Il y a fort longtemps, les érudits européens écrivaient sur l’islam comme s’il était un fait anthropologique extérieur. Depuis lors, l’islam s’est introduit chez nous en masse. Il occupe même l’essentiel de notre paysage politique et médiatique. Sa forte interpellation nous a laissés d’abord interdits puis, assez vite, des réactions primaires hostiles se sont exprimées. Elles en ont suscité d’autres, cérébrales, dogmatiques, qui ont fait le sujet du maître livre de Pierre-André Taguieff (L’islamisme et nous) dont nous avions analysé le puissant diagnostic sur cette faiblesse intellectuelle. Par conformisme anticonformiste, les bobos (cette  »basse intelligentsia » observée par Régis Debray), volèrent au secours de l’islam, si injustement suspecté par une brune islamophobie (fantasmée).

Gros et courageux travail

Le livre de J-J.Walter est une autre entreprise. Cet ingénieur des Mines a eu la curiosité, le courage, le sens tactique, d’étudier l’islam sans être musulman, devenant docteur d’Etat en islamologie.

Un musulman, selon sa doctrine, ne peut mettre en cause les enseignements sacrés de l’islam. Et, a fortiori, le non-musulman y a encore moins droit. Or Walter s’y emploie avec la vigueur d’un grand intellectuel, le courage d’un homme libre, et la compétence d’un docteur d’état en islamologie. Walter explore le Coran, les recueils (Sahis: sur la vie de Mahomet), l’islam, son histoire et son droit, appuyé sur un appareil de références de grande précision.

Les textes

Walter procède à l’analyse scientifique des textes : l’ingénieur se met au service de l’ islamologue. Et d’abord sur la question complexe de l’authenticité des sources. Car le système islamique est verrouillé: le Coran, incréé, issu d’Allah il y a 19 milliards d’années, fut dicté à Mahomet; il est donc interdit d’y toucher. A fortiori pour l’exégète non musulman. Dans une première étude du texte, Walter avait déjà confirmé la certitude d’une pluralité d’auteurs du Coran, sur 2 ou 3 siècles. Et des emprunts à la religion et à la langue nazaréennes (Le Coran révélé par la Théorie des codes, 2014).

L’analyse statistique sémantique montre un décalage avec le reste de l’humanité (6 milliards de non-musulmans). Des mots-concepts comme amour, égalité, monogamie, science, tolérance, liberté sont absents du Coran. Cela façonne une société mentale en rupture, voire en conflit comme cela se constate tous les jours dans la rue, les quartiers, les administrations, les tribunaux, les prisons, l’armée, les programmes scolaires, les transports en commun, les cantines, les lieux de travail; à la piscine, l’école, l’hôpital.

Un droit d’une sanglante cruauté

En revanche les mots « soumission », « obéissance », sont répétés des centaines de fois. Les livres qui ne sont pas islamiques doivent être détruits (comme le furent les 700 000 manuscrits de la bibliothèque d’Alexandrie ; ou des dizaines de milliers à Mossoul: les ‘‘livres qui confirment le Coran seront détruits car inutiles; et ceux qui le contredisent détruits car trompeurs ». Ainsi toute l’œuvre d’Averroes fut brûlée à Cordoue, mais préservée en Occident. En effet la seule science qui est admise (Ilm) est la science islamique: en 1974 un cheikh arabe soutint que la terre est plate, et que  »quiconque dit qu’elle est ronde est un athée et mérite d’être puni ».

Mais c’est le fond qui choque très violemment; difficile de soutenir la lecture de passages concernant la pédophilie, le sort des femmes et le sexe, l’esclavage, les génocides, les castrations; le racisme, le sort des chrétiens et des juifs. Le droit islamique, figé aux premiers siècles des guerres de conquêtes, est d’une sanglante cruauté.

La mécanique théologique de l’islam archaïque génère des conséquences dogmatiques, peut être  »logiques » il y a 14 siècles, mais inacceptables à présent : la philosophie politique du Coran est totalitaire, inégalitaire, antidémocratique, attentatoire aux droits de l’homme.

Certes le christianisme connut aussi ses dérives : inquisition, guerres de religion. Mais ces épisodes politiques paroxystiques, étaient en contradiction totale avec l’enseignement et la vie du Christ. Avant que l’empereur Constantin ne s’empare politiquement du christianisme, les disciples du Christ avaient, pendant trois siècles, conquis pacifiquement les cœurs, les âmes et les esprits, malgré les persécutions.

Le Coran, lui, appelle à la soumission par la force, tolère le meurtre, le viol, y compris d’enfants, l’esclavage.

Un  »’islam des lumières  »?

Pronostiquant ou espérant l’avènement d’un islam des lumières, le raisonnement de Walter est habile, optimiste; mais est-il réaliste ?

– les versions initiales (notamment chiites) du Coran ont toutes été détruites. Ce qui était courant à cette époque: les Évangiles ont été aussi été manipulés (traductions édulcorées de Mathieu, sur le divorce; destructions du 5e évangile de Thomas).

– le plan du Coran officiel est arbitraire, fixé par les califes des siècles après la mort de Mahomet; on a placé certaines sourates en dernier ce qui leur donne (dans l’exégèse islamique) plus de force qu’aux premières, alors qu’on ne sait plus rien du texte original et de son organisation.

Walter espère que les progrès de l’instruction des masses, notamment par le contact avec le reste du monde, conduira à une restauration du texte et de son interprétation. Or il semble que ce contact – qui, au Moyen Age, a profondément fait évoluer le judaïsme rabbinique – produit un effet inverse sur les islamistes.

Avec une grande bonne volonté, Walter assortit chaque verbum de son lexique d’une rubrique – d’ailleurs très brève et dépourvue de références – intitulée  »Ce que dit l’islam des Lumières  »… Mais il s’agit plus d’une suggestion que d’une réalité concrète: reclasser les sourates pour placer les plus tolérantes à la fin du Coran, expurger et interdire les passages violents du Coran ou des Sahis. Mais qui osera le faire ? En admettant que la belle exhortation de Walter, au début de son travail, aux musulmans français, porte ses fruits, quelle proportion des 8 millions de musulmans sur notre sol, demeurera soumise au texte brutal et intolérant qui rassemble tous les vendredis dans nos 2 200 mosquées ?

La loi du nombre

L’islam a été historiquement victime de souverains qui l’ont déformé et utilisé pour en faire une secte guerrière, une entreprise politique mondiale et criminogène. Nous devons désormais refuser d’être sa victime désignée. C’est à l’islam de se réformer. Quel Napoléon saura créer un concordat ou un consistoire fondé sur les valeurs nationales consensuelles comme le fit le décret impérial de 1808 pour le judaïsme de France, renonçant alors à ses traditions obsolètes ?

Chaque nation peut préserver son équilibre culturel et historique par application du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Ou d’une transposition du principe de précaution au cadre social. Si nous sommes engagés dans une guerre sans fin, si la majorité des musulmans de France place le droit islamique au dessus du droit français et sont incités par leurs écritures à croire que leurs compatriotes  »souchiens » sont inférieurs, on ne résoudra pas ce problème qui s’aggravera en même temps que croîtra le nombre de musulmans et d’islamistes. Du fait d’une absence de réflexion lucide sur une ferme politique d’harmonie nationale.

Jean-Jacques Walter, Les deux islams. Islam des lumières contre islam radical, Télémaque, 2017.

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