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Arras: le combat des Lumières

Tragique de répétition

Arras: le combat des Lumières
Des policiers devant le lycée d'Arras où le professeur Dominique Bernard a été tué par un terroriste, 14 octobre 2023 © Jeffrey Schaeffer/AP/SIPA

S’ils gagnent là-bas, ils finiront par vaincre ici. Le regard libre d’Elisabeth Lévy


Des soldats israéliens chantent la Marseillaise à tue-tête en hommage à Dominique Bernard, mort en héros à Arras. Aucune image ne résume mieux que cette vidéo, postée par Pierre Sautarel, l’évidence qui, peu à peu s’impose à nous. Le meurtre d’Arras et les crimes du Hamas sont deux fronts d’une même guerre qui en compte de nombreux autres.

Je ne sais pas si Mohamed Mogouchkov a entendu l’appel, lancé par le chef du Hamas, à faire de ce triste vendredi un jour de colère, mais il est, comme tous les terroristes qui ont frappé en France depuis 2012, un combattant du jihad dont les mots d’ordre sont propagés par des influenceurs numériques d’un bout à l’autre de la planète. Il ne s’agit pas de lutter pour les droits des musulmans ici ou des Palestiniens là-bas, il s’agit de détruire l’ennemi et l’ennemi, c’est le kouffar, le mécréant, où qu’il se trouve. Qu’il soit juif, c’est juste la cerise sur ce gâteau sanglant.

Mogouchkov était passé sur les bancs de l’école de la République…

On l’a abondamment répété, l’objectif des islamistes et de leur « branche armée » djihadiste comme on dit chez les Insoumis, est d’affaiblir, de diviser et, à long terme – car ils ont le temps pour eux –, d’islamiser des sociétés honnies parce qu’elles sont ouvertes. Ce qu’ils haïssent chez les Israéliens, comme chez nous, ce n’est pas seulement le signifiant juif, c’est l’héritage des Lumières, le règne de la Raison. Voilà pourquoi ils s’en prennent à l’Ecole, symbole du prix que nous attachons à cet héritage, même si l’exemple de Mogouchkov est assez décourageant. Arrivé en France à trois ans, il a bénéficié de l’Ecole de la République et de tous les bienfaits de l’Etat-providence. C’est réussi.

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La conclusion que nous devons en tirer, c’est que nous sommes en guerre et que nous devons nous défendre, là-bas, comme ici. En effet, qu’on ne s’y trompe pas : s’ils gagnent là-bas, ils finiront par vaincre ici.

C’était prévisible, dès les prémices de la riposte israélienne contre le Hamas, l’opinion des foules sentimentales occidentales a commencé à tourner. Les images de guerre d’aujourd’hui effacent les images de pogroms d’hier. Peu importent les distinctions, la gauche est déjà en boucle, toute contente d’avoir retrouvé ses vieux réflexes consistant à désigner Israël comme le méchant. Dans les chancelleries, on appelle à la retenue. Tsahal doit riposter, certes, mais sans faire de destructions ni causer de pertes civiles.

Malheureusement, c’est impossible. Contrairement au Hamas, dont c’est le but, Israël ne cherche pas à tuer des civils, mais il le fera inévitablement, y compris parmi ses propres otages. Pour la bonne raison que la destruction de l’infrastructure du Hamas est un enjeu existentiel. Demander à Israël de retenir ses coups, c’est lui demander de se suicider par humanité.

Le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin et le président Macron, Arras, 13 octobre 2023 © LUDOVIC MARIN-POOL/SIPA

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Ici, nous avons encore la chance de lutter avec l’arsenal du droit et de la politique. Mais le premier nécessite une révision de la cave au plafond et la seconde exige de renouer avec le courage et plus encore, avec la lucidité. Les Français ne supportent plus de couver des assassins avec leurs impôts. Il y a un quasi-consensus pour expulser les étrangers dangereux – qui se mêle à la rage d’apprendre que ce n’est toujours pas le cas.  Mais il y a aussi urgence à soumettre notre politique migratoire au principe de précaution. L’objectif du gouvernement doit être de ne plus accueillir quiconque ne manifestant pas clairement une capacité et une volonté d’assimilation. Il est probable que la CEDH toussera et que le Conseil d’État s’enrhumera. Et il est certain que les associations pleurnicheront et accuseront. Oui, une fermeté indiscriminée pénalisera certainement des braves gens. C’est injuste. Comme est terriblement injuste le fait que trois filles devront grandir sans leur père. On ne gagnera pas le combat des Lumières avec des fleurs, des bougies et des bons sentiments.


Elisabeth Lévy sur Arras : « les Français ne tolèreront plus de couver des assassins avec leurs impôts »

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Fondatrice et directrice de la rédaction de Causeur. Journaliste, elle est chroniqueuse sur CNews, Sud Radio... Auparavant, Elisabeth Lévy a notamment collaboré à Marianne, au Figaro Magazine, à France Culture et aux émissions de télévision de Franz-Olivier Giesbert (France 2). Elle est l’auteur de plusieurs essais, dont le dernier "Les rien-pensants" (Cerf), est sorti en 2017.

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