Philippe Lacoche, contributeur de Causeur, remporte le cinquième Prix des Hussards pour « Le Chemin des fugues ».


A Causeur, les Hussards sont à la fête. Surtout lorsqu’un de nos contributeurs est récompensé. La littérature progressiste ne passera pas par notre canal historique ! A bas l’esprit de sérieux et le catéchisme éditorial qui nous encerclent, chaque jour, un peu plus. Nos romans et nos essais français crèvent d’une époque où la moindre dissidence est traquée, où l’opinion est devenue un délit et où le débat est capté par une poignée d’activistes. Tout ça manque terriblement de souffle, de souffre et de style. Alors, nous sommes fiers d’annoncer que Philippe Lacoche a remporté le Prix des Hussards par 8 voix sur 13 pour Le chemin des fugues, paru à l’automne dernier aux éditions du Rocher.

Son seul guide, le plaisir 

En final, il était opposé à Patrice Jean (L’homme surnuméraire), dont nous avons beaucoup parlé dans nos colonnes, et à Thierry Dancourt (Jeux de dame). Jérôme Leroy et moi avons le privilège de faire partie de ce jury (en échappement libre) présidé par Eric Naulleau et composé de Philippe Bilger, Jean des Cars, François Cérésa, Bruno de Cessole, Arnaud Guillon, Philibert Humm, Yves Thréard, Jean Tulard et de ses deux indispensables secrétaires généraux : Marina Cousté et François Jonquères, toujours soucieux de faire perdurer l’héritage de Christian Millau, le fondateur du Prix disparu l’année dernière.

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Mardi midi, au Café Guitry-Théâtre Edouard VII devant le tout-Paris qui sait lire et reconnaître les plumes audacieuses qui ne baignent ni dans l’aigreur, ni dans un humanisme béat, Philippe Lacoche a reçu son trophée, visiblement heureux et touché. Ce hussard rouge des terres picardes, tendance « bataille du rail » et pêche à la truite, est un lauréat qui mène sa barque avec pour seul guide le plaisir. Il se moque des modes et des oukases. C’est assez rare pour être remarqué dans une société qui étiquette et parque les écrivains selon leurs obédiences politiques.

Lacoche parle et écrit juste

Lacoche aime Morand, Chardonne, Vailland, Stendhal, Péguy et le rock. Il dessine une identité littéraire sur le point de disparaître : la gourmandise du texte alliée au feu des idées. Cette grande signature du Courrier Picard transporte son spleen dans les Hauts-de-France. Une sorte de Tillinac d’essence cheminote partageant les mêmes dégoûts pour la vulgarité à écran ouvert. Lacoche et son charme cabossé ne se trompent jamais de camp. Il flaire les bonnes truffières. Il préfèrera toujours Dumas à Duras.

Ce mohican des marais, allergique aux applis et à toute modernité numérique, travaille à une œuvre éclairée par la mélancolie, les amours impossibles, le monde ouvrier et soutenue par une langue décorsetée. Lacoche le désenchanté, si fidèle en amitié, a ému l’assistance. Sa prose comme son discours ne sont pas formatés. Il y a une vérité qui transpire chez lui, comme le bonheur de retrouver des émotions non frelatées. Quand défilent à la télé tant de faiseurs, tant de bonimenteurs, Lacoche parle et écrit juste. Marcel Aymé et Jacques Perret veillent sur sa destinée.

Poétique, érotique, mélancolique

Son roman primé évoque la renaissance d’un journaliste dans un improbable canard, modeste et secret, très loin des fausses valeurs du temps accéléré. C’est poétique, érotique et mélancolique. A sa façon, si singulière et si naturelle, Lacoche résiste à la connerie générale. Nous le remercions donc ici chaleureusement. Notons également qu’au cours de cette cérémonie, le coup de Shako a été attribué à Jean Cau (1925-1993) pour l’ensemble de son œuvre. Les éditions de La Table Ronde viennent de rééditer Croquis de Mémoire dans la collection La petite Vermillon.

Le Chemin des fugues de Philippe Lacoche – éditions du Rocher.    

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