Tout l’été à midi, la pétillante Nadia Daam a libéré la parole sur l’antenne de France Inter. Des débats de haute volée y ont été tenus: porno « éthique », tabou des règles, objectivité des journalistes… A la rentrée, la radio précise que la journaliste, « jeune femme de caractère », sera promue. Elle animera une libre antenne le dimanche soir. On a hâte. En attendant, retour sur l’émission du 5 août consacrée au féminisme, un sujet que Nadia Daam maîtrise évidemment sur le bout des doigts.


Le débat « Peut-on acheter le féminisme ?», mené par Nadia Daam sur France Inter, le 5 août 2019, ne part pas d’une mauvaise intention. Daam dénonce à raison un féminisme truqué et manipulé par les marques à des fins purement marketing. On l’aurait presque félicitée si elle s’en était tenue à dénoncer l’hypocrisie de ces marques qui font confectionner leurs vêtements aux slogans « féministes » par de jeunes pakistanaises. Mais, dans ce débat où tout le monde est d’accord, Nadia Daam et ses quatre invités vont ensuite collectionner les perles d’un nouveau « féminisme » triomphant.

Presque aussitôt après le démarrage de l’émission, Alice Pfeiffer, journaliste aux Inrocks, fustige sur un ton sentencieux certaines formules employées par les publicitaires, telles que le célèbre « Liberté, égalité, beau fessier » d’une marque de jean. Second degré, quand tu nous tiens…

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Photo: D.R.
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« Meuf Paris » en vedette

Pour donner la réplique à ces marques qui jurent avec l’émancipation des femmes, Claire Suco, la créatrice de la marque Meuf Paris, est l’invitée star de l’émission. Sa griffe entend être « LA marque qui te donne du pouvoir et bouscule les clichés ». Original… Elle crée des t-shirts qui représentent des vagins sous forme de piments (enfin, «des vulves, carrément » s’empresse de rectifier Nadia Daam), ou qui contiennent des messages classieux comme « Gros ovaires ». Ou, encore, des mots mêlés dont la résolution est « plus sympa que de mater des culs ». Objectif : lancer un message politique à tous les harceleurs de rue et les frotteurs dans les transports en commun. Qui sait, des hommes qui ne respectent pas la loi contre le harcèlement de rue seront peut-être épouvantés par ces messages ?

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Si les deux femmes s’accordent pour conclure qu’il aurait été quand même « plus tentant de mettre un gros fuck » sur quelques sweat-shirts, Claire Suco joue la carte de la retenue en énonçant privilégier les messages « non-agressifs ». Et si ce rappel permanent des organes sexuels attirait involontairement l’attention sur les jeunes femmes ?

Le prix du féminisme

Nous nous sommes demandés si ce féminisme admis comme le seul toléré et tolérable, mais marketé comme les autres, était accessible à « tou-te-s ». Là encore, pas si sûr que ça. Les t-shirts avoisinant les 30 euros et des pulls sont à plus de 50 euros ! Le partenariat de Meuf Paris avec la chanteuse Angèle aurait cependant dû mettre la puce à l’oreille au consommateur quant à la stratégie marketing de cette marque aux allures progressistes.

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La sexualisation constante du débat féministe persévère tout au long de l’émission. Alice Pfeiffer explique ainsi que voir des corps sexy ne la gêne pas « si ce sont des corps qu’on n’a pas l’habitude de voir ». Si vous faites du 34 ou du 36, il est temps d’aller vous rhabiller. On remarque malheureusement que cette animosité envers la minceur s’accentue de plus en plus au sein des mouvements féministes. Ils n’ont (presque) plus d’autre credo que celui de montrer des corps différents à n’importe quel prix. Quitte à promouvoir des indices de masse corporels trop élevés mettant en danger la santé des femmes concernées ? Mais garde à le dire trop fort, sinon vous tombez rapidement dans la grossophobie, –  la « haine des gros ».

Dans un intervalle de l’émission, l’auditeur se voit aussi imposer une compilation de chansons féministes, dont, entre autre, le « Balance ton quoi » de Angèle (en réaction au #Balancetonporc), ainsi que le « Je veux te voir » de Yelle qui, rappelons-le, est une ode à la cause des femmes. Un petit extrait croustillant : « Je veux te voir / Dans un film pornographique / En action avec ta bite / Forme potatoes ou bien frites / Pour tout savoir ». On aurait pu pardonner les goûts musicaux douteux des intervenants… si ce zapping « féministe » n’avait pas duré cinq longues minutes.

Nadia Daam au centre des luttes intersectionnelles

Ce flux d’extravagances se poursuit avec l’intervention d’un professeur « d’études de genre » à Paris VIII, qui oriente le débat sur les couleurs et les races (pardon, les « personnes racisées »). Si on apprend que Beyoncé a l’immense mérite de s’être déclarée « féministe » dès 2013, on apprend aussi que la chanteuse est critiquée dans l’opinion publique car c’est « une femme noire ». On pardonnerait moins volontiers à une femme de couleur de se mettre en petite tenue, parce qu’elle serait immédiatement plus « animalisée » qu’une femme blanche. Toutes ces réflexions nous précipitent évidemment dans le combat « intersectionnel », où « la femme blanche ne peut plus prendre la parole pour la femme noire ». Et Alice Pfeiffer d’enchaîner qu’on ne peut pas penser le féminisme « sans penser sa blancheur ou pas ». Le féminisme à l’occidentale est donc, désormais, un « féminisme blanc quasiment poussiéreux », affirme Nadia Daam. Toutes les luttes doivent se croiser, et ce jusqu’au validisme, « la discrimination des personnes handicapées ». Evidemment.

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Le débat se termine en beauté sur un micro-trottoir des années 80, où un homme interrogé essaie de faire croire qu’il est « pour les femmes » alors qu’il se prononce pourtant « contre [leur] libération car elles doivent rester à la maison, c’est indispensable ».

Et Nadia Daam de se demander si on n’obtiendrait pas les mêmes résultats aujourd’hui. Cela lui plairait sans doute.

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