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TF1: Face à Zemmour, Gilles Bouleau s’est-il contenté de faire le job ?

C’est ce qu’assurent en cœur tous les journalistes...

TF1: Face à Zemmour, Gilles Bouleau s’est-il contenté de faire le job ?
Eric Zemmour au journal télévisé de TF1, 30 novembre 2021 © Thomas Coex/AP/SIPA AP22630168_000010

Sitôt sa candidature annoncée, Eric Zemmour a encaissé une lourde charge des médias progressistes. Regrettant de ne pas avoir pu parler de son programme, le candidat à l’élection présidentielle a estimé que le présentateur de TF1 Gilles Bouleau avait voulu “faire le malin”.


On a connu Gilles Bouleau plus serviable en recevant des candidats ! 

Chacun se souviendra que le présentateur du journal de TF1 n’avait rien objecté quand, se comparant à François Fillon, Emmanuel Macron avait assuré le 1er février 2017 : « Pour ma part, je n’ai jamais eu dans mon cabinet un collaborateur s’occupant de ma circonscription », alors même qu’il n’avait jamais eu de circonscription faute d’avoir été parlementaire. Lundi soir, le journaliste n’a pas questionné Éric Zemmour sur son programme politique, mais a insisté sur des polémiques parfois montées en épingle par des journalistes: du commentaire de commentaires. L’Olivier (traduction du nom berbère Zemmour) a commenté le travail de Bouleau avec une colère froide.

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Youtube a décidé de conditionner le visionnage de la vidéo de candidature à l’âge minimal de 18 ans. Pas en reste et feignant l’impartialité, nombre de médias s’escriment à la discréditer, notamment en parlant d’une supposée utilisation illégale des images. « S’escriment », car l’insistance pourrait s’avérer contre-productive en suscitant la curiosité des électeurs qui iraient la consulter. La question de la légalité est par ailleurs moins tranchée que ce qu’eux et divers détenteurs des droits disent bien haut sans forcément y croire, la demande d’autorisation n’étant pas nécessaire dans certaines limites ; en revanche, les noms des auteurs et œuvres dont proviennent les extraits auraient dû être mentionnés, et le débat juridique devrait porter sur la nature critique et polémique de la vidéo, ce qui n’est pas mis en avant : le but serait-il de réduire le candidat à un prétendu vol, comme si la mention des condamnations pour délit d’opinion ne suffisait plus à convaincre ? Au moins, Bouleau ne s’est pas indigné que Zemmour ait dit « Vive la République et, surtout, vive la France ! », ajoutant un adverbe désormais suspect de menacer l’actuel régime politique selon divers commentateurs. Ne dites plus « surtout » en soirée, vous pourriez devoir vous justifier… 

Le déroulé de l’entretien dénoncé par Gérard Carreyrou, ex-directeur chez TF1

Ancien directeur de l’information chez TF1, le journaliste Gérard Carreyrou s’est désolé sur CNews du manque d’objectivité de son confrère : « J’ai été choqué en tant que journaliste, et j’ai été choqué plus particulièrement en tant que journaliste de TF1 […] Je n’ai jamais vu une interview aussi déséquilibrée […] On avait l’impression qu’il avait préparé une série de mines pour essayer de faire exploser Zemmour, comme si on lui avait dit “Trouve-moi un truc pour faire exploser Zemmour !” »

Carreyrou a également rappelé que l’ancien président américain Donald Trump avait dû contourner des médias hostiles via les réseaux sociaux. Le candidat Zemmour peut, certes se défendre sur Twitter, mais son compte n’a été certifié que ce 30 novembre,
contrairement à celui des autres personnalités. Jusque-là, il était indiqué le message suivant : « Le média suivant comprend des contenus potentiellement sensibles. » Une mise en garde non argumentée toujours présente sur le compte Décodage Zemmour, censé recontextualiser ses propos sortis de leur cadre.

Commenter la forme pour ne pas questionner le programme

Depuis 24 heures, Gilles Bouleau n’a – de loin – pas été le seul à ne pas faire preuve d’une totale déontologie, ou à faire preuve de parti pris. Il n’en a été que la manifestation la plus médiatique. Si le jeu politique explique que le ministre de l’Intérieur ait décrit la vidéo de candidature d’Éric Zemmour comme « ignoble », sans préciser en quoi, afin de dissuader les curieux de la chercher, les médias sont censés se situer au-delà. Il n’y a pas de vraie démocratie sans vraie information ; et quand bien même la tentation serait grande d’orienter les électeurs, l’éthique devrait dissuader les détenteurs du quatrième pouvoir de biaiser l’information. L’Obs a ainsi tenté de discréditer le caractère français de la candidature de Zemmour en épinglant l’utilisation de la Symphonie nᵒ 7 de Beethoven, œuvre anti-napoléonienne, après avoir mentionné que le néonazi Rémi Daillet avait choisi Poulenc. La consœur de Gilles Bouleau à TF1, Anne-Claire Coudray, s’y était déjà essayée en parlant du doigt d’honneur de Zemmour à une femme qui l’avait insulté comme malmenant l’élégance française. 

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Dans les premières heures suivant l’annonce de cette candidature, le parti pris est tel que l’on peut se demander si la carte de presse n’est pas la seule chose qui distingue nombre de journalistes de Nicolas Canteloup dont les sketches écrits par Philippe Caverivière utilisent un prétendu humour pour indiquer qui apprécier en politique… Si jamais Zemmour venait à se qualifier pour le second tour, convoquerait-on à nouveau les consignes de vote des célébrités dont la compétence politique n’est pas à démontrer puisqu’elle serait difficile à démontrer ?


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Jean Degert est éthicien, rédacteur et traducteur juridique

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