Le Monde vient de publier des messages entre Samuel Paty et ses collègues, remontant une semaine avant sa mort. Pour les connaisseurs de l’Éducation nationale, la tragédie de Conflans-Sainte-Honorine n’est pas une surprise. Plusieurs indices laissent penser qu’avant l’assassinat de Samuel Paty, sa hiérarchie était en train de le lâcher. Par idéologie, lâcheté et inertie administrative, l’école française sacrifie ses enseignants à l’esprit du « pas de vagues ». 


Pour qui connaît le fonctionnement de l’Éducation nationale, l’assassinat de Samuel Paty n’est pas une surprise. Tragique et prévisible, il résulte des politiques éducatives menées depuis des décennies qui, par idéologie, ont démultiplié les effets de l’islam politique.

Le 16 octobre en fin d’après-midi, Samuel Paty, professeur au collège du Bois d’Aulne, est décapité sur la voie publique. L’attentat perpétré au nom d’Allah par un jeune réfugié tchétchène a donc lieu un vendredi, « jour du rassemblement » des musulmans. Il est l’aboutissement (et l’objectif implicite) d’une mécanique enclenchée dix jours plus tôt. À la manœuvre, Zaina, élève de Samuel Paty de 4e, son père Brahim Chnina, et Abdelhakim Sefrioui, imam radical fiché S, fervent soutien du Hamas, qui est depuis plus de vingt ans dans la ligne de mire des services de renseignement.

Samuel Paty pris en grippe sur les réseaux sociaux

Le 5 octobre, dans le cadre d’une séance consacrée à la liberté d’expression, Samuel Paty montre à ses élèves de 4e deux caricatures de Mahomet publiées par Charlie Hebdo. Abdelhakim Sefrioui et Brahim Chnina diffusent immédiatement via YouTube deux vidéos présentant ce non-événement comme une agression ciblant l’islam. Zaina est interviewée par Sefrioui : son professeur d’histoire, raconte-t-elle, a demandé aux musulmans de la classe de se désigner avant de les inviter à quitter la salle. Refusant de sortir, Zaina aurait ensuite vu la « photo d’un homme tout nu », Mahomet, montrée par Samuel Paty aux élèves. Dans cette interview pleurnicharde à souhait, les professeurs auront reconnu un profil bien identifié, celui de la petite embrouilleuse activant le levier du procès en « islamophobie ». Le témoignage de Zaina est mensonger de bout en bout : elle était absente le 5 octobre, jour où Samuel Paty a montré les caricatures à ses élèves. Les vidéos de Chnina et Sefrioui sont une parfaite mise en œuvre de la méthode islamiste qui n’a que faire de la réalité et de la vérité, concentrée sur la manipulation de deux cœurs de cible : la population musulmane et les institutions républicaines. Chez la première, il faut ancrer l’idée qu’elle est en butte à une hostilité irréductible et active, le « racisme antimusulman », tandis qu’est attendue des secondes une soumission tacite consistant au premier chef à ne pas démentir des accusations visant un fonctionnaire, bien qu’elles les sachent mensongères. Il est ainsi habituel que l’institution scolaire, confrontée à la mauvaise foi patente d’élèves et de parents musulmans, fasse comme si elle était dupe : mieux vaut passer pour abrutie que pour raciste et « islamophobe ». La « paix » est à ce prix.

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Dans les vidéos diffusées par Chnina et Sefrioui s’entendent ainsi un texte et un sous-texte, inscrits dans deux registres antinomiques, l’un théocratique, l’autre politique et laïque. « Salam aleikoum » commence Sefrioui avant de qualifier Samuel Paty de « voyou » dont le cours « abject » se situait dans la droite ligne de « l’appel du président de la République à haïr, combattre et stigmatiser les musulmans ». Voilà pour le registre politique : l’État français, dont le chef a récemment dit vouloir lutter contre l’islamisme, fait la guerre aux musulmans. Samuel Paty, fonctionnaire d’État, a montré des caricatures de Mahomet à ses élèves. Pour un habitus musulman, cela vaut preuve. Les discours de Sefrioui et de Chnina relèvent de la fatwa au sens premier du terme : ils émettent un avis juridique et religieux. Pour eux et, ne nous leurrons pas, pour une majorité de musulmans français, le cours de Paty constitue une transgression religieuse et une agression caractérisée. Que Samuel Paty ne soit pas musulman n’a aucune importance : comme nous l’apprennent nombre de nos élèves qui vont à la mosquée, ne sommes-nous pas tous destinés à nous « reconvertir » ?

Pour l’Éducation nationale, le dialogue prime la sanction

Mais les deux hommes recourent aussi à des éléments de langage exogènes à leur religion, sémantique creuse empruntée à l’ennemi pour être retournée contre lui. « Pour eux, on est pas égal à eux (sic), pourquoi ils montrent ça sur notre religion à nous, ils veulent nous rabaisser ! » expose Zaina. La rhétorique de l’humiliation, traditionnelle dans le monde arabo-musulman, se teinte ici d’une inflexion stratégique empruntée aux droits de l’homme : l’égalité politique et juridique des citoyens serait mise à mal, au profit du rabaissement délibéré des musulmans. S’ensuit, tout aussi perverse, l’accusation larvée de pédophilie envers Samuel Paty qui, affirme Sefrioui, « montre des photos d’un homme nu à des enfants de 13 ans », et ce « sans doute depuis des années ». « Touchez pas à nos enfants ! 

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Novembre 2020 – Causeur #84

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