Vingt-quatre ans après la signature des accords d’Oslo censés poser les premiers jalons d’un processus de paix, jamais la création d’un Etat palestinien n’a été aussi lointaine. La Palestine est devenue une chimère, plus guère poursuivie.


Le 8 octobre dernier, près de 30 000 femmes israéliennes et palestiniennes, de droite comme de gauche, ont marché à Jérusalem. Dans leurs revendications, aucune référence à la Palestine ou à la colonisation. Pour seule demande, ses mères exigeaient la mise en place d’un accord de paix. Face à l’annexion rampante des territoires occupés, les fréquentes flambées de violences de la part des Palestiniens, les plus fervents défenseurs de la solution à deux Etats flanchent.

Un projet orphelin

Avraham B. Yehosuha, figure de la littérature israélienne et militant depuis 1967 pour la création d’un Etat palestinien n’y croit plus. Face aux échanges stériles entre les deux camps, la sortie de crise résiderait dans la mise en place d’un Etat composé de deux nations. Un virage à 180 degrés pour le signataire de l’appel de JCall qui, longtemps, a jugé cette option catastrophique. Désormais, l’Etat binational apparaît comme le seul horizon possible. Même son de cloche à gauche de la gauche. Pour l’éditorialiste Gideon Levy, officiant au quotidien Haaretz, la solution à un Etat reste « la toute dernière façon de s’en sortir. »

Et ce n’est pas la droite israélienne qui les contredira. A écouter la ministre déléguée des Affaires étrangères membre du Likoud, Tzipi Hotovely, « il n’y aura jamais d’Etat palestinien ». Ce jeune faucon du gouvernement sait bien que la colonisation est devenue un processus quasi irréversible alors que 400 000 colons israéliens vivent en Cisjordanie. Aujourd’hui, Jérusalem-Est compte plus de Juifs que Jérusalem-Ouest. Les deux camps convoitent les mêmes terres, rendant difficile la perspective d’une Palestine. Les Palestiniens n’ignorent pas que le temps joue contre eux : les implantations se multiplient, la population juive augmente tandis qu’eux perdent du terrain, s’exilent quand ils le peuvent et voient leur démographie chuter. Entre la mer Méditerranée et le Jourdain, soit en Israël et en Cisjordanie, les Juifs représentent 66% de la population, les arabes israéliens 17%, tout comme les Palestiniens.

La troisième voie est « un espoir et une solution pour les Israéliens comme pour les Palestiniens »

Officiellement, la solution de deux Etats serait en discussion : « C’est l’éléphant au milieu de la pièce, on fait semblant de ne pas voir qu’il n’y a pas un début d’accord », constate Stéphane Amar, correspondant en Israël. Pourtant, en coulisses, le dossier semble classé. « L’ambassadeur de Suisse en Israël est régulièrement consulté sur le fonctionnement confédéraliste helvétique. L’objectif est clair, comment l’articuler au sein de l’Etat hébreu », confie le journaliste qui prépare un livre sur le sujet. Et d’ajouter : « la fameuse ligne verte est toujours introuvable. »

Un projet dans lequel les partisans antisionistes comptent bien s’inscrire. Chez certains arabes palestiniens, structurés politiquement autour de la figure d’Omar Barghouti, co-fondateur de la campagne BDS pour le boycott d’Israël, la disparition de l’Etat hébreu passera par le ventre des mères palestiniennes. Ces antisionistes entendent dissoudre démographiquement Israël. Vaste projet face aux naissances juives en hausse et à la chute du taux de fécondité chez les arabes (lire encadré).

Le choc des naissances

Alors que la France découvre le débat autour de la substitution démographique – appelé aussi « grand remplacement » – en Israël, cette question est depuis longtemps un véritable enjeu politique. En effet, sur ce territoire de plus de 20.000 km² où se côtoient arabes et Juifs, la démographie rythme l’enjeu territorial. Pendant des années, les Israéliens ont craint d’être dissous au sein de la population arabe au taux de fécondité plus élevé que les premiers. Mais désormais, les chiffres se croisent, la tendance semble s’inverser. Si en 2000, le taux de fécondité était de 4,3 enfants par femme arabe et de 2,6 par femme juive, en 2015, il se révèle identique pour les deux groupes de population, se situant à 3,13. Et, surprise, ce ne sont pas les orthodoxes mais les familles juives laïques qui font grimper ce taux. En 2012, l’ancien président Shimon Peres, mettait en garde : « Sans une majorité juive, il y a peu de chance qu’un Etat juif puisse rester juif. » Message entendu.

Dans les colonies, l’idée d’une confédération gagne du terrain chez les partisans du bon voisinage. Pour Eliaz Cohen, membre de l’organisation « Two States One Homeland », l’avenir prendra la forme de deux Etats coopérant dans plusieurs secteurs, sur un territoire aux frontières ouvertes. « Ce projet est très jeune mais représente à la fois un espoir et une solution pour les Israéliens comme pour les Palestiniens », explique ce colon. Une initiative qui a trouvé son public : « Ces trois dernières années, nous avons organisé près de 400 conférences sur le sujet, en Cisjordanie et au sein de l’Etat hébreu », se félicite Eliaz Cohen. Les partisans de cette solution seraient présents dans la plupart des partis politiques israéliens, mais se montrent discrets : « Nous soutenir publiquement aujourd’hui leur paraît prématuré », souffle le militant de la paix, qui ne cache pas son optimisme : « le confédéralisme pourrait se mettre en place bien plus rapidement qu’on ne le pense ! »

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