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Samuel met les woke au Piquet!

“Le Serment sur la moustache” (Editions de l’Observatoire)

Samuel met les woke au Piquet!
Samuel Piquet © Hannah Assouline

Les occasions de rire ne sont pas si nombreuses. Le « roman-pamphlet » de Samuel Piquet, Le Serment sur la moustache, est plus que drôle: il est hilarant. Sauf si vous êtes un enseignant imbu de pédagogisme woke, précise notre commentateur. Et il en reste !


Peut-être vous rappelez-vous cet excellent film de Patrice Leconte intitulé “Ridicule” (1996). Un aristocrate provincial venu quémander à Versailles, en 1780, une aide pour sauver les paysans de ses terres accablés de fièvres y fait l’expérience de la cruauté des gens de sa caste. Jean Rochefort collectionne les traits d’esprit, les sarcasmes, les médisances bien tournées, les jeux de mots blessants. Et, tout à la fin, exilé par la Révolution en Angleterre, il fait l’expérience de l’humour britannique, cette façon de tenir sérieusement, tongue in cheek, un discours tout au second degré.

Je ne saurais traduire en français, sinon par des périphrases compliquées, ce tongue in cheek. C’est ce second degré que l’on explicite désormais en dessinant dans l’air des guillemets, pour signifier à son interlocuteur que l’on n’est pas sérieux : triste époque où l’on craint sans cesse de ne pas être compris des imbéciles. Le second degré est le ton général de Samuel Piquet, qui plutôt que le sarcasme ou la charge caricaturale, choisit de faire table rase sans en avoir l’air. C’est très efficace.

Les deux personnages principaux : un couple extrêmement progressiste

Ainsi Guillaume, l’enseignant anti-héros du Serment, avant de se mettre en ménage avec Louise, chienne de garde castratrice (pléonasme) et également enseignante, doit-il signer un engagement, par lequel il accepte « d’utiliser l’écriture inclusive dans ses propos, d’éviter le « mansplaining » quand elle parle, afin de ne pas « l’invisibiliser dans le couple », de ne pas l’offenser par des propos discriminants envers les minorités, et de s’engager, entre autres, à ne jamais prononcer les mots suivants : « Erik Zéneux », « misérabilisme », « islamogauchisme », néoféminisme » et « racisme anti-Blancs ». » Et qu’elle n’ôte pas son masque FFP2 en faisant l’amour.

Dans une autre vie, Samuel Piquet fut prof de Lettres. Aujourd’hui, il écrit dans Marianne, dont la directrice, Natacha Polony, fit aussi, dans une autre vie, ce même métier. Certains jours je m’aperçois que je suis l’un des rares à ne pas avoir fui. Piquet apparaît souvent à la pénultième page du magazine, livrant de jolis billets corrosifs — en alternance avec Benoît Duteurtre, l’immortel auteur du Retour du général.

Accentuer les dérives de la société actuelle permet d’anticiper celle de demain

Nous étions nombreux à nous demander si Piquet, qui excelle dans le billet court et ravageur, parviendrait à monter la sauce au niveau d’un livre : pari réussi ! Les 158 pages du Serment se lisent comme elles ont été écrites, dans l’urgence et la bonne humeur. Les chapitres sont courts, comme écrits à la volée, à lire dans le métro (un chapitre par station), afin que vos voisins maussades se demandent ce qui vous fait vous esclaffer, et cherchent à connaître le titre de votre livre.

Ce Serment — comment ne pas penser à une dégradation du Sermon sur la montagne (Evangile de Matthieu), où le Christ préconise de ne pas résister à qui nous veut du mal, et enseigne à la foule le Notre Père — est le fait d’un vilain moustachu, Wedy Le Plen, antéchrist de notre modernité, qui vise à contraindre tous les candidats à la présidentielle de signer une pétition piégeuse et aberrante — ce à quoi Valérie Progresse se résout trop tard.

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Tous les personnages sont des copies plus vraies que nature de personnalités réelles et leurs noms des dérivés anagrammatiques. Le Plen est sans doute Edwy Plenel, et son alter ego féminin et féministe, Sandrine Cadet-Rouselle, est aussi aisément identifiable, elle qui suggère de remplacer « enculer les mouches » par « circluser les diptères par la deuxième voie ». On songe en lisant cette pochade aux Chroniques du règne de Nicolas Ier, de Patrick Rambaud : même sens de la dérision à travers le sérieux affiché.

Un professeur très éloigné des Hussards Noirs de la République

C’est sans doute dans ses scènes proprement pédagogiques que Samuel Piquet fait très fort. « Guillaume fit part à Louise de sa dernière trouvaille : combattre la grammaire sexiste en émasculant les complétives et les relatives de leur « que » afin de les rendre moins viriles. » Chahuté comme il se doit (parce que les élèves sentent très bien que ces profs pédagos ne leur veulent au fond pas de bien), Guillaume craque et il est hospitalisé à La Verrière — l’Educ-Nat est sans doute le seul service public à avoir sa propre clinique psychiatrique. Là, il fait cours devant des chaises vides : « Jamais au cours de sa carrière Guillaume n’avait pu observer d’élèves aussi attentifs que les chaises de premier rang » — vacherie immédiatement doublée d’une autre, plus plaisante encore : « Cette satisfaction se doublait d’une sorte de griserie d’avoir pu éprouver la même sensation qu’Anne Idéalbo lors de ses meetings. »

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La page obligée des « remerciements » n’échappe pas au sarcasme institué en méthode de survie en milieu hostile : « Je préfère, et de loin, remercier la seule et unique personne qui compte à mes yeux, celle qui a toujours été là dans les moments difficiles et dont le génie créateur n’a d’égal que la complexité de la pensée : Gilles Le Gendre. »
J’allais le dire.

À noter que le roman contient son propre anti-poison. Chaque chapitre est précédé d’une citation, et la liste des bons auteurs cités par Piquet (Voltaire, Orwell, Tchékov, Bossuet ou Molière) donne une idée de ce qu’il faudrait faire lire aux élèves — mais on préfère, dans les nouveaux manuels scolaires, leur asséner les œuvres complètes de Philippe Meirieu et d’Eric Fassin. Là est l’enjeu réel : l’accès aux œuvres qui comptent et à la langue qui les sous-tend, et non à l’infâme gloubi-boulga raréfié qui est celui de l’Ecole des pédagos, d’une classe politique d’une pauvreté insigne et d’une culture laminée.

Samuel Piquet, Le Serment sur la moustache, Editions de l’Observatoire, 158p., 16€ — c’est pour rien.

Le Serment sur la moustache

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Ridicule

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Le Retour du Général

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Cinquième chronique du règne de Nicolas 1er

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Normalien et agrégé de lettres, Jean-Paul Brighelli a parcouru l'essentiel du paysage éducatif français, du collège à l'université. Il anime le blog "Bonnet d'âne" hébergé par Causeur.

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