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Émirats – Israël: un nouvel accord à un milliard de dollars

Émirats – Israël: un nouvel accord à un milliard de dollars
Un soldat israélien à la frontière de Gaza, le 16 mai 2021 © DEBBIE HILL/UPI/Shutterstock/SIPA Numéro de reportage : Shutterstock40851679_000005

Les « accords Abraham » signés en 2020 placent les Émirats arabes unis au centre de l’échiquier géopolitique proche-oriental. Devenu la première puissance diplomatique arabe dans la région, Abu Dhabi accélère son rapprochement vers Tel-Aviv, notamment sur le plan commercial.


Mubadala Investment Co, le fonds souverain des Émirats arabes unis dont les actifs s’élèvent à 232 milliards de dollars, a conclu un accord de principe pour acquérir une participation dans un gisement de gaz naturel israélien. Montant de l’opération ? 1,1 milliard de dollars pour racheter 22% des parts de Delek Drilling LP, la société concessionnaire du champ offshore de Tamar.

Un investissement très politique

Investissement stratégique à plus d’un titre : Tamar est le deuxième plus grand champ gazier d’Israël. Situé à environ 90 kilomètres de la ville côtière de Haïfa, il fournit du gaz à l’État hébreu, mais aussi à la Jordanie et à l’Égypte. Au-delà des intérêts financiers et énergétiques en jeu, c’est aussi un message politique envoyé par Abu Dhabi après la signature des « accords Abraham » l’année dernière. Conclus à Washington le 15 septembre 2020 entre Israël et les Émirats arabes unis (EAU) d’une part et Israël et Bahreïn d’autre part, ces derniers ont mis en lumière la nouvelle alliance entre Jérusalem et les monarchies pétrolières du golfe persique sur fond de menace iranienne et d’expansionnisme turc sur la région.

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Ce rapprochement, accéléré par la volonté de l’allié américain de réduire sa présence militaire au Proche-Orient, a été salué comme le début d’une « nouvelle ère » par le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, et comme une « victoire » par Abu Dhabi. Il signe surtout le retour à un certain réalisme politique guidé par les intérêts nationaux dans une région minée par les incessants soubresauts du conflit israélo-palestinien.

L’isolement d’Israël est rompu

Après l’Égypte en 1979 et la Jordanie en 1994, les Émirats arabes unis ont été seulement le troisième pays arabe à reconnaître officiellement l’État d’Israël. Depuis, cette réconciliation a ouvert la voie à des « accords de normalisation » avec Bahreïn, le Maroc et le Soudan. Une petite révolution qui modifie profondément les équilibres géopolitiques au Proche-Orient. D’abord parce que l’isolement d’Israël dans la région, lié à la question palestinienne, semble définitivement rompu. Jusqu’à présent, la résolution du conflit israélo-palestinien était en effet considérée comme une condition sine qua non à une reprise des relations entre les pays arabes et Jérusalem. Or, la solution à deux États — un État israélien et un État palestinien comprenant une partie de la Cisjordanie, la bande de Gaza et Jérusalem-Est —, censée être le préalable à toute discussion, n’a jamais été évoquée de près ou de loin dans ces « accords de normalisation ». Ensuite, parce que les EAU se replacent au centre de l’échiquier géopolitique proche-oriental en supplantant l’Arabie saoudite comme meilleur allié des États-Unis dans la région.

Avec moins de 10 millions d’habitants, les EAU sont la deuxième économie du monde arabe et exercent une influence croissante, tant commerciale que militaire, dans le golfe persique et au-delà. Partenaires de poids dans la guerre contre l’islam radical, notamment contre les Frères musulmans, ils se placent de plus en plus comme des concurrents directs de Ryad dont les relations tumultueuses avec Washington sont marquées par une animosité croissante.

Les « accords Abraham » ont ainsi pris à revers l’initiative de paix saoudienne de 2002 qui prévoyait une normalisation des relations des pays arabes avec Israël, mais seulement en échange d’un retrait complet des territoires conquis par Tsahal en 1967 ainsi que la création d’un État palestinien avec Jérusalem-Est pour capitale… Difficile d’imaginer aujourd’hui Ryad renoncer à cette exigence à l’heure où Ankara lui conteste de plus en plus le rôle de chef de file du monde sunnite.

Des relations apaisées depuis longtemps

Ils officialisent en outre le fait que les relations entre Jérusalem et Abu Dhabi sont apaisées depuis longtemps. Depuis les accords d’Oslo en 1993, politiciens, militaires et hommes d’affaires israéliens et émiratis se rencontraient régulièrement. L’industrie militaire israélienne fournit par ailleurs du matériel militaire à l’armée émirienne et les forces militaires des deux pays se sont déjà entraînées ensemble, en Grèce. Benjamin Netanyahu est en effet convaincu que les États du Golfe sont le meilleur rempart d’Israël face à l’Iran qui, de la Caspienne à la Méditerranée, étend son influence sur le « croissant chiite » tout en animant la rébellion Houthie au Yémen pour déstabiliser les monarchies arabes du Golfe. Rappelons que le Hezbollah, son bras armé en Méditerranée, contrôle le Liban et dispose de quelque 150 000 missiles capables de toucher à tout moment l’ensemble du territoire israélien.

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Ainsi, les « accords Abraham » rétablissent non seulement des relations diplomatiques officielles entre les deux pays, mais prévoient aussi une coopération officielle tant économique que scientifique et « sécuritaire », notamment dans des secteurs stratégiques de l’économie israélienne tels que la production d’énergie, l’eau, l’espace, la santé et l’agro-technologie. Si elle se concrétise, la transaction à plus d’un milliard de dollars entre Mubadala Investment Co et Delek Drilling LP serait ainsi le plus important accord commercial entre les deux pays depuis la normalisation de leurs relations diplomatiques à l’été 2020. Et un signal fort envoyé par les Émirats arabes unis qui se placent désormais au centre de la nouvelle donne géopolitique dans un Proche-Orient paradoxalement dominé jusqu’alors par trois puissances régionales non-arabes : l’Iran, Israël et la Turquie.


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