Le drame vécu par Desirée Mariottini, 16 ans, violée et tuée par des immigrés clandestins africains, déchire l’Italie. Au centre du jeu, le ministre de l’Intérieur Matteo Salvini fustige la « vermine » qui tue et viole, essuyant de vives critiques. Sur la question migratoire, le divorce entre la droite italienne et l’Eglise catholique semble consommé. Toute ressemblance avec des faits se déroulant en France…


Le nom de Desirée Mariottini, 16 ans, est aujourd’hui connu de toute l’Italie. Dans la nuit du 18 au 19 octobre, cette adolescente toxicomane a été retrouvée morte à l’intérieur d’un squat romain. Dans le quartier malfamé de San Lorenzo, à quelques pas de la gare de Termini, la jeune Desirée aurait consommé un mélange fatal d’héroïne et de cocaïne fourni par quatre africains immigrés clandestins qui l’auraient ensuite violée et laissé mourir une douzaine d’heures avant d’appeler les secours. Les quatre migrants impliqués dans le drame ont été rapidement arrêtés. Il s’agit de deux sénégalais, un gambien et un nigérian, au passé délinquant avéré (trafic de drogue, violences). Les voilà désormais accusés d’avoir abusé de Desirée ante et post mortem.

Une mort sordide

La police recherche encore un dealer italien ainsi que trois tunisiens suspectés d’avoir assisté à la scène. D’après certains témoignages, la jeune fille aurait par le passé consenti à des rapports sexuels avec ses fournisseurs contre une dose de drogue. Pas plus tard qu’au mois d’août, la même Desirée avait été signalée aux services sociaux et poursuivie devant le tribunal des mineurs pour trafic de Rivotril, un anxiolytique couramment détourné en « drogue du violeur ». Pour compléter ce tableau sordide, ajoutons que Desirée avait été confiée à la garde de ses grands-parents à la suite du divorce de ses parents, son père ayant eu maille à partir avec la justice pour appartenance à un gang mafieux.

Une tragédie survenant rarement seule, l’affaire Desirée a été suivie d’un autre fait divers impliquant des migrants. Le 25 octobre, un médiateur social gambien de 27 ans a violé puis frappé l’une des résidentes du centre d’accueil pour demandeurs d’asile de Ragusa (Sicile). Interpellé après avoir pris la fuite, le violeur présumé est au centre d’une énième polémique suscitée par la mort de Desirée.

La gauche antiraciste rejointe par… l’Eglise

Comme de bien entendu, une partie du personnel politique délaisse les problèmes de fond (insécurité, accueil des demandeurs d’asile, expulsion des criminels étrangers) pour épouser des postures morales. Ainsi, Matteo Salvini a-t-il déclenché un feu grégeois d’indignation par ses mots de matamore. Traitant de « vermine » les meurtriers présumés de Desirée, le ministre de l’Intérieur a promis un traitement de choc au violeur putatif de Ragusa : « S’il est coupable, ce monstre (les animaux valent mieux que lui) mérite la prison et l’expulsion, plutôt que d’être traités avec amour et sourire ». Réplique immédiate du président de l’Assemblée nationale Roberto Fico, figure de l’aile gauche du Mouvement 5 étoiles en conflit permanent avec Salvini, qu’il accuse de souffler sur les braises du vivre-ensemble en instrumentalisant une mort atroce.

L’indignation de la gauche, qui se ressent jusque dans les rangs de l’allié populiste de la Lega, passe encore. Mais la société italienne connaît une fracture nouvelle depuis que les positions du pape François sur l’immigration heurtent les convictions d’une majorité de catholiques conservateurs. Des deux côtés des Alpes. Ainsi, la réplique la plus virulente aux déclarations de Salvini n’émane-t-elle pas de la gauche radicale mais de la congrégation des Missionnaires comboniens. En plein accord avec le discours pontifical, les frères dénoncent « l’instrumentalisation malsaine de la mort [de Désirée] destinée en particulier à attaquer les immigrés ». Invoquant la présomption d’innocence, les clercs condamnent l’emploi du mot vermine,« insultant et méprisant à l’égard des personnes arrêtées », ajoutant qu’un vocabulaire aussi cru « associé aux immigrés risque de susciter un sentiment de haine raciale et inciter à la violence contre les étrangers, en particulier les Africains ».1 Plus qu’un sermon, une déclaration de guerre à Salvini ! D’autant que le chef de la Lega aime poser en gardien de l’identité chrétienne transalpine, défenseur du crucifix dans les salles de classe et des madones populaires, tout en fustigeant les appels humanitaires du Vatican. En guise de réponse, le ministre de l’Intérieur s’est contenté d’enfoncer le clou sur Facebook : « Insensé. Je le dis et je le répète : vermine, vermine, vermine. »

Le peuple de droite contre le pape

Presque trente ans après la fin de la guerre froide et la chute de la démocratie chrétienne, l’Eglise italienne a donc rompu son compagnonnage avec le camp conservateur et anticommuniste. Berlusconi n’étant plus qu’un sujet de film, ou presque, la droite italienne largement déchristianisée est en porte-à-faux avec l’Eglise. Le petit parti postfasciste Fratelli d’Italia (4% de l’électorat), que préside la sémillante quadra Giorgia Meloni, ancienne ministre de la Jeunesse de Berlusconi, attaque ainsi Salvini sur son flanc droit. Malgré leurs meetings communs avec Steve Bannon, une certaine proximité idéologique et leur probable alliance aux Européennes, la Lega et Fratelli d’Italia (FI) ferraillent dur. Au lendemain de l’affaire Desirée, une sénatrice FI a déposé un amendement à la loi sécurité prévoyant la castration chimique des pédophiles et des violeurs. Le rejet de cette proposition sans la moindre discussion a méchamment courroucé Meloni, laquelle accuse Salvini d’avoir tourné casaque sur une série de sujets sensibles : le démantèlement des camps de roms, ou la création d’un délit de fondamentalisme islamiste que FI réclame à cors et à cris.

Salvini caresse le Qatar

Confortablement installée dans l’opposition, Giorgia Meloni s’insurge du récent virage pro-qatari de Salvini lors du Salon international de la sécurité intérieure de Doha au cours duquel le dirigeant leghiste a vanté la lutte de l’émirat contre le terrorisme. Les entreprises italiennes séduites par le marché qatari méritent bien une valse… Choquée par ce revirement au profit d’un pays qui condamne de mort l’apostasie et l’homosexualité, Meloni en arrive à défendre le modèle libéral occidental contre l’obscurantisme. Au sein d’un parti héritier du MSI qui se dit désormais « ni fasciste ni antifasciste », une telle position mérite d’être relevée. Si l’Italie a rompu avec le fascisme, elle n’en a décidément pas fini avec la religion…

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