Le regard de Charles sort de le 2 octobre. Quand le chanteur était aussi le cinéaste de son existence


Aznavour filmait tout, partout. Les bobines exhumées offrent un beau documentaire sur sa vie, sa façon de voir le monde, son entourage, en particulier sa famille.


Ça commence comme un film de vacances en Super 8. On se dit que ce n’est pas
forcément intéressant. Et puis, très vite, l’œil d’Aznavour nous montre un univers de
petites gens, simples et travailleuses, malmenées par l’Histoire d’un XXème siècle
particulièrement meurtrier. Il est évoqué le génocide arménien, l’exode de sa famille,
l’arrivée à Paris, la naissance de Charles. Ce dernier aime les voyages, changer d’horizon,
avec le bleu du ciel, la poussière des routes, les cargos rouillés.

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Charles et Ulla Aznavour.
Charles et Ulla Aznavour.

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C’est un déraciné qui se sent bien partout, surtout quand il arrive à New York pour retrouver la môme Piaf. Elle est belle, Piaf, en couleur, un visage lisse et reposé. D’autres personnalités apparaissent dans le film. À Saint-Tropez, sur un bateau, la tête de fouine de Sagan, le grand blond, jovial, Johnny, Deneuve ébouriffée, Dalida le regard un peu sombre, etc.

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La nostalgie nous saisit quand Aznavour filme Montmartre, la Place du Tertre, sa
chambre de bonne, la dernière fenêtre juste avant les étoiles, comme dit le commentaire
lu par Romain Duris. Sur le tournage de La tête contre les murs, de Georges Franju,
Aznavour suit son complice Jean-Pierre Mocky, tête de bad boy à faire craquer toutes les
filles, et s’attarde sur Anouk Aimée, cheveux au vent, large sourire, belle comme une
princesse orientale. Après on retrouve Lino Ventura, massif et tendre à la fois, dans le
désert libyen, sur le tournage d’Un taxi pour Tobrouk. Aznavour a placé sa caméra sur le
capot de la Jeep. Il y aussi Ulla, son épouse, blonde comme les blés. Elle le filme, il la
filme. Ils s’aiment, ça passe par le regard, impossible de se tromper. Et puis, il y a
l’apparition de Patrick, le fils mort d’une overdose, né d’une aventure sans lendemain
avec une danseuse de cabaret, Arlette. On voit Patrick en maillot de bain, se faire
bronzer au soleil. C’est la part noire d’Aznavour, son drame personnel. Sinon, Charles a
tout réussi. Malgré une voix détestable, selon les critiques, un physique ingrat, une
silhouette maigre, une culture proche du néant, il est devenu une star planétaire. Ses
chansons, nées le plus souvent de l’observation, une démarche naturaliste, sans les
longueurs, ont fait le tour du monde. Le petit Charles est devenu notre grand Charles.

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C’était une force qui va. Agité, virevoltant, infatigable, poursuivant sans relâche le même
but : être en haut de l’affiche. Dans son film, véritable autobiographie en images qui
ravira tous ceux qui l’aiment, il dit : « je me filme pour exister. » pas par narcissisme
ridicule. Pour exister. C’est le principe de l’incarnation.

Aznavour nous donne une leçon de tolérance et de respect. Quand il se promène
dans les rues de New York, il dit que le gigantisme de la ville nous égalise. Aznavour était
un grand humaniste, curieux de tout, des autres en particulier. C’est le message que nous
laisse ce film. Il nous révèle également que cet autodidacte a appris à lire grâce au roman
de Céline, Voyage au bout de la nuit. Il a dévoré l’histoire de Bardamu, histoire
universelle. « Emmenez-moi au bout de la terre… »

Le regard de Charles, un film de Charles Aznavour, réalisé par Marc di Domenico,
sortie le 2 octobre.

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