Jean-Eric Branaa et Marianne pensent que Trump ne sera pas réélu. Plaidons la cause du mari de Melania!


L’ hebdomadaire Marianne consacre quatre pages au livre du politologue Jean-Eric Branaa (Et s’il gagnait encore ?), qui fait dire de lui-même qu’il a été un des rares à envisager la victoire de M.Trump. Cela lui donne t-il pour autant un brevet d’infaillibilité pour pressentir dès aujourd’hui la défaite du président américain ?

Branaa, très impliqué aux USA, avait obtenu une bourse Fulbright cofinancée par le Département d’État américain. La Fondation Fulbright, liée aux Démocrates, se veut d’esprit multilatéraliste et libre-échangiste. Le Prix Fulbright pour la compréhension internationale, est accordé à titre de « reconnaissance à des personnes ayant œuvré de manière significative dans le sens d’une meilleure compréhension entre les peuples, les cultures et les nations (sic) ». Et notamment à : Colin Powell (!), Bill Clinton, Bill Gates ou Angela Merkel. M. Branaa publie dans le Huffington Post et The Conversation. Selon lui, plusieurs facteurs pourraient conduire à un échec de M. Trump lors des élections de novembre 2020.

Marianne ne vote pas Trump

Marianne allègue  »l’exaspération d’une majorité d’Américains contre le « milliardaire new-yorkais » ». Les médias qui fantasmaient un impeachment en raison de la rumeur russe en sont pour leurs frais depuis le rapport du procureur Mueller. Mais personne ne s’est excusé. De plus, depuis la publication du livre de M. Branaa, les sondages qui demeuraient encalminés au score de la présidentielle de 2016 viennent de bouger significativement. De 45/47 % (Harris) à 49 % (Rasmussen Opinion research) des sondés approuvent l’action du président Trump… alors qu’il a été élu sur une base de 46 %.

Co-réalisé entre le 28 juin et le 1er juillet par le Washington Post et la chaîne ABC News (2 médias peu suspects de  »trumpisme »), un sondage annonce que 51% des Américains approuvent la politique économique et seulement 42 % la désapprouvent. Or les sondages, s’ils progressent certes lentement (Gallup 46 % d’opinions favorables ; 50 % défavorables en juin) sont loin d’être aussi mauvais qu’allégué à 16 mois du scrutin. Un simple basculement de 2 points et le système électoral particulier des Etats-Unis fera le reste. Trump n’a été élu qu’avec 46 % pendant que Clinton obtenait 48 % : un gap de 3 millions de voix, mais 304 grands électeurs contre 227… La base électorale de Trump reste forte et stable. Va-t-elle s’affaiblir ou se renforcer, dans un pays où un discours électoral, notamment lors d’un face à face, peut changer totalement les intentions de vote ? Il n’est de plus jamais arrivé qu’un président sortant avec un bon bilan soit battu.

Un bilan flatteur, ne vous en déplaise

Quatrième président américain à avoir été élu alors qu’il était minoritaire en voix, Donald Trump serait, selon Marianne « l’homme de tous les paradoxes », un « novice en politique dont l’exercice désordonné du pouvoir ne l’a pas empêché de s’imposer à un Parti républicain loin de lui être acquis », un « amateur incapable de travailler sérieusement les dossiers », un adepte de la  « stratégie du chaos », du tweet, mais « attelé aujourd’hui au plus important défi lancé à la puissance américaine par l’ambition impériale de Xi Jinping, le nouveau maître de la Chine ».

La thèse de M. Branaa tient en deux idées : d’une part Trump serait un « amateur », selon les termes Joe Biden, ancien vice-président (lui a échoué deux fois à se présenter à la Présidence), qui aura 78 ans l’an prochain. D’autre part, la sociologie américaine aurait tellement changé que ce même système électoral qui l’a fait élire rejetterait Trump en 2020. M. Branaa cite encore Biden qui explique : « Nous avons un président qui ne comprend rien à ce que gouverner veut dire. » Venant d’un homme qui ne vit que de politique depuis 1973, c’est presque un compliment ! Certes le style de Trump n’est pas très washingtonien mais le cap est clair et simple et, mis en œuvre avec rouerie et détermination, il a déjà des résultats. Trump ne veut pas que l’Amérique continue à perdre ses industries et ses emplois ; il veut mettre fin aux vagues incessantes d’immigration illégale et de trafics qui violent la frontière ; il ne veut pas que l’Iran continue à déstabiliser le Moyen Orient par ses milices ou se dote de l’arme atomique ; il veut stopper l’entreprise hégémonique de la Chine ; il veut la paix en Ukraine, en Corée et en Afghanistan… Et il est capable d’y arriver en 18 mois.

La détermination paie

Les questions primordiales, pour la grande majorité des électeurs américains, ce ne sont pas les questions de  »genre » ou les accords de Paris ! C’est l’emploi, le niveau des salaires, la fiscalité, l’insécurité et aussi l’immigration illégale de masse. Sur tous ces points, la réussite ou au moins la détermination de Trump sont indiscutables.

Même ses pires ennemis viscéraux reconnaissent à contre cœur ses succès en termes d’emplois, de niveau de salaires, de croissance industrielle, d’investissements publics et de baisse fiscale. Voit-on poindre des nuages noirs dans ce ciel glorieux ? Oui tout de même : une inconnue, d’abord est le volume des réimplantations des usines délocalisées et des réinvestissements aux USA. Ce sont des opérations lentes et leur ampleur sera fonction de la constance de Trump dans sa politique de droits de douanes égalisant les prix dumpés des produits importés. Quelle sera sa ténacité dans son bras de fer avec la Chine ? La deuxième inconnue concerne un éventuel éclatement de la bulle financière et monétaire qui serait pire que celui de 2008. Sans que l’on puisse dire ni quand, ni avec quelles conséquences politiques, et pour qui.

America First

La politique étrangère est d’une considération moindre, mais le Yankee de base ne veut pas que son pays guerroie sans fin dans des pays inconnus, avec des dépenses insensées, des drapeaux en berne sur les pelouses devant les maisons, et qu’on s’attaque à la nation. Sur tous ces points, Donald Trump fait mieux que bien. America first, c’est l’idée de faire rentrer les boys de tous ces conflits exotiques en Syrie, en Afghanistan, et à rapatrier les troupes stationnées depuis des décennies au Japon, en Corée et en Allemagne. Si Trump arrive à pacifier les Corées, l’Iran, et à quitter l’Afghanistan, ne méritera-t-il pas autant le prix Nobel de la paix qu’Obama en 2009 pour… n’avoir pas mis fin à la guerre ni en Irak, ni en Afghanistan, ni à cet absolu non droit qu’est Guantánamo ? Avec les économies ainsi faites, il relancera la conquête spatiale et la  »guerre des étoiles » pour redonner aux USA leur avance technique militaire. Le lobby de l’armement devra se satisfaire des contrats pour la reprise de la recherche spatiale.

Comme lors de la précédente élection, les Démocrates sortiront en lambeaux de la primaire : ils n’arrivent pas concilier des lignes politiques ayant pourtant en commun l’échec, par déni et irréalisme, mais dont les électeurs sont aussi divergents que ceux de Sanders, Bolden et de la nouvelle coqueluche – selon M. Branaa – Kamal Harris, pur produit de l’immigration et dont le parcours professionnel et privé a été pour le moins contesté.

Pour M. Branaa, en seulement quatre ans, l’Amérique aurait changé de visage car « jamais il n’y avait eu autant d’électeurs issus des minorités ». Est-ce à dire que le  »rêve américain » (la réussite économique) serait remplacé par un clivage sexiste ou racialiste n’ayant pour seul objectif revanchard que de reprendre le pouvoir à un  »vieux mâle blanc hétéro » ? Une telle motivation serait en fait une bien mauvaise nouvelle.

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Co-fondateur et Directeur d'un Centre du droit économique (Université de Montpellier), expert international, et philosophe politique (Théorie générale de la nation : l'architecture du monde, 2014 - Qu'est-ce qu'une nation en Europe ? Co-dir. 2018)
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