Dark Waters de Todd Haynes, entre mélo et film politique, raconte l’histoire d’un avocat confronté à l’industrie chimique.


Le dernier mercredi de février, est sorti sur les écrans français, un très beau film américain démontrant la belle résistance des cinéastes de grand talent comme Todd Philipps, Terrence Malick, James Gray, James Mangold, Edward Norton, Clint Eastwood, Todd Haynes face au cinéma lénifiant et niais de super-héros produit par Disney et les majors américaines.

Dans son remarquable film, Dark Waters inspiré des faits réels, entremêlant plusieurs genres cinématographiques, le cinéma politique (à la manière de Sidney Lumet ou d’Alan J. Pakula), le thriller judiciaire et le mélodrame façon Douglas Sirk, Todd Haynes, s’attaque au scandale DuPont (de Nemours) révélé à la fin des années 90. Rappelons que Haynes est l’auteur des flamboyants Loin du Paradis et Carol et de deux longs métrages splendides et inventifs sur la musique Velvet Goldmine (le rock Glamour inspiré par T.Rex et David Bowie.. ) et I’m Not There belle variation sur les multiples facettes de Bob Dylan.

Nos vies valent plus que leurs profits!

Robert Bilott, avocat d’un bureau spécialisé dans la défense des groupes industriels et   particulièrement de sociétés des industries chimiques est interpellé lors d’une réunion professionnelle par Wilbur Tennant, un fermier de Virginie-Occidentale, voisin de sa grand-mère. L’homme, très en colère, lui expose sa situation très grave preuves à l’appui. Ses vaches ne se sentent pas bien. Elles sont agressives. Leurs dents deviennent noires. Leur foie atteint une taille monstrueuse. Le jeune avocat découvre que la campagne et les rivières de son enfance sont empoisonnées par une usine du très puissant groupe chimique DuPont (de Nemours), premier employeur de la région. Très choqué par ce qu’il constate sur les terres de ce paysan vivant près des sites d’enfouissement de la société, il comprend pas à pas, que les viles pratiques de la société DuPont affectent la vie des habitants de la ville dont il est originaire. Ses convictions libérales volent en éclats et il décide de se lancer dans un combat solitaire contre l’un des plus gros mastodontes et pollueurs américains. Il veut révéler aux yeux des habitants, du pays puis du monde, la vérité sur la pollution mortelle due aux rejets toxiques de l’usine.

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Dès lors, Rob Bilott épaulé par son épouse Sarah Billot, aimante et exemplaire, toujours dans le soutien indéfectible de son mari et par le soutien timide mais réel de son patron Tom Terp, va travailler sans relâche avec obstination et méthode sur ce dossier prenant le risque de briser sa carrière, de perdre sa famille et de mettre en danger sa santé. Il va devoir démontrer que le grand groupe chimique joue avec les carences de la loi pour faire un énorme profit sans se soucier aucunement de la santé des hommes, des animaux et de la planète.

Un grand film politique

Ce récit de la lutte désespérée, inégale d’un avocat loyal contre une multinationale de la chimie, s’avère à la fois un mélodrame social et familial – le talent du cinéaste pour dépeindre les relations et la vie de famille est sans égal –, un grand film politique montrant le sens civique et le courage sans faille d’un héros ordinaire de l’Amérique ainsi qu’un lamento dramatique sur l’état du monde. Servi par une mise en scène élégante, les compositions crépusculaires de son chef opérateur (Ed Lachman) dont les lumières oscillant des gris bleutés aux tons verdâtres sont angoissantes, par des cadres tirés au cordeau ainsi que par le jeu sobre et excellent de tous les comédiens: Mark Ruffalo (Robert Billot), Anne Hathaway (son épouse), Tim Robbins (Tom Terp), Bill Camp (Wilbur Tennant), Bill Pullman, Victor Garber, Todd Haynes révèle l’ampleur et l’envergure de cette menace de santé publique sur la société américaine et le monde.

La musique, composition originale de Marcelo Zarvos, sertie par les belles chansons de Waylon Jennings, Tom Paxton, Stan Getz, John Denver, Kenny Loggins, Johnny Cash… est anxiogène. Du grand art à la manière de certains peintres de l’époque classique où le sujet du tableau – l’affrontement de Rob Bilott contre le géant de l’industrie chimique inventeur du Téflon – se perd dans un paysage d’apocalypse.

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Jacques Déniel
est directeur de cinéma.est directeur de cinéma.
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