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À l’ère de la parité et de l’antiracisme, la compétence est-elle dénigrée?

Parce qu'elles sont des femmes, parce qu'il s'agit de Pap Ndiaye...

À l’ère de la parité et de l’antiracisme, la compétence est-elle dénigrée?
Yael Braun Pivet, du groupe Renaissance et ancienne ministre des Outre-Mer est élue à la majorité Présidente de l'Assemblée nationale, le 28 juin 2022, à Paris © ISA HARSIN/SIPA

Comme c’est extraordinaire ! Alors que le président de la République devient le recordman incontesté de la course de lenteur, on s’émerveille parce qu’une femme est Premier ministre, qu’une autre va présider l’Assemblée nationale et qu’une troisième est à la tête du groupe parlementaire Renaissance ! Comme s’il y avait là le gage d’une compétence sinon absolue du moins suffisante pour rassurer…


Pour être honnête, on a beaucoup parlé d’Elisabeth Borne en ressassant jusqu’à plus soif qu’elle serait une technocrate et non pas une politique. Cet argument factice n’a pour intérêt que d’attirer l’attention sur les hommes qui s’estimeraient naturellement doués pour cette haute fonction, à commencer par François Bayrou !

Pour les deux autres que j’ai évoquées, il ne me semble pas qu’on ait abordé ce point de détail tenant à leur compétence pour le poste que l’une occupe et que le vote de l’Assemblée nationale a offert à l’autre. Quelle importance puisqu’elles sont des femmes et que tout est dit ! Il n’y a qu’Elisabeth Lévy – avec sa manière inimitable de remettre le réel brutal dans le ronron du politiquement et du socialement correct – pour pourfendre la facilité de cette obligatoire excellence par le sexe.

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Pourtant, je ne suis pas loin de penser qu’il y a une sorte de parité dans cette tendance à ne plus se préoccuper de l’essentiel quand on accède par un moyen ou par un autre à des postes élevés. En effet je ne remarque pas que pour les hommes on s’attache davantage à leur compétence qu’on ne le fait pour les femmes. Comme si on avait admis que le pouvoir, l’esprit partisan et même les connivences personnelles et mondaines avaient des prérogatives et une emprise étrangères au discernement et à l’équité ! Il serait injuste d’oublier que certains hommes également bénéficient de protections non pas en raison de leur sexe mais grâce à une apparence dont ils prétendent pourtant qu’elle leur a nui.

Des accusations en racisme bien rapides

Ainsi le nouveau ministre de l’Éducation nationale, Pap Ndiaye, a affirmé d’abord qu’il avait été attaqué à cause de sa couleur de peau alors que j’ai l’impression que depuis, elle lui sert de bouclier. Non pas qu’il n’ait pas des qualités, un savoir et un parcours exceptionnels mais parce qu’il est interdit de le mettre en cause sauf à être taxé immédiatement de racisme. Alors que précisément il peut se permettre d’avoir des opinions et de proférer des partialités qui chez d’autres seraient dans l’instant stigmatisées. Son intolérance est forcément louée puisqu’il est le vecteur du Bien et que cela ne se discute pas.

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Dans un entretien qu’il a donné au Parisien, tout en défendant l’Éducation nationale il a admis que ses enfants étaient dans le privé, à l’École alsacienne en l’occurrence. J’ai été moins sensible que d’autres à cette contradiction entre le comportement privé et l’affichage public parce qu’elle me semblait tellement habituelle dans le monde politique qu’il n’était pas nécessaire d’en rajouter ! En revanche m’est apparu beaucoup plus grave le fait que ce ministre se soit permis de dire qu’il n’accepterait jamais aucun compromis avec les seuls députés du Rassemblement national au prétexte de leur exigence de “préférence nationale” qui peut être contestée mais n’a rien de scandaleux. Sauf à la caricaturer grossièrement. Ils n’appartiendraient pas à “l’arc républicain” alors que leur présence dans ce haut lieu de la vie parlementaire, avec le vote majoritaire qui l’a permise, aurait dû purger le débat de ces attaques absurdes.

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Quelle est donc la légitimité de ce ministre pour oser une telle discrimination ? Sinon celle que lui donne une couleur de peau au nom de laquelle il s’estime fondé à user de cet extrémisme ? Il est vrai que le président de la République lui avait ouvert une voie perverse en décrétant que LFI et le RN n’étaient pas “des partis de gouvernement“. Exclusion infiniment commode puisqu’elle éliminait la part de l’Assemblée nationale susceptible de contredire le point de vue gouvernemental et d’être hostile au groupe majoritaire et au gouvernement, quoique sur un mode contrasté. Bonheur politique d’avoir une Assemblée à sa main. On se rend compte que des éléments de langage ont été communiqués au camp de la majorité et aux ministres.

Clément Beaune, 7 octobre 2021 © NICOLAS MESSYASZ/SIPA

Il s’agit de poursuivre à l’intérieur le combat qu’on a tenté de mener contre le RN à l’extérieur avec le succès qu’on sait ! Clément Beaune, dans la ligne du président, affirme que LFI et RN n’ont pas de “culture de gouvernement” et… qu’ils ne sont “pas prêts à accepter certaines valeurs fondamentales“. Lesquelles, on ne sait pas.

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Mais nous aurions été déçus si ce ministre qui a pris des risques et gagné lors du second tour des législatives n’avait pas ajouté selon le mantra officiel: “Mais l’extrême droite est toujours l’adversaire politique numéro un” et proposé cette subtile et dangereuse distinction: “Il ne faut pas confondre le respect démocratique et la banalisation politique” (Le Monde). On pourrait être tenté de l’appliquer plus largement à des forces officielles persuadées d’être des parangons de vertu républicaine…

Le président et dans sa foulée Pap Ndiaye et d’autres ministres, se comportent comme s’ils avaient eu une majorité absolue. Pas loin d’oublier qu’elle n’est que relative et qu’ils n’ont pas à chipoter sur qui a le droit de s’opposer et d’être perçu comme crédible ou non dans son combat parlementaire ! Ils ont à traiter en gros et non pas au détail ! Je suis de plus en plus exaspéré par la mise au rancart des valeurs démocratiques et des principes universels au bénéfice de causes particulières, d’ostracismes inexpliqués, de privilèges consacrés, du sexe ici, de la peau là.

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Magistrat honoraire, président de l'Institut de la parole, chroniqueur à CNews et à Sud Radio.

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