Rattrapé par le réel, le président Macron dresse désormais des constats lucides sur l’état de notre société. Mais ses beaux discours sur l’islamisme ou le malaise des gilets jaunes ne se transforment jamais en actes. La cécité progressiste du quinquennat reste intacte.


En matière de communication politique, nous étions, nous sommes accoutumés aux discours de dénégation (ne pas « voir ce que l’on voit », selon le mot de Péguy). François Hollande, pour sa part, a excellé dans l’art de la dénégation publique et des confidences privées (il voyait, par exemple, la « partition » de la France par le communautarisme islamiste, mais il en réservait l’aveu à ses « visiteurs du soir »). Emmanuel Macron, lui, s’est spécialisé dans l’exercice de ce que le philosophe Clément Rosset appelait la « perception inutile » : « C’est une perception juste, expliquait l’auteur du Réel et son double, qui s’avère impuissante à faire embrayer sur un comportement adapté à la perception. […] J’ai vu, j’ai admis, mais qu’on ne m’en demande pas davantage. Pour le reste, […] je persiste dans mon comportement, tout comme si je n’avais rien vu. » Dans cette opération, le langage, sous la forme qu’affectionne notre président, la grandiloquence, joue un rôle majeur : on s’enivre de mots, mais les mots ne sont plus qu’un « abri », un moyen de « tenir à distance les vérités les plus éclatantes » (Marcel Aymé, cité par Rosset). Beaucoup de bruit pour rien, beaucoup de bruit afin de produire du rien, du néant, conclut le philosophe.

Et c’est bien ce qui impatiente. Le mot est faible. Et singulièrement depuis ce qu’il est convenu d’appeler l’acte II du quinque

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Décembre 2019 - Causeur #74

Article extrait du Magazine Causeur

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