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Jeu, set et match: Kagame

Une tribune de Charles Millon

Jeu, set et match: Kagame
Emmanuel Macron et Paul Kagame à Kigali, Rwanda, 27 mai 2021 © ELIOT BLONDET-POOL/SIPA Numéro de reportage : 01021495_000001

Une tribune libre de Charles Millon, ancien ministre de la Défense


Le discours d’Emmanuel Macron à Kigali (Rwanda) fera date : il en restera l’image de la France, un genou à terre et le carnet de chèques à la main.

Retour en arrière

Dès les années 1980, à la tête d’un Front patriotique rwandais fabriqué de toute pièce, Paul Kagame à partir de l’Ouganda voisin où il s’est installé, organise la déstabilisation du pouvoir en place au Rwanda, suscitant de fait une première guerre civile et sa prise de contrôle d’une partie du pays.

Trois ans plus tard survient l’immonde boucherie qui a vu s’entretuer Hutus et Tutsi, deux ethnies ancestralement installées au Rwanda, pays assez éloigné de la zone d’influence française, mais lié à nous par un accord de coopération et d’assistance militaire depuis 1975. Paul Kagame prend le pouvoir, et ne lâchera plus jamais.

Charles Millon.

Revisiter l’Histoire

On doit reconnaitre à l’inamovible président du Rwanda, Paul Kagamé, une ténacité à nulle autre pareille et une persistance absolue à vouloir revisiter l’Histoire.

Révolutionnaire dans les années 80, il a endossé depuis le déguisement d’un redresseur de torts, qui dissimule sous sa cape de Zorro l’uniforme du militaire/chef des services secrets qu’il a toujours été.

On connait bien maintenant la psychologie du président Macron, banquier d’affaires de son état et comédien à ses heures perdues, qui a fait du « en même temps » sa marque de fabrique : dire un jour blanc et un autre jour noir et changer de pied quand le terrain devient hostile. Or l’Afrique de l’Ouest est aujourd’hui un terrain miné pour la France, en grande partie à cause d’une politique erratique (ou pire une non-politique) menée sous les quinquennats de Nicolas Sarkozy, puis de François Hollande et dont notre actuel président a emboité les pas.

Tenter de s’ouvrir des portes en Afrique de l’Est où la mentalité colle mieux à la culture « davossienne » d’Emmanuel Macron est une belle esquive, à l’heure où l’Afrique francophone lui tourne le dos et où la France y est mal menée.

Une entreprise de désinformation réussie

Un effet d’aubaine donc pour deux personnalités qui se sont trouvées : Paul Kagame termine avec brio son entreprise de révision de l’histoire depuis 20 ans qui tend à le dédouaner définitivement du génocide rwandais ; Emmanuel Macron veut se désengluer d’un bourbier africain qui lui colle aux semelles en cherchant de nouvelles alliances sous domination anglo-saxonne.

Dont acte.

Mais de là à s’associer à la plus grande opération de désinformation de la fin du 20ème siècle, et à s’essuyer les pieds sur l’honneur de l’institution militaire, à lui imputer une responsabilité de massacres suscités par d’autres, il y avait un fossé jamais franchi. Le président de la République, chef des armées, l’a fait en toute connaissance de cause. Allant même jusqu’à apporter une offrande de 500 millions d’euros, probablement au titre de dommages de guerre…

Cette affaire restera un cas d’école magistral d’une entreprise de désinformation totalement réussie.

Quelques filets de voix tentent de tempérer la doxa officielle martelée par des ONG, des rapports sortis opportunément pour balayer les jugements des tribunaux internationaux, des influenceurs, toutes et tous dédiés à la cause.

Jeu, set et match Kagame. Du travail de pro.


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