Le pape François célèbre le rite du lavement des pieds dans un centre d'accueil pour migrants à Castelnuovo, près de Rome, 24 mars 2016.

Rome, dimanche 17 janvier 2016. Sur la place Saint-Pierre, 7 000 migrants arrivés des quatre coins de l’Italie, un foulard jaune autour du cou, se massent pour écouter le pape. Tout sourire, François célèbre la 102e édition de la Journée mondiale du migrant et de l’étranger. Le souverain pontife François s’adresse directement aux réfugiés : « Votre présence sur cette place est signe d’espérance en Dieu. Chacun de vous porte en soi une histoire, une culture, des valeurs précieuses. » Trois mois plus tard, le successeur de saint Pierre exfiltre de Lesbos trois familles syriennes, toutes musulmanes, pour leur offrir l’asile au Vatican.

Un an après la grand-messe des migrants, François suscite une bataille d’essais à l’intérieur de la cathosphère. À ma gauche, les papistes applaudissent Erwan Le Morhedec, avocat et célèbre blogueur catholique officiant sous le pseudonyme de Koz. À ma droite, les gardiens de l’Europe chrétienne (et qui entend le rester) ont adopté comme porte-étendard l’antépathique assumé Laurent Dandrieu, rédacteur en chef à Valeurs actuelles. Les titres de leurs deux pamphlets, sortis concomitamment le 12 janvier, annoncent la couleur de la controverse : Identitaire. Le Mauvais Génie du christianisme (Le Cerf) d’un côté ; Église et Immigration: le grand malaise. Le pape et le suicide de la civilisation européenne (Presses de la Renaissance), de l’autre. En toute logique, le premier reçoit  un accueil dithyrambique des journaux chrétiens de gauche pendant que le second se fait encenser par Éric Zemmour, Le Figaro, Valeurs actuelles et l’ensemble de la presse catho tradi. Prise de panique à l’idée d’une razzia frontiste sur les paroisses, la presse chrétienne de gauche multiplie les