Le roman L’or du chemin, de la journaliste Pauline de Préval,  nous plonge dans la Florence du XVe siècle.


Le roman de Pauline de Préval, auteur en 2012 d’un ouvrage remarqué sur Jeanne d’Arc, nous mène dans la ville de Florence du début du XVe siècle, le fabuleux Quattrocento, à la découverte d’un peintre imaginaire, Giovanni. Disons-le d’emblée, ça fait du bien de quitter la grisaille de notre époque, entretenue par une poignée de censeurs comptables dont la fonction première est de nous rendre dépendants aux comprimés de moraline.

« Ils jouaient à la balle avec la tête d’un cadavre. »

Florence est certes bien plus violente que Paris aujourd’hui, mais elle est innovante, chatoyante, en un mot, elle vibre. Et pourtant, je le répète, les rivalités entre les grandes familles sont meurtrières. Le jeune Giovanni raconte : « Nous traversions la place San Giovanni pour étudier un détail de la porte de Pisano, quand nous entendîmes des cris d’enfants. La férocité qui entrait dans leur joie me fit me retourner : ils jouaient à la balle avec la tête d’un cadavre. » On croirait Malaparte décrivant l’Italie de 1944.

Le père de Giovanni meurt criblé de coups de poignard dans la cour de son atelier. Quand on est teinturier et que l’on travaille pour une riche famille, il arrive que la famille rivale, tout aussi riche et encore plus sanguinaire, ne vous le pardonne pas. C’est dans cette ville, où les œuvres d’art peuvent provoquer un évanouissement, que le jeune Giovanni apprend que les banquiers et les marchands manipulent les élections et captent le pouvoir à leur profit. Mais qu’importe, l’essentiel, pour lui, il l’a compris dès l’âge de neuf ans, est « de trouver le secret de la fixation de la lumière. »

Jusqu’à ce que la peste nous sépare

Ce roman d’apprentissage nous permet de suivre les étapes conduisant à l’éclosion de l’artiste, « musicien des couleurs », spécialiste des fresques religieuses, finissant par montrer l’humanité telle qu’elle est, c’est-à-dire duale. Éternelle lutte entre le Bien et le Mal, entre Spleen et Idéal dira plus tard le poète Baudelaire. Entre les deux, il y a l’or du chemin, âpre, douloureux mais ô combien exaltant.

Pauline de Préval reconstitue fidèlement l’époque, ainsi que les techniques utilisées par le peintre, les différents pigments, notamment, qui donnent des couleurs à ses œuvres. C’est passionnant, car le style est là, surtout quand elle décrit Léonora, le premier et unique amour de l’artiste : « Avec ses grands yeux noirs en amande, son teint de pétales de rose et bois de braise, son sourire venu de plus loin qu’elle et sa chevelure d’or vif. » Ajoutons le bel incarnat de ses lèvres après avoir mangé un cornet de cerises.

Que serait un artiste sans amour ? Comment pourrait-il prétendre atteindre la perfection sans lui ? Léonora change la vision de Giovanni, davantage encore quand la peste vient les séparer. Il faut alors vivre sans elle, comprendre pourquoi Dieu ne l’a pas sauvée, l’accepter et résister à la tentation de se retirer du monde. L’hiver dure huit ans avant de transfigurer Léonora, et de regarder en face le soleil noir de la création.

Pauline de Préval, L’or du chemin, Albin Michel.

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