, un goût particulier pour le merveilleux des contes revisité. 

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Décryptage de cet incipit. Sept garçons: sexisme, inégalitarisme, chiffre symbolique sinon sacré. « Besogne »: asservissement de la femme. Titre du conte: maltraitance des enfants dans une famille traditionnelle. Le dernier, en trop, souffre-douleur de tous. Un point, évidemment, à mettre au crédit du conteur: la féminisation du mot « bûcheronne » qui entre dans le dictionnaire (académique, il est vrai). Mais le problème de ce conte est que l’auteur ne dénonce pas, dans ce bûcheron, un violeur en puissance! En témoigne le rythme allègre du récit et l’humour du registre. Si on lit ce conte aux enfants, la lecture devra être orientée.

Lors d’une émission de David Pujadas sur LCI le 13 novembre, Alain Finkielkraut, qui en avait assez que l’on parle de « la culture du viol », eut le malheur, dans le débat avec la militante féministe Caroline de Haas d’employer une phrase au second degré: « Je dis aux hommes : Violez! Violez! D’ailleurs, je viole ma femme tous les soirs, et elle en a marre. » Encore heureux qu’il n’ait pas dit : «…et ma femme adore ça. » ! Indignation de Caroline de Haas. Aussitôt un tollé parcourt la toile. Une pétition est lancée pour que l’émission Répliques soit supprimée. Madame Schiappa se fend d’un tweet a braccio c’est-à-dire ajusté : « Merci à Caroline de Haas d’avoir rappelé la loi en direct à la TV hier. » Rendons-lui la politesse: Reconnaissance à Madame Schiappa d’avoir rappelé l’existence, dans notre pays, d’une police de la pensée.

Elisabeth Lévy à la rescousse

Le lendemain, Elisabeth Lévy vole au secours de l’académicien sur les ondes. Faisant taire une indignation légitime, elle exprime le désir de convaincre le journaliste des vertus de la double pensée. Las! Le second degré, pour les auditeurs, passerait mal au petit déjeuner. Ou plutôt pas du tout. Et certains de dire: qui s’y frotte s’y pique ! Quand on est face aux Carolines, on doit s’attendre au redressement de la pensée. Désormais, l’atteinte à la dignité des femmes ne souffre aucun écart de pensée ni de langage. Qui ne voit que ce féminisme violent, provocateur, est surjoué? Qu’il entre dans une stratégie idéologique venue à point (affaire Polanski) dans ce semestre de « tous les dangers » pour le gouvernement?

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On dit qu’il ne faudrait pas relever les propos de cette féministe. Sauf que c’est la Secrétaire d’État elle-même (et ce n’est pas rien) qui les approuve, non pas de manière privée, mais par un tweet, lu par des milliers de personnes. Cette police de la pensée qui règne partout, surtout dans les facultés, est inquiétante. On a tous en mémoire le monologue de Figaro dans le Mariage de Figaro« Pourvu que je ne parle en mes écrits ni de l’autorité ni du culte ni de la politique ni de la morale…, je puis tout imprimer librement sous l’inspection de deux ou trois censeurs. » De nos jours, on peut tout dire, à condition que ce soit dans le bon sens. Or, l’ironie est un sens interdit. Que dire du discours indirect libre? Au pays de Rabelais, de Montesquieu, de Voltaire! Elisabeth Lévy a fait remarquer à son confrère de Sud Radio le monde terrifiant dans lequel nous allions vivre, en nous privant de l’ironie et du détour par la littérature.

Suite du tweet de la Secrétaire d’Etat à l’égalité : « Oui à l’humour et au second degré. Non à la banalisation des violences sexistes et sexuelles ». Ce qui laisse entendre: les propos d’Alain Finkielkraut ne sont pas du second degré ni de l’humour. Certes, l’écrivain n’a pas fait une apologie du viol. Mais enfin, mieux vaut prévenir l’interprétation douteuse de propos qui banalisent les violences sexuelles, et parler cash, sans humour ni ironie.

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