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La liberté, bordel !

Mais qui est vraiment Javier Milei, le «Trump de la pampa» ?


La liberté, bordel !
Javier Milei, 3 jours avant son élection à Córdoba, le 16 novembre 2023 © Nicolas Aguilera/AP/SIPA

En Argentine, ça va tanguer.


Autant l’avouer d’emblée, je ne connais pas grand-chose à l’Argentine, mis à part la pampa avec ses gauchos, leurs troupeaux et leurs steaks XXL dont on se demande comment il se fait que Sandrine Rousseau et Aymeric Caron n’aient pas encore réclamé l’interdiction pure et simple aux instances de l’ONU. J’en connais aussi le tango qui est « très beau mais dont on sait pas les pas », déplorait un tube de Richard Gotainer voilà un bon moment déjà. Je souscris. Le tango, j’ai essayé. Ça a fait beaucoup rire. Comme ce n’était pas le but recherché, j’ai renoncé.

L’Argentine, donc, a un nouveau président. Il se nomme Javier Milei. Il paraît qu’il ne se peigne jamais, et ça se voit. Mais ce n’est pas là la seule originalité du personnage. Certains affirment qu’il est fou. Son programme serait de remplacer la monnaie locale par le dollar américain, de supprimer un tas de ministères et d’administrations qu’il juge inutiles et coûteux, toutes mesures qu’il n’a cessé de promouvoir au long de sa campagne électorale en répétant à l’envi que son projet consistait carrément à « castrer la caste », si l’on veut bien traduire ainsi ses imprécations. La caste, autrement dit l’élite, les gens de l’entre-soi politique, médiatique, économique. Il entendait rendre sa liberté à chaque Argentin, ce qu’il résumait en un slogan qui fit beaucoup de bruit : « La liberté, bordel ! » Facile à retenir, aisé à reprendre en beuglant dans les manifestations de rue et les meetings chauffés à blanc.

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À croire que notre gaillard aura eu vent de la définition qu’Aristide Briand donnait de la politique. « La politique, assurait-il, ça consiste à dire des choses aux gens. » Sous-entendu: des choses que les gens puissent comprendre sans se prendre le chou et s’approprier. Avec « La Liberté, bordel ! » on est en plein dans le schéma. Pareillement, quand, sur un plateau de télévision, Milei traite un contradicteur de « merde chauve » chacun saisit sans peine qu’il y a entre eux au moins une once de désaccord. Clarté extrême du propos encore lorsque celui qu’on a surnommé « le Trump de la pampa » qualifie Sa Sainteté le pape François de « fils de pute ». Dans la très catholique Argentine, voilà qui n’a pas manqué de faire son petit effet. Il faut préciser que, à l’en croire, le nouveau chef pourrait se le permettre, attendu qu’il serait en connexion quasi-directe avec Dieu lui-même, cela par l’entremise de son chien Conan mort en 2017, avec lequel – tenez-vous bien – il est en relation médiumnique permanente, l’animal siégeant depuis lors à la droite du Père. Ce n’est pas rien. Et sans doute est-ce également inspirés par Conan que les cinq chiens avec lesquels le nouveau président argentin vit dans son appartenant peuvent le conseiller le plus utilement du monde, chacun dans un domaine d’excellence particulier, économie, diplomatie, éducation, etc. Il n’est certes pas le seul leader présidentiel à s’entourer de conseillers à la compétence aussi étonnante que discutable, mais rarement ou aura atteint ce niveau. Un niveau que les voisins de l’intéressé désapprouvent et le font savoir par dépôt de plaintes, rapport à l’odeur.

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Toujours est-il que Milei a été élu. Et plutôt bien élu. Cela dit beaucoup sur le désarroi des populations et l’effroyable faillite des élites. Cela dit beaucoup aussi du niveau intellectuel et culturel du plus grand nombre. En Argentine, peut-être bien, mais ailleurs aussi. Ne peut-on percevoir dans l’élection d’un candidat de ce calibre, tellement à l’ouest, tellement hors normes, comme un appel au secours, ou en tout cas l’expression d’une désespérance ? « Tout et n’importe quoi, tout et n’importe qui plutôt que ceux qui nous ont conduits là où nous sommes, qui ont fait du pays ce qu’il est aujourd’hui ! » Si tel est le cas, il y a matière à s’inquiéter. Et chez les élites de chez nous, urgence à se remuer.

Françoise Giroud, dans ses mémoires, rapporte qu’au soir de l’élection de François Mitterrand en mai 1981, Pierre Mendès France, matois, aurait glissé : « Ça va tanguer ! » Nul doute que du côté de Buenos Aires aussi, ça risque fort de tanguer. Le tout est de savoir si ce sera en mode tango ou en mode Titanic. Il est clair que nous ne tarderons guère à être éclairés sur ce point.

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