Cette année, ils sont venus défendre leurs films, évidemment tous plus « importants » les uns que les autres. Alors que le favori Polanski ne viendra pas, Céline Pina ne compte pas regarder cette cérémonie placée sous le signe de la justice sociale…


A la place des César 2020, un meeting de Social Justice Warrior devrait faire le procès du monde d’avant, tout en promettant la transparence, la pureté et le renouvellement dans le respect de la diversité et de la justice sociale. Bref les César promettent d’être cette année le festival de la plainte geignarde, de l’exhibitionnisme puritain et du ressentiment élevé au rang d’engagement politique.

Écologie, autisme, banlieusards, dauphins: une cérémonie « engagée »

En guise de cérémonie, on a déjà eu droit à l’élagage en direct de l’arbre généalogique de la grande famille du cinéma. Certains nommés ont déjà acté leur renonciation, comme toute l’équipe de Roman Polanski. Et on nous promet du saignant, tant à l’extérieur de la salle qu’à l’intérieur. Tous les nouveaux chevaliers blancs de l’art, qui se découvrent une conscience, n’ont qu’une seule idée en tête, régénérer le cinéma français en pratiquant l’épuration des hommes, des thèmes, des références et des œuvres.

Je peux déjà vous dire comment cela finira : mal. La politique a connu le même sketch en 2017. Vous connaissez tous la suite.

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Déjà, pour ne pas être pris au dépourvu, n’oubliez jamais que sous le cavalier blanc se planque souvent le revanchard aigri : c’est pour cela qu’à chaque fois qu’une génération a eu la peau d’une autre, c’est souvent pour truster les places à son profit plutôt que pour « changer le monde ». D’ailleurs souvent elle ne change pas le monde. Juste certaines règles. À son bénéfice. Histoire de se constituer sa rente. Là, de surcroît, comme le bénéficiaire appartient au camp du Bien, qu’il a été mis en place au nom de ce Bien et pour le faire, il ne saurait mal agir. Ses intentions étant pures, ses actes ne peuvent jamais être entachés. Une telle construction mentale est éminemment pratique car du coup, celui qui s’accroche à ses avantages, s’il appartient au bon camp, ne saurait essuyer de reproches, car il ne peut que participer à l’amélioration du bien commun, c’est ontologique. Et vouloir le chasser ne saurait signifier finalement qu’une chose : le refus d’appartenir au camp du Bien, donc la révélation de son véritable fond. Au choix : raciste, fasciste, violeur, en tout cas dominant et oppresseur. 

C’est déjà comme cela que les « révolutionnaires » de mai 68 avaient su se recaser, s’installer et prospérer au coeur du pouvoir… qu’ils étaient censés détester… tout en coupant l’herbe sous le pied de leurs détracteurs. C’est le même sketch qui se rejoue. Ne contestez pas : ce serait cracher au visage du progrès et de la justice ! 

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Surtout, méfiez-vous toujours de ceux qui ne disent jamais ce qu’ils veulent pour eux, mais sont intarissables quand il s’agit de dénoncer et juger les autres. 

C’est ce qui s’est passé en politique en 2017. La situation a empiré depuis et jamais les cavaliers blancs ne se sont révélés plus hautains, incompétents et magouilleurs que ceux qu’ils ont chassé sous les huées. Plus personne ne sait où va le pays, les gens perdent espoir, incapables de se projeter tant le désordre est grand et la confiance abîmée.

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La cérémonie des César devrait donc avoir tout du règlement de compte plus ou moins feutré, certains doivent être tout excités à l’idée de s’élever au rang de grande conscience sociale en crachant sur un collègue, un film, en faisant le procès des artistes en fonction de leur couleur de peau ou de leur genre.

Personnellement je ne compte pas regarder ce grand déballage dont la médiocrité est déjà palpable. Il y avait sans doute besoin de renouveler et de rebattre les cartes des César, de cela je ne doute guère. Mais là, on assiste plutôt à l’happening de la moraline. Maintenant avant de parler cinéma il va bientôt falloir vérifier si des quotas de genre, de couleur de peau, de pratiques sexuelles et que sais-je encore sont mis en place et respectés. 

L’ère des quotas arrive

La sélection de l’académie des César devrait enfin pouvoir répondre à ces questions “essentielles” pour évaluer la qualité d’une œuvre artistique… 

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Foin du souffle imaginatif et créatif d’un film, du jeu des acteurs, de la beauté de l’image, enfin la sélection pourra être objectivée sur des critères justes, évacuant l’esthétique, l’émotion, le ressenti, la catharsis. Combien de films réalisés par des hommes ? par des femmes ? Combien d’acteurs de la diversité au générique ? dans quel rôle ? Les LGBTQ sont-ils représentés ? Les trans, ça compte dans quel camp ? Est-ce que l’orientation sexuelle doit être prise en compte et si oui, est-ce-que le film d’une femme lesbienne cumule plus de points persécution que celui d’une femme hétérosexuelle ? Qui bat qui, entre le mâle blanc homo et la femme noire hétéro, en terme d’oppression donc de droit à la visibilité ?  Les juifs sont-ils des privilégiés blancs ou font-ils partie de la diversité opprimée ? Que de critères sympathiques à discuter et mettre en place ! 

À la fin, si les critères sont bien définis et la hiérarchisation victimaire précise, on devrait même parvenir à primer les films sans les regarder : il suffira d’étudier la structure raciale, le genre et les pratiques sexuelles de ceux qui les financent, les tournent, les jouent et les distribuent. Ce sont de telles logiques qui ont fait imploser le monde politique. Attention: ce ne sont jamais ceux qui renversent la table qui nettoient après… Quand il s’agit de payer la note, ce sont toujours les citoyens qui trinquent. Souhaitons que l’obsession des Social Justice Warrior de purifier leur biotope ne finisse pas par tuer le cinéma, ils lui ont déjà retiré sa magie.

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