Les images du jour de vote référendaire sur l’indépendance de la Catalogne, le dimanche 1er octobre, ont été d’une rare violence. Des gens matraqués, des bureaux de votes bloqués, des centaines de blessés. N’importe quel homme ou femme de gauche, attaché viscéralement au droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, ne pouvait qu’être choqué et indigné.  La violence de la police espagnole est inexcusable, évidemment.

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Ceci dit, il semblerait que les choses soient plus complexes. La Catalogne a une glorieuse histoire, notamment dans sa résistance aux troupes fascistes pendant la guerre d’Espagne et comme pôle de résistance dans les interminables et insupportables décennies de la dictature de Franco. La Catalogne a aussi une langue et une identité. Cela suffit-il pourtant, à justifier de tenir un referendum pour l’indépendance, et dans de telles conditions en sachant pertinemment que c’était anticonstitutionnel ? Sans doute, mais il faut d’abord savoir que la majorité des députés qui ont permis ce vote est constituée d’une majorité hétéroclite de circonstance : deux partis de droite nationalistes et ultralibéraux alliés à une petite formation d’extrême-gauche. Les autres partis, y compris la branche catalane de Podemos, à laquelle appartient le maire de Barcelone, étaient opposés à ce référendum, au moins dans les conditions dans lequel il se déroulait.

Une indépendance « égoïste »…

Telle qu’elle est pensée, voulue par Carles Puigdemont, le président de la Généralité de Catalogne, il s’agit d’une indépendance « égoïste », c’est-à-dire la sécession d’une région riche qui ne veut plus payer pour les pauvres comme les Andalous ou les Galiciens. On retrouvait la même motivation, par exemple dans la Ligue lombarde en Italie qui refuse que le Nord de la péninsule, riche et industrialisé paie pour le Mezzogiorno ou, tout près de chez nous, les partis séparatistes flamands qui aimeraient bien se débarrasser du boulet de la Wallonie avec son taux de chômage et sa population vieillissante.

Il ne s’agit donc pas uniquement de vouloir revendiquer une identité, ce qui pourrait être légitime, mais plutôt de se comporter comme une entreprise et d’envisager, à la place des solidarités nationales, une mise en concurrence, à la façon des entreprises qui cherchent à être les plus compétitives possibles. Mais même à l’ère des start-up nations macronienne, un pays n’est pas (encore) une entreprise, de même qu’il est absurde de vouloir comparer le budget d’une famille et celui de l’Etat, métaphore préférée des éditorialistes de garde pour justifier toujours moins de dépenses publiques.

…et une droite opportuniste

Le problème est qu’en face de ces indépendantistes catalans, il y a un véritable incompétent au pouvoir à Madrid. Mariano Rajoy, président du conseil, est un austéritaire à tout crins à la tête du Parti populaire (PP) qui est, comme le disait El Diario en mars dernier,  l’une des droites les plus corrompues d’Europe : « Depuis 1978 jusqu’à nos jours, plus de 175 réseaux de corruption ont été découverts, tous associés aux partis au pouvoir et selon la Commission nationale des marchés des valeurs, (CNMV), cette corruption ne coûte pas moins de 45 milliards d’euros annuels à l’Espagne. La plus grande part est prise par le PP. »

Si on ajoute à cela que Mariano Rajoy est à la tête d’une majorité très relative, on comprend surtout qu’il a saisi cette occasion d’un référendum illégal constitutionnellement, pour rouler des mécaniques et réaffirmer son autorité.

Bref, c’est un jeu de dupes. Un zéro-zéro avec plein de cartons rouges pour antijeu. Les indépendantistes catalans savent qu’ils n’ont pas forcément la majorité dans l’opinion et Mariano Rajoy, lui, poursuit surtout des enjeux de politiques intérieures. Le résultat est que la situation s’exacerbe : on a entendu des chants franquistes à Madrid chez des manifestants d’extrême droite et les Catalans, même non indépendantistes, sont révoltés par la violence de Madrid.

L’Union européenne peut verser des larmes de crocodile sur la situation. C’est elle qui a un intérêt historique, dans la perspective d’être une zone de libre-échange totalement déréglementée, à gouverner des provinces de la taille d’un länder plutôt que des Etats-nations qui sont pour l’instant les derniers remparts contre la mondialisation sauvage.

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